Le Christ chasse les marchands du temple.  Luca Giordano, huile sur toile. 2e moitié du 17e siècle| Domaine public.
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Le Christ chasse les marchands du temple. Luca Giordano, huile sur toile. 2e moitié du 17e siècle| Domaine public.

Evangile de dimanche: ce qui est folie…


Comment à l’approche de la Pâque, Jésus ose-t-il intervenir dans le Temple en chassant les vendeurs, leurs installations et les animaux pour le sacrifice? Quelle violence! Aux yeux de ses contemporains, de quoi le taxer de fou. Or, “ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes“, dit l’Apôtre Paul.

Jésus n’est pas celui qui vient bénir toute situation. Il est celui qui met toutes choses à sa place, car il est chez lui “dans la maison de son Père“, ce lieu saint, symbole de la transcendance du Dieu trois fois saint. Et les Juifs osent encore demander à Jésus des signes afin qu’il justifie son geste. Et nous, avec eux, combien de fois demandons-nous des signes alors que Jésus est là, présent à nos côtés! Qu’ont-ils besoin de signe, ces pharisiens, puisque sa présence remplit le Temple?

Mais Jésus accepte de répondre à la question insidieuse des Juifs. “Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai“. Jésus voit en effet dans le temple-bâtiment, son propre corps. Désormais en Jésus, le Fils de Dieu, Dieu est présent, infiniment plus que dans le Temple à l’inégalable splendeur. Dans sa faiblesse, dans sa chair bientôt crucifiée, il rend Dieu présent à notre humanité et nous donne de comprendre que les sacrifices de bétail n’ont plus cours. La relation à Dieu passe par l’offrande de soi-même par amour pour Dieu et pour les hommes. Une telle réponse attire les ricanements des Pharisiens qui sont enfermés dans leur savoir et leurs certitudes aussi durs que les pierres du Temple d’Hérode.

Le culte rendu à Dieu passe désormais par le don de soi et non par le marchandage

Celui qui chasse les vendeurs préfigure le “Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes“ dont parle saint Paul. Ce que nous prenons pour un geste de violence de la part de Jésus est en fait le signe de l’abaissement du Fils de Dieu qui, en investissant le Temple, prend la place des offrandes. Il accepte d’être défiguré, anéanti, par l’ignorance des hommes qui refusent d’entendre la vérité. Le culte rendu à Dieu passe désormais par le don de soi et non par le marchandage ou le mérite. C’est dans cet abaissement de la croix, dans cette humiliation suprême, que Jésus, “connaissant ce qu’il y a dans l’homme“, fait la place à Dieu dans sa maison-humanité.

Les disciples comprendront après la Résurrection qu’il parlait de lui. La présence du Dieu unique au milieu de son peuple, symbolisée par le Temple, c’est désormais le Fils serviteur. Reconnaître cela n’est pas le fruit de complexes raisonnements. C’est le fruit d’un changement de regard sur Dieu et sur Jésus. Acceptons-nous que Dieu choisisse les chemins que nous qualifions de folie pour révéler sa sagesse ? Cherchons-nous à être “les vrais adorateurs du Père“ “en esprit et en vérité“ (Jn 4, 23), c’est-à-dire serviteurs dans l’adhésion absolue à Dieu le Père pour le service des frères, quoi qu’il en coûte? “Ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes“ (1 Co 1, 25).

Chantal Reynier | Vendredi 2 mars 2018


Jn 2, 13-25

Comme la Pâque juive était proche,
Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés
les marchands de bœufs, de brebis et de colombes,
et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes,
et les chassa tous du Temple,
ainsi que les brebis et les bœufs ;
il jeta par terre la monnaie des changeurs,
renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes :
« Enlevez cela d’ici.
Cessez de faire de la maison de mon Père
une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit :
L’amour de ta maison fera mon tourment.
Des Juifs l’interpellèrent :
« Quel signe peux-tu
nous donner
pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit :
« Détruisez ce sanctuaire,
et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent :
« Il a fallu quarante-six
ans pour bâtir ce sanctuaire,
et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts,
ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ;
ils crurent à l’Écriture
et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque,
beaucoup crurent en son nom,
à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux,
parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ;
lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Chantal Reynier

Chantal Reynier est consacrée, membre de la Fraternité de l’Œuvre pour un Apostolat Spirituel et Social (O.A.S.I.S.). Elle collabore comme scientifique à la faculté de théologie au Département d’études bibliques à l’Uni de Fribourg. Elle y est chargée des cours d’exégèse, notamment en littérature paulinienne.

Elle a publié nombreux ouvrages sur saint Paul. Chantal Reynier est en outre chargée de la collection ABC de la Bible et de Cercle biblique aux éditions du Cerf.

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