Didier Berret

Evangile de dimanche: J’ai encore beaucoup à vous dire

Noir sur blanc. La Bible est écrite noir sur blanc. Dès lors certains s’imaginent qu’elle parle de tout et qu’elle a réponse à tout. Pourtant sur bien des questions modernes brûlantes, la Bible reste muette: pas une phrase «noir sur blanc» au sujet de l’acharnement thérapeutique, des recherches génétiques, des débats houleux autour de la sexualité; pas un mot qui nous permette d’opter pour des ›oui’ ou pour des ›non’ lors des prochaines élections.

La Bible, écrite noir sur blanc, a des lacunes qui pèsent lourds dans notre société moderne, sans cesse confrontée à de nouveaux défis dont les générations à venir paieront le prix. En deux mille ans le monde a changé, la Bible, non. Face à cette situation déconcertante, deux risques se profilent.

Le premier est celui de l’intégrisme. Il consiste à s’attacher fermement au noir, à la lettre, en rejetant systématiquement tout ce qui, depuis deux mille ans, a pu se rajouter à la Bible. Refus de la modernité, repli identitaire et attachement nostalgique aux seules valeurs du passé par peur d’affronter le présent et d’inventer l’avenir.

Le second est celui du rejet: puisque la Bible a deux mille ans de décalage, rangeons-la au musée. Elle appartient au lot précieux des monuments du passé, mais n’a plus rien à nous dire.

L’une et l’autre de ces positions s’intéressent à la lettre, au noir et ceux qui les défendent lisent une écriture fixe, figée, immobile.

«Le violent coup de vent de Pentecôte ouvre toutes les fenêtres du présent, pour que nous cessions d’en avoir peur.»

Pentecôte offre une autre voie. La fête du don de l’Esprit vient révéler le blanc du texte et sa puissance de vie. Mieux encore, elle annonce une Parole illisible sans les espaces blancs qui séparent les lettres et les remplissent. Le blanc du texte permet de découvrir des paroles lumineuses, nourrissantes, insoupçonnées. Une lecture qui se joue de la souplesse d’entre les lignes pour entendre les appels toujours renouvelés de l’Esprit. L’Evangile n’a pas de point final. Jésus affirme avoir encore beaucoup à nous dire.»

Le violent coup de vent de Pentecôte ouvre toutes les fenêtres du présent, pour que nous cessions d’en avoir peur. Devant les questions d’aujourd’hui il ne s’agit pas tant de fermer la Bible, que de laisser son Esprit nous traverser. Les disciples découvrent d’autres manières de dire la vie de Dieu, dans le respect et l’originalité de la langue de chacun.

Jésus envoie l’Esprit de Vérité pour nous donner le courage d’aimer vivre dans le temps qui nous est offert en cherchant ensemble dans la vérité et l’audace les chemins d’humanité et d’espérance. Il nous envoie son Paraclet, le Défenseur, pour prendre soin des méprisés, rétablir dans la justice les bafoués, donner voix à ceux qu’on a fait taire. Il nous envoie son Paraclet, le Consolateur pour ouvrir dans notre monde des espaces blancs de vie et de résurrection. Avec nous, il mènera l’humanité à son accomplissement, parce qu’il l’aime et qu’il nous l’a promis.                                                                                                                                                         

Didier Berret | Vendredi 21 mai 2021


Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Quand viendra le Défenseur,
que je vous enverrai d’auprès du Père,
lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père,
il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage,
car vous êtes avec moi depuis le commencement.

J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L’Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »

«Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière.» | Duccio di Buoninsegna, vers 1308. Tempera sur bois – Wikimedia
21 mai 2021 | 17:00
par Didier Berret
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