Sœur Anne-Sophie

Évangile de dimanche: Le Dieu des montagnes...

Dieu est un montagnard. Probablement a-t-il créé les montagnes pour en faire son lieu de rendez-vous favori avec les hommes. Il aime descendre à leur sommet tandis que les hommes y montent à sa rencontre. Ainsi, entre ciel et terre, chacun fait un bout du chemin. Moïse et Élie en savent quelque chose.

Combien de fois Dieu les a-t-il convoqués, notamment sur le mont Sinaï, pour se révéler à eux et faire alliance avec le peuple ? Pas étonnant qu’ils soient là aujourd’hui, sur le mont de la Transfiguration, eux les spécialistes des révélations en altitude.

Mais cette fois, la situation est un peu différente. D’abord, ce ne sont plus eux les destinataires de la révélation mais Pierre, Jacques et Jean. Ensuite, leur présence n’est pas charnelle mais symbolique. Ils font partie de la vision qui s’offre au regard des disciples. Leur présence est de gloire, comprise dans celle lumineuse et resplendissante de Jésus qui les contient tout entiers.

«C’est là l’enjeu de toute la vision: prendre la mesure de Jésus, Dieu fait homme»

Ensuite, celui avec qui ils conversent n’est pas celui qui jadis fit trembler la montagne ou, au contraire, se fit entendre dans une brise légère, mais Jésus qui lui-même a dû gravir la montagne et non y descendre. C’est d’ailleurs là l’enjeu de toute la vision : prendre la mesure de Jésus, Dieu fait homme, qui a choisi de rejoindre ceux du bas et de gravir avec eux une montagne où il se révèle être celui qui vient d’en haut. Les disciples y sont conviés en cette expédition inattendue.

Gravir une montagne avec Jésus, ils l’ont déjà fait. C’était le mont des Béatitudes, et au sommet, ils ont reçu de Jésus la loi nouvelle, comme Moïse avait reçu la loi ancienne au Sinaï. Jésus tient donc la place que tenait Yahvé en enseignant une loi qui n’abolit pas la première mais l’accomplit. Il lui reste encore à sceller l’Alliance nouvelle que cette loi appelle. Pour cela, il lui faut aussi une montagne, avec une nuée pour manifester sa gloire.

«Pour entrer dans le mystère de la personne de Jésus, il faut beaucoup de lumière…»

L’histoire d’Israël est rejouée, et la scène de la Transfiguration a probablement pour but que les disciples comprennent ce lien, s’en souviennent aussi afin d’affronter cet autre sommet que Jésus s’apprête à gravir, celui du Golgotha et de la croix.  Pour entrer dans le mystère de la personne de Jésus, il faut beaucoup de lumière, de nuées et d’effroi. Et surtout une voix, celle du Père attestant que Jésus est son Fils et qu’il est sa joie.

C’est cela en fait la gloire : une lumière dans laquelle on accède à la joie même de Dieu d’avoir un Fils à qui il se donne et de qui il se reçoit dans un échange d’amour incessant. C’est en écoutant le Fils bien-aimé, selon l’invitation du Père, que les disciples entreront dans cette joie qui scelle définitivement l’alliance.

«Le cap est donné… À nous de le suivre sur notre chemin de carême»

Le cap est donné. Écouter le Fils, ce sera pour eux marcher à sa suite sur le douloureux chemin par lequel il nous conduit à la joie du Père, comme un nouvel exode vers la terre promise où Jésus conduit son peuple. À nous de les suivre sur notre chemin de carême, car peut-être avons-nous notre propre montagne de la Transfiguration, notre propre expérience de sa lumière.

Peut-être avons-nous été saisis, enveloppés, et a-t-elle laissé en nous une assurance et une espérance de ce qui nous attend : une alliance de joie qui est celle de Dieu lui-même.

Sœur Anne-Sophie, op | Vendredi 27 février 2026


Mt 17, 1-9

En ce temps-là,
    Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère,
et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne.
    Il fut transfiguré devant eux ;
son visage devint brillant comme le soleil,
et ses vêtements, blancs comme la lumière.
    Voici que leur apparurent Moïse et Élie,
qui s’entretenaient avec lui.
    Pierre alors prit la parole et dit à Jésus :
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici !
Si tu le veux,
je vais dresser ici trois tentes,
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
    Il parlait encore,
lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre,
et voici que, de la nuée, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé,
en qui je trouve ma joie :
écoutez-le ! »
    Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre
et furent saisis d’une grande crainte.
    Jésus s’approcha, les toucha et leur dit :
« Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
    Levant les yeux,
ils ne virent plus personne,
sinon lui, Jésus, seul.

    En descendant de la montagne,
Jésus leur donna cet ordre :
« Ne parlez de cette vision à personne,
avant que le Fils de l’homme
soit ressuscité d’entre les morts. »

«Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne» | DR
27 février 2026 | 17:00
par Sœur Anne-Sophie
Temps de lecture : env. 3  min.
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