Cérémonie de prière et de pénitence en faveur des victimes d'abus sexuels. Sion, 6 décembre 2016 | © Keystone
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Cérémonie de prière et de pénitence en faveur des victimes d'abus sexuels. Sion, 6 décembre 2016 | © Keystone

Abus sexuels et vérité


L’Eglise catholique possède un trésor spirituel. Il suffit de pousser la porte d’un vieux monastère pour s’en rendre compte. La prière y imprègne des pierres séculaires. On la sent, quasi physiquement. Et la bonté se lit dans certains regards, ceux d’hommes et de femmes pacifiés on ne sait trop bien comment, sans doute au terme d’une longue ascèse.

Mais malheureusement pour l’Eglise, ce n’est ni cette prière ardente ni cette bonté radicale qui la caractérisent en premier lieu dans l’opinion publique. Mais bien plutôt ces scandales sexuels à répétition dont on nous assure qu’ils ne représentent que la pointe émergée de l’iceberg – les révélations concernent principalement l’Occident.

“La vérité vous rendra libres”. Pour affronter le drame des abus sexuels, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Charles Morerod s’appuie sur la maxime du Christ. L’image de l’Eglise s’en trouvera sans doute écornée, mais l’exercice est salutaire.

Chercher la vérité implique en premier lieu d’accueillir ce qui s’est réellement passé. Tout ce qui s’est passé, sans édulcorer, sans minimiser, sans exagérer non plus. Et ici le travail des historiens s’avère irremplaçable.

La tâche est immense. Tout comme les enjeux.

Chercher la vérité implique de donner la parole aux victimes, de faire une place à leur souffrance, de prendre conscience qu’un abus sexuel est une plaie qui suppure longtemps. Et parfois ne cicatrise jamais.

Chercher la vérité implique de s’interroger sur les causes structurelles qui, dans l’Eglise, favorisent les abus. A commencer par les discours sur la sexualité qui oscillent entre pessimisme et idéalisme, deux symptômes d’un rejet de la chair, cette “prison de l’âme”.

Chercher la vérité implique de remettre en question le piédestal spirituel sur lequel certains prêtres se hissent encore parfois, dépositaires officiels de la grâce. Et de s’interroger sur la valeur d’autres canaux, tout aussi appréciés de l’Esprit-Saint: les petits, les pauvres et toute la cohorte des “mal-croyants”, ce terreau de prophètes. Sans parler des femmes et de leur place effective dans la hiérarchie de l’Eglise.

La tâche est immense. Tout comme les enjeux. Parmi eux, restituer dans l’opinion publique la part de lumière qui se cache dans l’Eglise, dans ses monastères et au-delà.

Pierre Pistoletti | 21.08.2018

Pierre Pistoletti

Pierre Pistoletti est théologien et journaliste, rédacteur en chef de cath.ch, le portail catholique suisse.

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