Philippe Matthey

Evangile de dimanche: le sanctuaire et la maison

L’habitation commune est l’un des signes importants d’une vie selon l’amour. Vos couples, nos familles, nos amis, nos communautés le savent bien, qui cherchent à favoriser les espaces pour la rencontre, le partage et la vie commune.

Il en va de même avec Dieu et son peuple. Toute l’histoire biblique consiste à chercher comment faire habiter dans l’espace de nos vies celui qui se présente comme notre Dieu et nous désigne comme son peuple. Ce fut l’arche d’alliance pour le peuple en marche, puis la ville de Jérusalem au centre de la Terre promise, puis le Temple au cœur de Jérusalem. A chaque fois le lieu était adapté au mode de vie du moment.

Avec la bonne nouvelle que le Royaume de Dieu est parmi nous, Jésus vient procéder à l’adaptation de l’habitation de Dieu en notre humanité élargie. Désormais le Temple de Jérusalem est trop étroit pour abriter la parole de liberté pour toutes les nations. Le cadre de la loi et de la tradition des sacrifices, pour obtenir les bonnes grâces de Dieu, est devenu obstacle à la générosité gratuite de l’amour de Dieu pour les siens. On n’enferme pas Dieu dans des rites, aussi beaux et louables soient-ils.

L’incident rapporté par l’évangile de ce jour a précipité le changement: Jésus évolue dans le lieu traditionnel de la présence de Dieu au milieu de son peuple. En renversant les comptoirs et en chassant les marchands il pose un geste prophétique. C’est un risque important que de s’opposer à l’ordre religieux établi et Jésus le sait bien, lui qui est prêt à aller jusqu’au don de sa vie: sa passion et son chemin de croix ont déjà commencé!

«On ne fait pas commerce avec Dieu pour obtenir le salut: comme si on pouvait acheter les bonnes faveurs de Dieu pour mériter son amour.»

Il ne s’agit pas seulement de dénoncer l’instrumentalisation de ce sanctuaire à des fins de commerce. Jésus affirme que ce Temple, c’est la maison de son Père, signalant par là le caractère unique de la relation entre lui et Dieu et leur commune volonté de nous y associer. Et il va plus loin en se présentant lui-même comme la demeure de Dieu parmi les hommes.

Regardons de plus près! C’est dans la gratuité du don de tout son être que Jésus nous signifie jusqu’où va l’amour du Père. C’est pourquoi il chasse de cette maison ce qui peut l’encombrer, ce qui empêche le don gratuit. On ne fait pas commerce avec Dieu pour obtenir le salut: comme si on pouvait acheter les bonnes faveurs de Dieu pour mériter son amour. Illusion que Dieu ne nous aimerait que si on observait parfaitement la loi et la pratique des sacrifices.

Désormais ce n’est plus le Temple historique qui est le lieu de la présence de Dieu, mais c’est la personne même de Jésus qui offre au monde une présence vivante, celle d’un Dieu qui tient sa promesse. Il se donne lui-même comme le signe de l’amour de son Père. Il est pour nous le signe de la fidélité de Dieu à son Alliance.

Et ce Temple-là, rien, ni le mal, ni la haine, ni la violence, ni même la mort ne peuvent le détruire. Le signe absolu de ce don gratuit, ce sera la croix. Et nous croyons que le chemin de la croix, c’est aussi le chemin qui, en trois jours, conduira à la vie ressuscitée.

Philippe Matthey | Vendredi 5 mars 2021


Jn 2, 13-25

Comme la Pâque juive était proche,
Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés
les marchands de bœufs, de brebis et de colombes,
et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes,
et les chassa tous du Temple,
ainsi que les brebis et les bœufs ;
il jeta par terre la monnaie des changeurs,
renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes :
« Enlevez cela d’ici.
Cessez de faire de la maison de mon Père
une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit :
L’amour de ta maison fera mon tourment.
Des Juifs l’interpellèrent :
« Quel signe peux-tu
nous donner
pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit :
« Détruisez ce sanctuaire,
et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent :
« Il a fallu quarante-six
ans pour bâtir ce sanctuaire,
et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts,
ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ;
ils crurent à l’Écriture
et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque,
beaucoup crurent en son nom,
à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux,
parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ;
lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

Le Christ chasse les marchands du temple. Luca Giordano, huile sur toile. 2e moitié du 17e siècle| Domaine public.
5 mars 2021 | 17:00
par Philippe Matthey
Partagez!