Bernard Miserez

Evangile de dimanche: Et si le ciel était en toi…

A lire les évangiles, Jésus est souvent en chemin. Le voilà aujourd’hui en territoire païen. Comme souvent, parce que sa renommée le précède, il est interpellé par des gens de tous bords. Il y a foule d’ailleurs ce jour-là. Un groupe de personnes lui amène un sourd qui avait du mal à parler. On devine leur intention quand ces gens supplient Jésus de poser la main sur lui.

Ils espèrent, sachant que Jésus est puissant non seulement dans sa parole mais aussi dans ses actes. Mais, étonnamment, Il emmène cet homme à l’écart, loin du brouhaha de la foule. N’est-ce pas la manière de Dieu de prendre soin de son peuple : il l’avait emmené à l’écart pour parler à son cœur (Osée 2,16). Le sourd-muet pourrait bien être une figure du peuple de Dieu, un peuple dur d’oreille?

Jésus ne ménage pas ses gestes. Il prend le temps, ne répugne pas de toucher notre chair. Avec ses doigts, sa salive, il travaille sur le corps pour creuser l’oreille de cet homme jusqu’à ce qu’il entende et pour libérer sa langue jusqu’à ce qu’il parle. Elle se voit là, la proximité du Christ, toujours en train de nous donner vie.

Nous ressemblons à cet homme dont la surdité isole et emmure. Notre solitude, plus vive encore depuis la crise sanitaire, nous a peut-être recroquevillés davantage sur nous-mêmes. Notre écoute a subi tant d’interférences et notre capacité à entendre les cris du monde et des pauvres s’est rapetissée sans que nous nous en rendions compte.

«’Ouvre-toi!’. Autrement dit: comment pourras-tu t’ouvrir si ce n’est pas le ciel qui s’ouvre en toi? Cette ouverture est une grâce à demander et à recevoir.»

Mais voilà, à cet homme infirme, Jésus ne lui dit pas: «Entends! Parle!» La vraie guérison n’est pas de cet ordre. Il lui dit: «Effata!» c’est-à-dire «Ouvre-toi!» Tout est ouvert désormais. Seulement, avez-vous remarqué le détail. A qui s’adresse exactement cet «Effata»? Au sourd? Oui, mais il est sourd… En regardant vers le ciel, en poussant un soupir, Jésus s’adresse à l’homme mais aussi à Dieu. «Ouvre-toi!». Autrement dit: comment pourras-tu t’ouvrir si ce n’est pas le ciel qui s’ouvre en toi? Cette ouverture est une grâce à demander et à recevoir. Christiane Singer avait titré un de ses ouvrages ainsi: «Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi?»

Alors, qu’est-ce qui est appelé à s’ouvrir? Une porte… pour accueillir les autres dans sa vie. Une fleur… pour livrer ta beauté et tes richesses comme un don gratuit. Une route… pour vivre la rencontre vraie et pleine d’humanité. Un tombeau… pour sortir de nos endroits de mort et vivre de la Résurrection.

«Ouvre-toi!» c’est le rendez-vous qui rejoint notre désir le plus fort. Sans doute, nos peurs et nos habitudes nous font douter de la Parole que le Christ nous adresse. Mais, c’est Lui encore qui assume ce travail intérieur en dégageant tout ce qui est contraire à la liberté qu’Il nous propose.

Enfin, autre détail, comment Jésus peut-il demander au sourd guéri de ne point parler? Impossible de se taire devant l’œuvre de Dieu. Quand tout est ouvert, la louange jaillit et rien, jamais, ne pourra l’arrêter.

Bernard Miserez | Vendredi 3 septembre 2021


Mc 7, 31-37

En ce temps-là,
    Jésus quitta le territoire de Tyr ; 
passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée 
et alla en plein territoire de la Décapole. 
    Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, 
et supplient Jésus de poser la main sur lui. 
    Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, 
lui mit les doigts dans les oreilles, 
et, avec sa salive, lui toucha la langue. 
    Puis, les yeux levés au ciel, 
il soupira et lui dit : 
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » 
    Ses oreilles s’ouvrirent ; 
sa langue se délia, 
et il parlait correctement. 
    Alors Jésus leur ordonna 
de n’en rien dire à personne ; 
mais plus il leur donnait cet ordre, 
plus ceux-ci le proclamaient. 
    Extrêmement frappés, ils disaient : 
« Il a bien fait toutes choses : 
il fait entendre les sourds et parler les muets. »

«Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue». | © B. Lopez/Evangile et peinture.
3 septembre 2021 | 16:26
par Bernard Miserez
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