Et lui les interrogeait :
« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ? » | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)
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Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: “en chemin“


Jésus et ses disciples sont “en chemin“ dans la région de Césarée de Philippe, à la limite nord de la Galilée, secteur ouvert aux païens. C’est en marchant, loin de Jérusalem dominée par les prêtres, les scribes et les pharisiens, que Jésus pose la question de son identité.

Jésus commence par interroger ses compagnons sur ce que les gens disent à son sujet. Les réponses véhiculées par la rumeur et répétées par les disciples sont variées: il est Elie, Jean-Baptiste ou encore un prophète… Si ces appellations ne sont pas fausses, elles sont insuffisantes. Et Jésus pousse les disciples à prendre position: qui est-il pour eux, eux qui, jusque-là, l’appellent “maître“? Qui suivent-ils? Derrière qui marchent-ils?

Pour la première fois, Pierre prend la parole au nom du groupe. Il déclare sans détours que Jésus est le “Christ“ (celui qui a reçu l’onction), autre nom du Messie. Ce que dit Pierre est juste mais il n’a pas tout à fait conscience de ce qu’il confesse. Quant à la réaction de Jésus, elle est surprenante: là où nous attendrions une discussion, il demande le silence.

Le silence qu’il impose donne aux disciples cet espace intérieur indispensable pour entendre sa Parole: le chemin du Fils de l’homme passe nécessairement par la croix. C’est seulement là que nous comprendrons ce que signifie “Christ“ et “Messie“. Jésus est l’Envoyé de Dieu, pour tous les hommes. Il n’est pas le Messie royal chargé de rétablir le royaume de David sur cette terre. Pour révéler l’amour de Dieu pour tous, Jésus choisit de se donner sans réserve, acceptant par avance la mort scandaleuse de la croix que lui infligera l’élite laïque et sacerdotale de Jérusalem.

“Personne, pas même Pierre, ne peut s’opposer au don de soi de Jésus.“

Oui, l’annonce des épreuves et de la mort de Jésus nous heurte, comme elle a heurté Pierre qui se rebelle jusqu’à rabrouer son Maître avec la même force que Jésus lui-même a imposé le silence aux esprits impurs ou à la tempête. Mais Jésus, se retournant, remet publiquement Pierre à sa place: personne, pas même Pierre, ne peut s’opposer au don de soi de Jésus. Chercher à le soustraire à la Passion serait entrer dans la logique de Satan et refuser d’accepter le “Messie crucifié, scandale et folie“.

Prenons, nous aussi, le temps d’écouter ce que dit la rumeur et demandons-nous ce qu’elle évoque en nous. Puis, faisons silence. Acceptons que ce silence creuse en nous le désir de connaître Jésus afin de nous mettre davantage à sa suite. Reconnaître l’identité du Messie implique un acte: “si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive…“  Renonçons à nos fausses idées d’un Messie triomphal que Jésus n’a jamais voulu être et qui nous tente toujours. Ne pensons pas que la faiblesse soit indigne du Dieu d’amour. Acceptons que le Fils de l’homme nous rejoigne dans notre propre faiblesse. Alors, nous serons, vraiment, avec lui, “en chemin“.

Chantal Reynier | Vendredi 14 septembre 2018


Mc 8, 27-35

En ce temps-là,
Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples,
vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe.
Chemin faisant, il interrogeait ses disciples :
« Au dire des gens, qui suis-je ? »
Ils lui répondirent :
« Jean le Baptiste ;
pour d’autres, Élie ;
pour d’autres, un des prophètes. »

Et lui les interrogeait :
« Et vous, que dites-vous ?
Pour vous, qui suis-je ? »
Pierre, prenant la parole, lui dit :
« Tu es le Christ. »
Alors, il leur défendit vivement
de parler de lui à personne.

Il commença à leur enseigner
qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup,
qu’il soit rejeté par les anciens,
les grands prêtres et les scribes,
qu’il soit tué,
et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement.
Pierre, le prenant à part,
se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna
et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre :
« Passe derrière moi, Satan !
Tes pensées ne sont pas celles de Dieu,
mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit :
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile
la sauvera. »

Chantal Reynier

Chantal Reynier est consacrée, membre de la Fraternité de l’Œuvre pour un Apostolat Spirituel et Social (O.A.S.I.S.). Elle collabore comme scientifique à la faculté de théologie au Département d’études bibliques à l’Uni de Fribourg. Elle y est chargée des cours d’exégèse, notamment en littérature paulinienne.

Elle a publié nombreux ouvrages sur saint Paul. Chantal Reynier est en outre chargée de la collection ABC de la Bible et de Cercle biblique aux éditions du Cerf.

Auteur
Dernières publications
“Parabole de la poutre et de la paille“. Domenico Fetti, vers 1619. | Wikimedia.
Jésus déclara: “Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre“. | © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0