Sœur Véronique

Evangile de dimanche: accueillir la vie éternelle

Étrange le parallèle évoqué par Jésus dès la première ligne de l’évangile de ce dimanche, entre lui-même et le serpent: «De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé.»

Plutôt choquant comme image! Car, avouons-le, le serpent n’a pas bonne presse dans le monde chrétien. N’est-ce pas à cause de lui qu’Adam et Eve ont été chassés du Paradis?

Mais voilà qu’un commentaire juif prétend qu’avant de les chasser du jardin, Dieu leur a donné des vêtements de la peau du serpent, le même qui les a tentés.

Cela veut dire qu’après le paradis, l’être humain porte, en quelque sorte, la peau d’un serpent, il est serpent. Alors quand Jésus se compare au serpent, il veut dire qu’il est vrai homme, qu’il porte la même peau du serpent que nous, qu’il était au paradis et qu’il l’a quitté pour devenir comme chacun de nous. Après Adam et Eve, c’est Dieu qui a quitté le paradis pour être avec les hommes.

Et nous savons le sort que les hommes lui ont réservé. C’est sur la croix qu’il sera élevé, «afin que tout homme qui croit obtienne de lui la vie éternelle». Le livre de la Sagesse affirme que «Celui qui se tournait vers le serpent, dans le désert, n’était pas sauvé par l’objet qu’il regardait, mais par Toi, l’universel sauveur. Tu prouvais ainsi que c’est Toi qui délivres de tout mal» (Sg 16,7-8).

«Quand Jésus se compare au serpent, il veut dire qu’il est vrai homme, qu’il porte la même peau du serpent que nous.»

Aujourd’hui, la communauté de Jésus, l’Eglise, n’en finit pas de traverser le désert. Son chemin est jalonné de chutes, de scandales, de défections. Affaiblie par les morsures de l’incrédulité, de la raillerie, du rejet, elle pourrait en venir à perdre confiance, à regarder avec nostalgie vers un passé plus glorieux.

Mais Dieu répond à l’Eglise aujourd’hui, comme il a répondu à Moïse et à son peuple: un signe de salut est dressé pour vous, c’est mon Fils, sur l’étendard de la croix, regardez-Le. Thérèse d’Avila ajoute: vous y trouverez tout.

Il suffit donc d’un regard. Un regard de foi, un regard d’espérance. Car sur la croix, la souffrance et la mort changent de signe; par elle la vie déferle sur le monde. Dieu a élevé puis exalté son Fils, afin que «tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle». Et cette vie éternelle nous est communiquée, non pas plus tard, non pas dans l’au-delà, mais dès maintenant, dans la vie en Eglise, dans les sacrements, dans la vie de foi au jour le jour. Car la vie éternelle sera la vie avec Dieu et dès aujourd’hui nous pouvons nous situer dans cette intimité et vivre en communion profonde avec lui.

Cette intimité peut s’exprimer par un regard de foi, comme une plongée dans la profondeur du mystère de l’amour sauveur. Ainsi cette femme d’une quarantaine d’années, très belle et bien mise, qui avait une façon toute personnelle d’aller recevoir l’Eucharistie. En arrivant à la hauteur du ministre de la communion, elle marquait un temps d’arrêt, levait les yeux vers la croix suspendue au-dessus de l’autel, fixait intensément le visage du Christ, puis tendait enfin ses mains pour recevoir le Corps du Christ. Avec une infinie confiance et une immense gratitude. Aucun dolorisme chez cette femme, mais la conscience du grand amour de Dieu.

En effet, ce n’est pas la croix du supplice qui nous sauve, ni la mort du Christ ni même sa résurrection, c’est uniquement l’immense acte d’amour par lequel il a donné sa vie pour nous.

Saurons-nous accueillir ce don inouï?

 Sœur Véronique | Vendredi 12 mars 2021


Jn 3, 14-21

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :
« De même que le serpent de bronze
fut élevé par Moïse dans le désert,
ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Car Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pas pour juger le monde,
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement,
celui qui ne croit pas est déjà jugé,
du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici :
la lumière est venue dans le monde,
et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière :
il ne vient pas à la lumière,
de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;
mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,
pour qu’il soit manifeste
que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Dieu a élevé puis exalté son Fils, afin que «tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle» | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0
12 mars 2021 | 17:00
par Sœur Véronique
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