Comme un doute qui ronge...


Homélie du 3e dimanche Avent A (Mt 11, 2 -11).

Jean avait de quoi douter: Il avait prêché dans le Jourdain un baptême de conversion. Il avait eu un formidable succès populaire. Mais Jean le Baptiste, fidèle à sa mission, avait annoncé la venue «d’un plus grand». Pour Jean, plus grand signifie plus puissant. Pour Jean, Jésus allait exercer un jugement terrible, LE JUGEMENT FINAL de Dieu. Manifestation de sa puissance et de son autorité. Jean attendait sans doute impatiemment la manifestation de cette puissance, de ce triomphe sur le mal. Un peu comme Légolas tuant les gobelins dans la forêt de Mirkwood dans le dernier film de Peter Jackson…

Une fois de plus, la figure centrale de cette liturgie d’Avent est Jean-Baptiste.

Après avoir prêché un Baptême de conversion et de pénitence, un baptême qui préfigurait celui que Jésus allait accomplir, Jean fut mis aux arrêts pour ses dénonciations publiques des mauvaises mœurs de l’époque. Il fut emprisonné par Hérode dans la forteresse de Machéronte, un redoutable et invincible château fort accroché sur un piton rocheux du désert de Moab, à l’est de la mer morte.

Cet homme enfermé entre quatre murs avait du temps. Beaucoup de temps… Du temps pour réfléchir, pour prier, mais du temps aussi pour douter. Et voici le doute qui le rongeait: JESUS EST-IL VRAIMENT LE MESSIE OU DEVONS-NOUS EN ATTENDRE UN AUTRE? C’est une question clef: Jésus est-il vraiment le messie?

Jean avait de quoi douter. Il avait prêché dans le Jourdain un baptême de conversion. Il avait eu un formidable succès populaire. Des foules immenses étaient venues à lui. Mais Jean le Baptiste, fidèle à sa mission, avait annoncé «qu’un plus grand» que lui allait venir. Jean a su s’effacer pour laisser la place à Jésus. Ce Jésus qu’il a identifié comme étant le Messie de la promesse.

Jésus «plus grand» que Jean le Baptiste…. Mais que veut dire « être plus grand »?

Pour Jean, plus grand, signifie plus puissant. Pour Jean, Jésus allait exercer un jugement terrible, LE JUGEMENT FINAL de Dieu. Manifestation de sa puissance et de son autorité. Jean attendait sans doute impatiemment la manifestation de cette puissance, de ce triomphe sur le mal. Un peu comme Légolas tuant les gobelins dans la forêt de Mirkwood dans le dernier film de Peter Jackson… Jésus ressemblerait alors à un Héros de l’antiquité, en plus fort. Un alliage de puissance et de transcendance, un messie justicier, tenant en main la hache pour couper l’arbre improductif.

Eh bien maintenant Jean est déçu. Il déprime un peu… CAR JESUS NE RESSEMBLE PAS AU MESSIE ATTENDU. IL N’A PAS L’AIR ASSEZ PUISSANT. Alors que l’on s’attendait à de la puissance et de la justice, voilà que l’on reçoit… de l’humilité et de la miséricorde!? Que Dieu est déroutant! Car Jésus ne correspond pas à nos attentes… Il y a clairement un décalage entre la réalité divine et nos attentes humaines.

Pourquoi Dieu laisse-t-il son ami Jean, le précurseur, en prison?
Pourquoi ne sauve-t-il pas son ami?
Pourquoi Dieu apparaît-t-il toujours comme vaincu par ses ennemis?
Pourquoi tant de morts et de souffrances dans la création?

Le Père Cantalamessa écrivait que si Dieu permet le mal, c’est pour dilater l’âme de celui qui souffre, afin qu’au moment venu, elle puisse contenir davantage de grâce. C’est beau! Dans notre foi, nous disons toujours que Dieu permet le mal en vue d’un plus grand bien.

Parfois, on a quand même envie de crier vers le Ciel: Seigneur, réponds-nous! Maintenant!!! ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR OU DEVONS NOUS EN ATTENDRE UN AUTRE? EST-CE TOI, JESUS LE CRUCIFIE? OU DEVONS-NOUS EN ATTENDRE UN AUTRE.

Es-tu Celui qui peut nous apporter la joie, la vie, le bonheur ou devons-nous attendre quelqu’un d’autre? Cette question d’importance, Jean a raison de se la poser! Jean n’est plus sur les bords du Jourdain, mais dans les ténèbres d’un cachot, dans la nuit obscure de la foi…. ET JESUS N’EST PAS LE JUGE REDOUTABLE et puissant qui condamne les pécheurs aux supplices éternels, comme Jean l’espérait. JESUS EST AU CONTRAIRE LE SERVITEUR DISCRET, SERVITEUR SOUFFRANT ET CACHE. Il est celui qui manifeste sa grandeur en se faisant petit. La grandeur de Dieu,  ce n’est pas sa puissance, même si Dieu est tout-puissant. LA GRANDEUR DE DIEU C’EST LE SOUCI QU’IL A DU FAIBLE ET DU PETIT.

Entendez comme cela est étonnant! Dieu manifeste sa grandeur par des gestes très concrets, des gestes de bonté envers les défavorisés et les souffrants, les aveugles, les boiteux, les sourds, les lépreux. Ainsi pour les hommes la revanche de Dieu sur le mal, c’est de l’en délivrer et de l’en guérir. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie.

Le signe que Jésus est le messie, (ce signe n’est pas la foudre qui s’abat sur le mécréant!) le signe que Jésus est le messie, c’est que la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres! Le signe que Jésus est le messie, c’est que désormais, tout homme qui croit peut être sauvé. Le signe que Jésus est le Messe, c’est que désormais, Dieu se fait connaître, il nous donne un visage à contempler.

SEIGNEUR, JE CROIS QUE TU ES CELUI QUI DOIT VENIR.
TU VIENS DEPASSER NOS ATTENTES.
TU MANIFESTES TA PUISSANCE EN TE FAISANT SERVITEUR, HUMBLE ET CACHE.
TU ES LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DE DIEU, CAR TU AS PRIS LA DERNIERE PLACE.
JE RECONNAIS QUE TU ES LE MESSIE
A CE QUE TU ANNONCES LA BONNE NOUVELLE POUR TOUS LES HOMMES.

AVEC UN AMOUR DE PREFERENCE POUR CELUI QUI EST PECHEUR.

Avec toi Seigneur, un nouveau monde commence. 

Désormais, le moindre des disciples de Jésus
peut devenir
plus grand
que le grand Jean le baptiste.

Pour cela il faut vouloir se faire petit, humble et serviteur.

SEIGNEUR, AVEC TOI, NOUS SOMMES ENTRES, PARADOXALEMENT, DANS L’ERE DES PETITS.
DESORMAIS ET POUR TOUJOURS, LA SEULE VRAIE GRANDEUR, C’EST L’HUMILITE.

Nous pouvons maintenant allumer la troisième bougie de l’Avent,
nous l’appellerons la bougie de l’humilité.

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Auteur