Béatitudes: Vivre heureux c’est vivre uni à Jésus, en toutes choses


Jésus a un amour de préférence pour le pauvre, celui qui souffre et surtout celui qui est dans la merde… Pour celles et ceux privés de tout bonheur humain, Jésus visite leur présent et se donne. Chacun porte l’Alliance d’Amour. Désormais, Vivre heureux c’est vivre uni à Jésus, en toutes choses! Homélie du 4e dimanche A (Mt 5, 1 -12).

Heureux vous les pauvres!
Il faut l’avouer d’entrée de jeu, cette parole de Jésus étonne vraiment! Marx, Nietzsche, les communistes et beaucoup d’autres ne l’ont jamais acceptée. Pour eux, Jésus console les pauvres et leur promet le bonheur du Ciel au lieu de changer les structures, afin que la misère et l’injustice disparaissent du monde d’ici-bas, plutôt que dans un hypothétique au-delà. Disons-le sans détour, ces hommes n’ont rien compris au message de Jésus.

La révolution communiste voulait instaurer une sorte de Royaume de Dieu sur la terre. Dans les faits ce fut le goulag, les camps de travaux forcés, des dizaines de millions de morts, la terreur policière. Voilà pour le paradis communiste engendré d’un noble idéal, mais coupé de toutes racines spirituelles: un matérialisme assassin qui étouffe toute liberté individuelle. Le père Jean-Blaise Fellay disait il y a 15 jours que «l’inquisition, oui, il y a des morts. Peut-être des innocents. Mais qu’est-ce l’Inquisition chrétienne en comparaison du communisme athée? Allez, tout bien compté, une après-midi du Goulag!». Oui, le communisme a tué des dizaines de millions d’innocents… dans l’arbitraire le plus sauvage.

Aujourd’hui le communisme est mort. Maintenant le capitalisme veut triompher, avec, lui aussi, ses béatitudes: bienheureux ceux qui ont du succès, ceux qui passent à la TV, bienheureux les corps parfaits, siliconés, liftés et liposucés, bienheureux les premiers en sport, à l’école, bienheureux ceux qui ont de l’argent à dépenser sans travailler, bienheureux ceux qui sont au top, toujours en forme, toujours jeunes. Bref, dans notre société, l’on considère comme heureux ceux qui se sont faits eux-mêmes et qui réussissent dans l’excellence.

Dans l’évangile de ce jour Jésus se révèle très original, il regarde avec amour tous ceux qui se tiennent dans l’ombre de ce genre de succès. Il regarde avec amour les perdants de la globalisation, les victimes des restructurations, les déjà vieux à 50 ans sur le marché du travail, les orphelins, les veuves, les gros, les moches, les divorcés, les handicapés, tous ceux dont on considère que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. C’est à tous ces pauvres qu’il s’adresse aujourd’hui. Et c’est tous ces pauvres que Jésus regarde avec amour.

Le Père Guy Gilbert vient de publier un livre intitulé «Jésus, un regard d’amour». Il y contemple le regard de Jésus qui a un amour de préférence pour le pauvre, celui qui souffre et celui qui est dans la merde. «Le regard d’amour du Christ peut et doit nous habiter. Son regard d’homme d’abord, un homme qui a vécu comme nous et avec nous. En même temps le regard du Fils de Dieu, notre Dieu qu’il est venu nous révéler. Ces deux regards: l’un d’un ami incomparable qui a pris notre propre chair, l’autre, fulgurant, de Dieu lui-même. Impossible de ne pas lui demander, jour après jour: Donne-nous ton regard».

Oui Jésus veut changer notre regard pour que le monde change. Comme le dit la chanson, change ton regard sur le monde et le monde changera!

En somme Jésus présente dans cette page d’évangile deux façons de concevoir la vie, ou bien «pour le royaume de Dieu» ou bien «pour sa propre consolation». Maintenant et concrètement, est-ce que je pose des actes exclusivement en fonction de cette vie terrestre, pour mon plaisir et ma gloire ou bien en fonction de la vie éternelle, pour la gloire de Dieu et mon salut? Est-ce que j’agis pour moi, par amour pour moi, ou est-ce que j’agis pour Dieu, par amour pour Dieu et mon prochain?

Dans le fond, ce que nous recherchons tous, ardemment, c’est le bonheur. Mais comment y parvenir? Dans l’évangile, notre Seigneur déclare «heureux», paradoxalement, ceux qui se trouvent dans les exactes situations que nous redoutons tous: la pauvreté, le chagrin, la persécution, ceux dont le comportement est méprisé par notre société, les doux, les miséricordieux, les cœurs purs, ceux dont l’action va à coups sûrs leur attirer des ennuis, ceux qui ont faim et soif de justice, les artisans de paix. Bref, notre Seigneur déclare «heureux» des hommes et des femmes risquant bien de se retrouver tout seuls, démunis de tout, bannis, chassés de la communauté.

Entendez le paradoxe bouleversant! Dieu s’est plu à appeler «ce qu’il y a de fou, de faible, d’origine modeste, ce qui n’est rien dans le monde…  (2nd lect.).

Dieu appelle ce qui est faible, pour en faire de la sainteté!
Dieu transforme la nuit en lumière!

En clair, notre-Seigneur nous dit que nous sommes «heureux», non pas malgré nos pauvretés, nos larmes, nos efforts non pas malgré les humiliations subies en raison de notre appartenance au Christ; au contraire, notre Seigneur nous dit que nous sommes «heureux», au coeur même de ces situations d’échec apparent, dès lors que nous décidons de les vivre unis à la personne de Jésus!

Voilà le nœud! Le bonheur c’est pour maintenant! Pour celles et ceux privés de tout bonheur humain, Jésus vient dans leur présent se donner. L’Alliance d’Amour est à la portée de chacun. Vivre heureux c’est vivre uni à Jésus, en toutes choses. «Venez-à-moi vous tous qui peinez et êtes accablés, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à ma suite, parce que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vous-même, car mon joug est agréable, et mon fardeau léger» (Mt 11, 28 -0).

 

Seigneur, tu veux notre bonheur.
Et la béatitude, c’est beaucoup plus que la beauté, l’argent et la gloire.
Notre bonheur, c’est d’être unis à toi en toutes choses.

Notre bonheur c’est d’unir notre faiblesse à ta grandeur!

Notre bonheur, c’est de réaliser que tu nous précèdes en toutes choses:
Sur nos croix, tu as déjà fixé la tienne!

Seigneur, dans quelques instants, toutes les Béatitudes vont se résumer en une seule: «HEUREUX LES INVITES AU REPAS DU SEIGNEUR».

Seigneur, donne-nous un cœur assez pur pour te voir dans l’humble Hostie
et alors nous aurons la force pour témoigner, que TU ES CELUI QUI DONNE SENS A TOUTE NOTRE VIE.

Amen.

 

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Auteur