Jésus guérit la belle-mère de Pierre. Par John Bridges, Angleterre, huile sur toile, 1839. | Wikimedia/domaine public.
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Jésus guérit la belle-mère de Pierre. Par John Bridges, Angleterre, huile sur toile, 1839. | Wikimedia/domaine public.

 Evangile de dimanche: "Allons ailleurs"


“Allons ailleurs”, telles sont les seules paroles prononcées par Jésus dans cet épisode. “Allons ailleurs”. Jésus vient de quitter Capharnaüm, pour se rendre dans un lieu désert. Où veut-il aller maintenant? “Vers les villages voisins”? Ne cherchons pas à préciser la direction indiquée dans son invitation mais mettons nos pas dans les siens.

Jésus est sorti de la synagogue de Capharnaüm où sa prédication a été remarquée, d’autant que son autorité l’a conduit à chasser un démon. Dans la maison de Simon et d’André, il a guéri la belle-mère de Simon; en la remettant debout, il lui rend sa capacité de servir, non pas d’être esclave, mais d’accueillir l’autre comme autre, librement, dans le respect de ce qu’il est. A partir de là, l’évangéliste Marc semble faire une chronique des guérisons opérées par Jésus. Tout paraît banal. Après que la foule se soit pressée à la porte pour lui amener malades et possédés, Jésus sort, seul, sans les disciples qui l’ont accompagné partout jusqu’ici. Il se retire, en pleine nuit, dans un endroit inhabité. Il prie longuement.

Ce moment d’intimité avec Dieu souligne une rupture. Jésus relit les événements de ces derniers jours. Il ne peut pas s’en tenir au succès de ses premières guérisons, ni rester auprès de ceux qui, à Capharnaüm, veulent le retenir. S’il est entré en prière, c’est parce qu’il sait que servir le Père le conduit à aller plus loin. Certes, il commande aux démons et les chasse, mais il leur interdit de parler de lui car l’esprit impur ne peut être le messager de la vérité. Jésus ne se révèle que progressivement. Il faut un long compagnonnage avec lui pour découvrir qui il est.

Jésus se laisse chercher par les disciples. Il se laisse chercher par nous aussi car, Jésus n’est pas à la disposition de notre bon vouloir. S’il creuse le désir entre lui et nous pour que nous le cherchions et que nous sortions à sa rencontre, il ne nous fuit pas. Au contraire. Il nous attend, mais pas là où nous croyons le trouver. Il nous accueille auprès de lui et nous invite à aller “ailleurs” avec lui. “C’est pour cela, dit-il, que je suis sorti”.

Jésus n’est pas à la disposition de notre bon vouloir.

Si nous écoutons sa parole, nous sommes déjà emportés avec lui vers cet ailleurs autant indéfini qu’infini. “C’est pour cela que je suis sorti”. Jésus n’est-il pas comme le semeur, qui lui aussi est sorti pour semer la Parole? Ne nous invite-t-il pas à le suivre avec confiance, pour être “avec lui” sur un chemin qui n’est pas tracé d’avance, où le risque est toujours présent, chemin apparemment ordinaire que la Parole entendue, méditée et partagée, féconde.

Sortir “ailleurs”, à la rencontre de tout être humain exprime l’urgence de l’annonce. Ce que saint Paul dit avec ses mots à lui: “malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile!”. Pour sortir avec Jésus, il faut d’abord le chercher, se mettre en route, lui donner notre confiance, dans la simplicité du quotidien. Alors, sous sa conduite, il nous révèlera les profondeurs de l’amour de Dieu et nous fera découvrir les profondeurs du cœur humain.

Chantal Reynier | 2 février 2018


Mc 1, 29-39

En ce temps-là,
aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,
Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean,
dans la maison de Simon et d’André.
Or, la belle-mère de Simon était au lit,
elle avait de la fièvre.
Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.
Jésus s’approcha,
la saisit par la main
et la fit lever.
La fièvre la quitta,
et elle les servait.

Le soir venu, après le coucher du soleil,
on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal
ou possédés par des démons.
La ville entière se pressait à la porte.
Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,
et il expulsa beaucoup de démons ;
il empêchait les démons de parler,
parce qu’ils savaient, eux, qui il était.

Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.
Il sortit et se rendit dans un endroit désert,
et là il priait.
Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.
Ils le trouvent et lui disent :
« Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit :
« Allons ailleurs, dans les villages voisins,
afin que là aussi je proclame l’Évangile ;
car c’est pour cela que je suis sorti. »

Et il parcourut toute la Galilée,
proclamant l’Évangile dans leurs synagogues,
et expulsant les démons.

Chantal Reynier

Chantal Reynier est consacrée, membre de la Fraternité de l’Œuvre pour un Apostolat Spirituel et Social (O.A.S.I.S.). Elle collabore comme scientifique à la faculté de théologie au Département d’études bibliques à l’Uni de Fribourg. Elle y est chargée des cours d’exégèse, notamment en littérature paulinienne.

Elle a publié nombreux ouvrages sur saint Paul. Chantal Reynier est en outre chargée de la collection ABC de la Bible et de Cercle biblique aux éditions du Cerf.

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