Celui qui a créé à partir de rien, recrée à partir de nos renoncements


J’en parlais avec un couple que je préparais au mariage. Et je leur ai demandé: Comment réagiriez-vous à la place de Joseph? Comment réagiriez-vous si vous pensiez avoir été trompé?

«Je me vengerai en le trompant aussi», m’a dit la femme.
«Je la fous dehors», m’a dit l’homme.

Homélie du 4e dimanche Avent A (Mt 1, 18 – 25)

Quand on a une fiancée.
Quand elle vous apprend qu’elle est enceinte et qu’elle sera bientôt mère.
Quand on sait pertinemment que l’on n’est pas le père.
Cela doit être dur… Vraiment très dur !

C’est la crise. La rupture. Dans la vie spirituelle, on appelle cela la nuit de la foi. Mais attention! Parfois la nuit est aussi l’occasion de faire un songe…

J’en parlais avec un couple que je préparais au mariage. Et je leur ai demandé: Comment réagiriez-vous à la place de Joseph? Comment réagiriez-vous si vous pensiez avoir été trompé?

« Je me vengerai en le trompant aussi », m’a dit la femme.
« Je la fous dehors », m’a dit l’homme.

Pour quasiment tous les couples que je prépare au mariage, c’est la grande raison de rupture: l’adultère scelle la fin de l’histoire d’amour. Dans notre monde, je ne sais pas très bien ce que l’on pardonne encore… En tous cas, l’infidélité est certainement ce qu’il y a de plus difficile à pardonner.

Et Joseph? Comment a-t-il réagit? Lui aussi à dû se sentir trompé. Ecoutons ce que dit l’Evangile: «Joseph, qui était un homme juste, résolut de la répudier sans bruit». Arrêtons-nous un instant. Pourquoi est-il dit de Joseph qu’il était «juste»?

Joseph est juste d’abord parce qu’il ne veut pas donner son nom à un enfant dont il ne connaît pas le père. Donner son nom, cela veut dire reconnaître l’enfant, et donc en faire un héritier. Il est hors de question pour cet homme de reconnaître un enfant qui n’est pas le sien. Joseph est juste ensuite et surtout parce qu’il ne veut pas répudier Marie, il ne veut pas renvoyer sa femme. Il connaît la conséquence d’une répudiation dans le droit juif: Marie aurait été lapidée. A l’époque, il n’y avait pas de fille mère. Et elle aurait sûrement succombé à ses blessures et l’enfant avec.
Entendez les conséquences d’une attitude somme toute légitime! Marie lapidée, alors plus de Marie, plus de Jésus, plus de Sauveur, et pour nous plus de salut.

Joseph est donc juste parce qu’il ne reconnaît pas cet enfant et surtout parce qu’il veut le bien de Marie.

C’est admirable! Même si il n’est pas le père biologique de l’enfant, il refuse de se venger, il refuse de faire payer à Marie le prix de sa souffrance.  Qui est réelle!

Joseph décide donc… de partir. Cette affirmation à l’air de rien, et pourtant c’est un sommet! Une merveille!!! Précisément au moment où Joseph se dessaisit de tous ses projets, au moment où il abandonne ses rêves de mariage et de paternité, au moment où il se décentre de lui et renonce à son bonheur, à ce moment-là le Seigneur lui manifeste, par le ministère de l’Ange, la place qui lui revient dans le projet de l’incarnation. «Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse; tu donneras à son fils le nom de “Jésus”». Ainsi Jospeh sera époux de la Vierge et père de cet enfant «qui est engendré par l’Esprit Saint, et qui sauvera son peuple de ses péchés».

Cette audace me fait penser à la femme du boulanger de Pagnol. Vous vous rappelez? Quand le boulanger, pour préserver sa femme adultère des gendarmes est prêt à racheter le cheval «Scipion» au marquis. «Ecoutez monsieur le marquis, s’ils ne reviennent plus le berger, le cheval, Aurélie… Je vous donnerai 12’000.- francs. J’ai tiré sur la patte pendant 20 ans. J’ai des sous de côtés. Mais si Aurélie ne revient plus, des sous j’en aurais pas besoin. Alors si j’ai la preuve que la beauté de ma femme vous a fait perdre un beau cheval, alors je vous le payerai».

C’est beau! Vouloir le bien de celui qui nous a fait souffrir. Souhaiter le bien, ne pas rendre le mal pour le mal, mais le bien pour le mal. Entendez bien l’attitude spirituelle sous-jacente qui dispose à l’action de Dieu: se dessaisir de tous ses projets, lâcher prise sur ses rêves, se décentrer de soi. Voilà la disposition qui permet à Dieu d’agir!

Et de fait Joseph va ainsi recevoir à la mesure de son renoncement. Parce qu’il a renoncé à tout, il va recevoir la maximum, Dieu lui-même, le «Dieu avec nous».

Et il en va de même dans chacune de nos vies. Dieu ne peut agir que dans la mesure où nous lui abandonnons nos projets personnels. Celui qui a créé à partir de rien, recrée à partir de nos renoncements

Pour le dire autrement, dans la mesure de notre effacement Dieu peut s’inscrire dans le concret de nos vies. Pour le dire encore autrement, il s’agit de s’effacer, de reconnaître son néant, pour laisser la Parole prendre chair en nous. Joseph voulait s’effacer. Cette disposition fondamentale fait de lui une bonne terre. Alors Dieu occupe cet espace pour proposer une alliance d’amour dans le cœur de Joseph. Dieu demande alors à Joseph de s’affirmer, de se positionner face au projet de Dieu. Joseph doit ainsi poser un acte fort par lequel il accueille librement le projet de Dieu.

Après l’effacement, il faut accueillir par un acte de la volonté libre le projet de Dieu.
Joseph le fait: «Il prit chez lui son épouse».

Joseph est vraiment un homme exemplaire par le chemin qu’il a parcouru. Il est l’homme qui, ayant renoncé à tout, et s’étant remis à Dieu seul, a rendu possible la réalisation de la promesse. Et on lui donnera le nom d’Emmanuel. Avez-vous entendu dans la première lecture la vieille prophétie d’Isaïe? Eh bien, elle va s’accomplir parce que Joseph, librement, a choisi de faire la volonté de Dieu.

Tout dépendait du oui de Marie. Elle a répondu à l’Annonciation.
Tout dépendait ensuite du oui de Joseph. Il a répondu. Il a dit oui! Aujourd’hui.
Et maintenant? Tout dépend de notre oui personnel, du oui chacun.

Seigneur, tu veux prendre chair dans chacune de nos vies.
Le Verbe veut s’incarner dans le concret de nos vies.
Dieu veut vivre avec nous.
Pour que chacun soit une parole d’amour du Créateur.

Seigneur, tu nous a donné Marie et Joseph comme modèles et exemples.
Nous voulons faire ta volonté, comme Marie.
Nous voulons être justes, comme Joseph.

Seigneur, ce qu’il y a de difficile, c’est qu’il faut s’effacer
pour que tu puisses avoir la place…

Seigneur révèle-nous la grandeur du renoncement,
Aide-nous à offrir à l’enfant de la crèche nos projets et nos rêves,
afin de le laisser nous renouveler dans la grâce,
et ainsi nous ajuster à Ta volonté,
pour devenir des artisans de ton Royaume.

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Auteur