Benoît XVI : un pape mélomane et musicien


Il est grand temps, à la veille du départ de Benoît XVI, de parler de lui dans cette rubrique. On connaît le pape dans différents aspects de sa vie et de sa pensée. Un détail qui a été signalé par les médias dès son élection, mais qui n’a pas forcément marqué les mémoires, c’est que Benoît XVI est pianiste. L’anecdote raconte que le déménagement de son piano a posé quelques problèmes, l’instrument étant trop volumineux pour passer par les escaliers de ses appartements, comme le mentionne un site spécialisé.

Ce qui pourrait rester anecdotique est en réalité de première importance : dans son amour de la musique, Benoît XVI a cherché à favoriser la musique sacrée. Cette dernière traverse en effet une crise assez sérieuse, qui est par ailleurs celle de l’art musical dans son ensemble. Le pape allemand a donc cherché à réhabiliter cet art au sein de l’Eglise. Sans chercher à bloquer toute innovation ou évolution dans la musique liturgique, il a appelé à le faire dans le respect de la tradition musicale chrétienne des siècles précédents. «Un aggiornamento authentique de la musique liturgique ne peut avoir lieu que dans le sillage de la grande tradition du passé, du chant grégorien et de la polyphonie sacrée» a-t-il affirmé en 2006, lors d’un concert donné en son honneur.1

C’est avant tout au Vatican que Benoît XVI a cherché à redonner place à la musique. Du temps de Jean-Paul II, nombre de membres de la curie, ayant des responsabilités liturgiques, ont cherché à moderniser la musique. Ce vœu a conduit, en 1997, à l’éviction de Mgr Domenico Bartolucci, directeur de la chapelle Sixtine, nommé à ce poste «à vie» par Pie XII. Le Cardinal Ratzinger s’était alors insurgé contre cette décision. Devenu pape, il a marqué sa reconnaissance envers Mgr Bartolucci en l’élevant au titre de cardinal en 2010.2

Mais Benoît XVI a également beaucoup parlé de la musique au monde, défendant la tradition du chant grégorien et de la polyphonie sacrée, et reconnaissant le rôle de l’orgue comme instrument sacré, un rôle qu’il a souvent tendance à perdre. En 2006, lors de sa visite à Ratisbonne, Benoît XVI inaugura l’orgue de la Alte Kapelle, instrument restauré par la manufacture suisse Mathis, et qui porte désormais le nom de Papst-Benedikt-Orgel. A cette occasion, il prononça un discours mémorable, dont voici un extrait :

« Dans la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium), il est souligné que “le chant sacré, uni aux paroles, fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle” (n. 112). Cela signifie que la musique et le chant sont plus qu’un embellissement (peut-être même superflu) du culte; en effet, ils font partie du déroulement de la Liturgie, et ils sont eux-mêmes Liturgie. Une musique sacrée solennelle, avec choeur, orgue, orchestre et chant du peuple, n’est donc pas un surplus qui accompagne et agrémente la liturgie, mais une façon importante de participer de façon active à l’événement cultuel. L’orgue est considéré depuis toujours et à juste titre comme le roi des instruments musicaux, car il reprend tous les sons de la création et – comme on l’a dit il y a peu – il fait résonner la plénitude des sentiments humains, de la joie à la tristesse, de la louange aux pleurs. En outre, en transcendant comme toute musique de qualité la sphère simplement humaine, il renvoie au divin. La grande variété des timbres de l’orgue, du piano jusqu’à l’impétueux fortissimo, en fait un instrument supérieur à tous les autres. Il est en mesure de faire résonner tous les domaines de l’existence humaine. Les multiples possibilités de l’orgue nous rappellent d’une certaine façon l’immensité et la magnificence de Dieu. »3

Comme on le voit, le souci de porter la musique sacrée, de la défendre et de l’encourager, était un aspect discret mais primordial du pontificat de Benoît XVI. Aujourd’hui, à l’heure de son départ, les musiciens et mélomanes peuvent lui être reconnaissants d’avoir accordé à leur art un soutien pontifical dans la ligne des instructions de Vatican II.

