Les familles chrétiennes d'Egypte font face à la montée de l'intolérance des islamistes face aux minorités (Photo:  Jacques Berset)
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Les familles chrétiennes d'Egypte font face à la montée de l'intolérance des islamistes face aux minorités (Photo: Jacques Berset)

Egypte: les terroristes disposent d'une réelle base sociale


Les terroristes de l’Etat islamique (EI), qui ont causé dimanche 9 avril dernier la mort de 44 personnes – 27 dans l’attentat visant l’église copte de Mar Girgis (St-Georges) à Tanta, à 120 km au nord du Caire, et 17 autres à St-Marc à Alexandrie -, ne sont malheureusement pas de dangereux pervers isolés.

Ils disposent d’une réelle base sociale dans la société égyptienne, dont une minorité non négligeable s’est encore davantage radicalisée depuis la destitution en juillet 2013 du président islamiste Mohamed Morsi, importante personnalité des Frères musulmans.

Malgré les remontrances du président Abdel Fattah al-Sissi, Al-Azhar, référence mondiale pour l’islam sunnite, continue à diffuser des publications et des enseignements bien éloignés de l’islam modéré que l’institution prétend répandre.

Bien loin de “l’islam des Lumières”

Ce n’est certes pas “l’islam des Lumières” que l’on propage dans les mosquées et dans les institutions d’Al-Azhar. La mentalité de rejet de “l’autre”, du “différent”, de l'”infidèle”, du “mécréant” et de l'”apostat” qui prévaut dans les milieux islamistes, est la première source de ce terrorisme djihadiste qui prend pour cible toutes les minorités.

C’est un fait, même si le grand imam d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayeb, que le pape François doit rencontrer le 28 avril prochain lors de sa visite au Caire, répète à qui veut bien l’entendre que le terrorisme n’est pas un produit dérivé de la religion.

Et même si tous les officiels, politiques et religieux, affirment une nouvelle fois à l’unisson que cette vague d’atrocités visant spécifiquement les coptes ne va pas mettre en danger l’unité du peuple égyptien, les chrétiens ne sont pas dupes: ils sont toujours davantage discriminés et menacés, malgré les beaux discours qui cherchent à tendre un rideau de fumée sur la réalité. Ils dénoncent le manque de protection de leurs lieux de culte, régulièrement ciblés par les islamistes, mais surtout une mentalité d’exclusion répandue au sein de la population.

Des combattants revenus de Syrie

L’EI, qui vient de revendiquer cette nouvelle attaque contre les “mécréants”, a révélé le nom de ses “combattants”: ils s’appelleraient Abu Ishaq al Masri et Abu al Baraa al Masri (al Masri voulant dire l’Egyptien).

D’après la presse égyptienne, passant par la Turquie, ils avaient rejoint en Syrie, dès 2013, les rebelles combattant le gouvernement de Damas. A leur retour en Egypte, ces djihadistes se seraient joints aux terroristes qui sèment la mort dans la péninsule du Sinaï. Des centaines de soldats et de policiers égyptiens ont péri dans leurs attaques, alors que depuis quelques temps les chrétiens sont devenus leur cible privilégiée.

Les chrétiens, traités d'”infidèles d’Egypte”

Cette stratégie de la terreur, qui vise à fomenter la division de la société égyptienne sur des bases confessionnelles, est menée par les terroristes d’Ansar Beït Al-Maqdis, groupe qui a prêté allégeance à Daech, le soi-disant “Etat islamique”, l’automne dernier. Ils avaient d’emblée averti qu’ils allaient cibler les chrétiens, traités d'”infidèles d’Egypte”. Ils n’ont pas tardé à mettre leurs funestes plans à exécution: le 11 décembre 2016 au Caire, ils commettaient un attentat durant la messe à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, tout près de la cathédrale Saint-Marc, siège primatial de l’Eglise copte orthodoxe, dans le quartier d’Abbasseya. 27 fidèles, en majorité des femmes et des enfants, avaient péri dans cet attentat suicide revendiqué par l’organisation terroriste.

Une véritable épuration religieuse

Selon les experts, le groupe d’Ansar Beït Al-Maqdis se livre à une véritable épuration religieuse dans le Sinaï. Un millier de personnes, en majorité des familles chrétiennes coptes, ont fui ces derniers mois la zone d’El-Arish. Sept coptes y ont été assassinés par des djihadistes: un enseignant, un vétérinaire et des fonctionnaires. Certains ont été décapités et d’autres brûlés vifs devant leurs familles.

Les chrétiens ne sont pas les seuls à être visés: déjà près de 300 personnes ont été assassinées par des éléments terroristes à El-Arish, non loin de la Bande de Gaza: des soldats, des policiers et des civils. Mais s’attaquer aux chrétiens, qui bénéficient de nombreux relais dans la diaspora, en particulier dans le monde occidental tant haï par les terroristes, leur donne l’écho médiatique dont ils rêvent, afin de semer la peur et le chaos au plan international.

Jacques Berset | 10.04.2017

Jacques Berset

Jacques Berset est journaliste à cath.ch

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