Sœur Véronique

Evagile de dimanche: devenir disciple

Avez-vous le souvenir des premiers mots échangés avec un ami, alors que vous n’étiez encore, l’un pour l’autre, que deux inconnus? Quelques mots qui, peut-être, ont été déterminants pour votre avenir? Familier des Ecritures, avez-vous prêté la même attention aux premières paroles de Jésus dans chaque évangile? St Jean, lui, nous les rapporte sous forme d’une question adressée à deux disciples de Jean-Baptiste: Que cherchez-vous?

Ce Jean-Baptiste vit en ascète, d’une manière un peu extrême, originale. Voyant Jésus qui passe, il le désigne comme l’Agneau de Dieu. Et cela suffit pour que ses deux disciples le plantent là et suivent Jésus! Jésus passe, se montre, mais ne s’arrête pas. Jean-Baptiste le voit, le regarde, le reconnaît, le montre… et reste là. C’est le passage d’un Testament à un autre, d’un transfert du Précurseur au Messie, sur l’encouragement de Jean-Baptiste lui-même d’ailleurs.

Donc, Jésus passe et se retournant, voit qu’il est suivi. Il demande:

-Que cherchez-vous?

-Rabbi – ce qui veut dire Maître -, où demeures-tu?

-Venez, et vous verrez.

Ils allèrent donc… A première vue, rien d’autre qu’un dialogue banal. Mais qui dit Maître, sous-entend un enseignement et donc le désir d’être à l’écoute pour s’engager en faisant confiance. Jésus s’étant retourné, se met donc en face des deux disciples et ce face- à- face inaugure une vraie relation. Relation possible pour chacun, chacune de nous, car la recherche fait partie d’une vie chrétienne authentique et nous empêche de camper sur la certitude orgueilleuse et illusoire de connaître, voire de posséder Dieu!

Où demeures-tu? Assurément ces deux hommes brûlent d’en savoir davantage sur ce Rabbi qui a plongé son regard dans le leur. Ils restèrent auprès de lui, ce jour-là. Un jour, c’est peu, c’est bref. Et, curieux, nous nous demandons ce qui a bien pu se passer dans cette intimité?

«Pierre n’ouvre pas la bouche, mais il reçoit son nom nouveau qui annonce déjà sa mission.»

Or, il nous est possible de le deviner, de l’expérimenter même, car l’invitation est aussi pour nous. Il suffit de demeurer! C’est le verbe de la contemplation. Suivre Jésus, demeurer avec lui, rester en communion, voilà notre vraie destinée chrétienne de baptisés. Choisir de prendre le temps d’une prière prolongée, silencieuse, amoureuse… Peu à peu nous découvrirons alors, comme les deux disciples André et Jean, la véritable demeure de Jésus qui vit dans le Père.

Transformé par cette rencontre, André va trouver son frère Simon: nous avons trouvé le Messie! Quel enthousiasme! Et il l’amène à Jésus. La disponibilité des deux frères lui permet de prendre l’initiative. Pierre n’ouvre pas la bouche, mais il reçoit son nom nouveau qui annonce déjà sa mission.

Quel enchaînement, de Jean-Baptiste aux deux disciples et de ceux-ci à Pierre! Comme nous aimerions avoir la même réussite dans la transmission de la foi dans les familles, parmi nos amis, spécialement les jeunes. Comment faire surgir de leur cœur la question: «Où demeures-tu?» Est-ce le manque de manques qui empêche d’entendre le: «Venez et voyez!»

Après sa résurrection, Jésus apparaissant à Marie-Madeleine tout en pleurs, lui demande: «Qui cherches-tu?» Entre le «que» et ce «qui» se déroule tout l’itinéraire de la foi; c’est passer d’une recherche qui ne peut pas (encore) se nommer à la confession d’une foi résolue au Christ. Et trouver ainsi ce qui peut combler nos cœurs.

Sœur Véronique | Vendredi 15 janvier 2021


Jn 1, 35-42

En ce temps-là,
Jean le Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples.
Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent ce qu’il disait,
et ils suivirent Jésus.
Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient,
et leur dit :
« Que cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent :
« Rabbi – ce qui veut dire : Maître –,
où demeures-tu ? »
Il leur dit :
« Venez, et vous verrez. »
Ils allèrent donc,
ils virent où il demeurait,
et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples
qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.
Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit :
« Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.
André amena son frère à Jésus.
Jésus posa son regard sur lui et dit :
« Tu es Simon, fils de Jean ;
tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

«Vocation de saint Pierre et saint André», détail. 1606. Huile sur toile. Caravage. Royal Collection – château de Hampton Court | Domaine public
15 janvier 2021 | 17:00
par Sœur Véronique
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