Les banques suisses n'ont pas une réputation de propreté à l'étranger (Photo:Images Money/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY 2.0</a>)
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Les banques suisses n'ont pas une réputation de propreté à l'étranger (Photo:Images Money/Flickr/CC BY 2.0)

Argent sale (suite)


Jean-Jacques Friboulet | Il y a plus d’un an, j’avais déjà utilisé ce titre pour parler des 180 milliards d’euros de fraude fiscale initiés en Suisse par la Banque anglaise HSBC. L’actualité m’oblige à revenir sur ce sujet.

A la fin du mois de mars, le Crédit Suisse a été perquisitionné dans ses bureaux de Londres, Paris et Amsterdam pour des accusations de fraude fiscale à l’égard de certains de ses clients. La banque a signalé qu’elle collaborait avec les autorités mais ces faits prouvent que de mauvaises pratiques subsistent malgré la levée du secret bancaire.

Dans un communiqué, Ethos, la fondation suisse pour l’investissement responsable, rappelle que le Crédit Suisse a déjà utilisé plus de 7 milliards de francs pour mettre fin au contentieux juridique lié à la fraude fiscale.

Durant le même mois de mars, la presse a annoncé que l’UBS serait renvoyée devant un tribunal correctionnel français, faute d’avoir trouvé un compromis avec les autorités qui lui demandent plus d’un milliard de francs en raison d’un démarchage jugé illicite auprès de clients dans les années 2000.

Face à ces faits, le citoyen peut se demander si ces comportements vont cesser un jour et comment y mettre fin. Ethos donne une piste dans son communiqué. Elle demande aux actionnaires de ne pas réélire deux administrateurs du Crédit Suisse qui faisaient partie de la direction de la banque durant les années 2005 à 2007. Elle constate que, depuis cette période, l’action de la banque a perdu la moitié de sa valeur et l’emploi y a été réduit de 20%. Pour que la situation change, il faut effectivement mettre fin aux activités des personnes qui sont responsables de la situation. L’impunité ne fait que prolonger une situation dommageable à l’entreprise et à ses clients.

Une deuxième proposition d’Ethos tombe sous le sens. Elle demande la réduction des bonus pour les membres de la direction. Ceux-ci sont prévus à un niveau de 26 millions de francs alors que la banque a enregistré une perte en 2016 de 2,7 milliards. Même si, in extremis, la direction a proposé de les réduire, ces bonus sont indécents, d’autant plus que le niveau des fonds propres est encore loin de celui recommandé par la FINMA, l’organisme chargé en Suisse du contrôle des banques et des assurances

Le comportement des deux grandes banques ne reflète pas celui des banques suisses en général. Trop grandes pour faire faillite et à cause de leur rôle dans l’économie, l’UBS et le Crédit suisse bénéficient de la part du marché et des autorités helvétiques d’une mansuétude qui nuit profondément à l’image de la Suisse à l’étranger. Dans les années 2000, elles ont empêché une sortie en ordre de la période associée au secret bancaire. Leurs cadres dirigeants ont du mal, aujourd’hui, à faire le deuil de cette période d’argent facile. Ethos a raison de taper du poing sur la table en refusant la décharge des instances dirigeantes du Crédit suisse. Même si cette position a peu de chance d’être acceptée par les fonds  de placement anglo-saxons, elle a valeur d’ultime avertissement pour les directions des deux grandes banques. Celles-ci auraient grand tort de ne pas en tenir compte.

Jean-Jacques Friboulet

Cette chronique considère que la science économique ne concerne pas seulement les biens matériels, mais la vie des personnes et les relations humaines. Elle invite à apprivoiser l'économie et à la considérer comme une maison dans laquelle les personnes construisent leur vie dans ses dimensions personnelle et collective.

Professeur Jean-Jacques Friboulet
spécialiste d'histoire économique, d'économie du développement et de l'enseignement social chrétien, Université de Fribourg (CH)

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