Benoît XVI : un pape mélomane et musicien

Il est grand temps, à la veille du départ de Benoît XVI, de parler de lui dans cette rubrique. On connaît le pape dans différents aspects de sa vie et de sa pensée. Un détail qui a été signalé par les médias dès son élection, mais qui n’a pas forcément marqué les mémoires, c’est que Benoît XVI est pianiste. L’anecdote raconte que le déménagement de son piano a posé quelques problèmes, l’instrument étant trop volumineux pour passer par les escaliers de ses appartements, comme le mentionne un site spécialisé.

Ce qui pourrait rester anecdotique est en réalité de première importance : dans son amour de la musique, Benoît XVI a cherché à favoriser la musique sacrée. Cette dernière traverse en effet une crise assez sérieuse, qui est par ailleurs celle de l’art musical dans son ensemble. Le pape allemand a donc cherché à réhabiliter cet art au sein de l’Eglise. Sans chercher à bloquer toute innovation ou évolution dans la musique liturgique, il a appelé à le faire dans le respect de la tradition musicale chrétienne des siècles précédents. «Un aggiornamento authentique de la musique liturgique ne peut avoir lieu que dans le sillage de la grande tradition du passé, du chant grégorien et de la polyphonie sacrée» a-t-il affirmé en 2006, lors d’un concert donné en son honneur.1

C’est avant tout au Vatican que Benoît XVI a cherché à redonner place à la musique. Du temps de Jean-Paul II, nombre de membres de la curie, ayant des responsabilités liturgiques, ont cherché à moderniser la musique. Ce vœu a conduit, en 1997, à l’éviction de Mgr Domenico Bartolucci, directeur de la chapelle Sixtine, nommé à ce poste «à vie» par Pie XII. Le Cardinal Ratzinger s’était alors insurgé contre cette décision. Devenu pape, il a marqué sa reconnaissance envers Mgr Bartolucci en l’élevant au titre de cardinal en 2010.2

Mais Benoît XVI a également beaucoup parlé de la musique au monde, défendant la tradition du chant grégorien et de la polyphonie sacrée, et reconnaissant le rôle de l’orgue comme instrument sacré, un rôle qu'il a souvent tendance à perdre. En 2006, lors de sa visite à Ratisbonne, Benoît XVI inaugura l’orgue de la Alte Kapelle, instrument restauré par la manufacture suisse Mathis, et qui porte désormais le nom de Papst-Benedikt-Orgel. A cette occasion, il prononça un discours mémorable, dont voici un extrait :

« Dans la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II (Sacrosanctum Concilium), il est souligné que "le chant sacré, uni aux paroles, fait partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle" (n. 112). Cela signifie que la musique et le chant sont plus qu'un embellissement (peut-être même superflu) du culte; en effet, ils font partie du déroulement de la Liturgie, et ils sont eux-mêmes Liturgie. Une musique sacrée solennelle, avec choeur, orgue, orchestre et chant du peuple, n'est donc pas un surplus qui accompagne et agrémente la liturgie, mais une façon importante de participer de façon active à l'événement cultuel. L'orgue est considéré depuis toujours et à juste titre comme le roi des instruments musicaux, car il reprend tous les sons de la création et - comme on l'a dit il y a peu - il fait résonner la plénitude des sentiments humains, de la joie à la tristesse, de la louange aux pleurs. En outre, en transcendant comme toute musique de qualité la sphère simplement humaine, il renvoie au divin. La grande variété des timbres de l'orgue, du piano jusqu'à l'impétueux fortissimo, en fait un instrument supérieur à tous les autres. Il est en mesure de faire résonner tous les domaines de l'existence humaine. Les multiples possibilités de l'orgue nous rappellent d'une certaine façon l'immensité et la magnificence de Dieu. »3

Comme on le voit, le souci de porter la musique sacrée, de la défendre et de l’encourager, était un aspect discret mais primordial du pontificat de Benoît XVI. Aujourd’hui, à l’heure de son départ, les musiciens et mélomanes peuvent lui être reconnaissants d’avoir accordé à leur art un soutien pontifical dans la ligne des instructions de Vatican II.

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