Chantal Reynier

Evangile de dimanche: chemins d’humanisation

Quel contraste! Après son baptême dans les eaux du Jourdain, qui révèle qu’il est le Fils bien-aimé du Père, Jésus est conduit par l’Esprit au désert «pour y être tenté par le diable.» Il est seul. Jean le Baptiste n’est plus là. Il n’a pas encore choisi de disciples.

Jésus jeûne pendant «quarante jours et quarante nuits». Ce chiffre «quarante» fait écho au déluge, à l’errance du Peuple au désert, au séjour de Moïse au Sinaï, autant d’épisodes où Israël en quête de son Dieu traverse toutes sortes d’épreuves. Toutefois, l’expérience de Jésus est unique. Jésus est mis par le diable devant les séductions auxquelles tout être humain est confronté. Il affronte le diable qui – comme son nom l’indique – est le diviseur par excellence, celui qui implante la division au cœur de l’homme, qui fait se battre les hommes entre eux, qui sépare l’homme de Dieu jusqu’à le faire mourir.

Pour être confirmé dans son humanité, Jésus déjoue une à une les tentations qui lui sont proposées. Lui qui, un jour, multipliera les pains, refuse, pour assouvir sa faim, de changer les pierres en pain. Sans nier le rôle essentiel et vital du pain, il lui oppose une autre nourriture, celle de «la Parole qui sort de la bouche de Dieu».

«Pour être pleinement humain, nous avons besoin de savoir ce qui nous déshumanise.»

Alors le diable, imitant Jésus, se réfère aussi à la Parole de Dieu pour lui demander de se jeter du sommet du Temple – ce qui revient à lui suggérer de se donner la mort. Jésus prend le contrepied de l’attitude d’Adam: celui-ci cherche à se hisser à la hauteur de Dieu et écoute le serpent qui lui promet qu’il ne mourra pas; Jésus accepte en toute humilité sa condition mortelle.

Le diable, allant toujours plus loin et dévoilant ainsi sa ruse de diable, présente à Jésus, du haut d’une très haute montagne, les royaumes du monde et les lui offre à condition qu’il s’incline devant lui. Ce que Jésus refuse encore: le diable ne peut prendre la place de Dieu. Le Fils de Dieu manifeste son autorité sur le malin en lui rappelant que l’homme n’est humain qu’à condition d’accepter de reconnaître Dieu comme Dieu.

Cette victoire initiale de Jésus sur le tentateur est le gage de sa victoire future au jardin des Oliviers. Elle nous met devant les choix fondamentaux que nous avons à poser pour être homme selon le dessein d’amour du Père, y compris face à la mort.

Les chemins d’humanisation nous sont ainsi révélés. Pour être pleinement humain, nous avons besoin de savoir ce qui nous déshumanise: le goût de l’avoir, la recherche du pouvoir et le désir de se passer de Dieu. Jésus vit dans sa chair cette épreuve à laquelle tout être humain est confrontée. Il a déjoué pour lui et il déjoue pour nous ces pièges qui nous enferment dans notre orgueil et dans notre désir «d’être comme Dieu». Il nous fait entrer dans une liberté qui ne consiste pas à suivre nos désirs et nos pulsions mais qui est une «liberté pour» vivre en homme debout au service de l’autre reconnu comme un frère.

Chantal Reynier | Vendredi 28 février 2020


Mt 4, 1-11

En ce temps-là,

Jésus fut conduit au désert par l’Esprit

pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits,

il eut faim.

Le tentateur s’approcha et lui dit :

«Si tu es Fils de Dieu,

ordonne que ces pierres deviennent des pains.»

Mais Jésus répondit:

«Il est écrit:

L’homme ne vit pas seulement de pain,

mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»

Alors le diable l’emmène à la Ville sainte,

le place au sommet du Temple

et lui dit:

«Si tu es Fils de Dieu,

jette-toi en bas ;

car il est écrit:

Il donnera pour toi des ordres à ses anges,

et: Ils te porteront sur leurs mains,

de peur que ton pied ne heurte une pierre.»

Jésus lui déclara:

«Il est encore écrit:

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.»

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne

et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.

Il lui dit:

«Tout cela, je te le donnerai,

si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi.»

Alors, Jésus lui dit:

«Arrière, Satan!

car il est écrit:

C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras,

à lui seul tu rendras un culte.»

Alors le diable le quitte.

Et voici que des anges s’approchèrent,

et ils le servaient.

Jésus au désert, assisté par les anges (James Tissot, Brooklyn Museum)
28 février 2020 | 17:00
par Chantal Reynier
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