“Le trop plein de nos vies est un obstacle à la rencontre avec Dieu.“ | © Pixabay
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“Le trop plein de nos vies est un obstacle à la rencontre avec Dieu.“ | © Pixabay

Evangile de dimanche : “Mais alors, qui peut être sauvé?“


Telle est la question que les disciples se posent après la rencontre inattendue avec un jeune homme soucieux de gagner la vie éternelle et après le décryptage déconcertant que Jésus fait de cette rencontre.

Le jeune homme dont on apprend par la suite qu’il est très riche ne cherche pas à savoir ce qu’il faut faire pour obtenir la récompense promise par Dieu aux justes mais ce que lui doit faire pour avoir la vie éternelle et quels moyens lui permettront d’y parvenir, comme s’il s’agissait d’un bien suprême à acquérir que Jésus pourrait lui procurer.

Jésus décentre le jeune homme en répondant sur le fait que “seul Dieu est bon“. Il l’oriente ainsi vers les commandements. Le jeune homme, qui pense avoir tout observé fidèlement, ne comprend pas la réaction de Jésus à son égard. Quand bien même il observerait les commandements avec la plus grande rigueur morale, la question de sa relation à Dieu demeure entière mais lui ne se la pose pas. C’est Jésus qui vient interroger ses choix: le fait d’observer à la lettre les commandements n’ouvre pas le jeune homme à la rencontre avec Jésus; les sécurités dont il s’entoure l’en éloignent. Il n’a pas compris que le secret de la vie consiste à se laisser aimer par Jésus et non pas à s’appuyer sur ce qu’il fait.

“Le secret de la vie consiste à se laisser aimer par Jésus.“

Pour entrer dans le Royaume de Dieu, il n’y a pas à s’acquitter d’un droit. Par contre, le trop plein de nos vies est un obstacle à la rencontre avec Dieu. Comprenons que la gloire du riche, sa sécurité, son bonheur affiché n’ont rien à voir avec la gloire de Dieu. Il n’est pas de puissance, de biens, de relations qui donneraient une part du Royaume. Le caractère tranchant de la parole de Jésus déconcerte les disciples comme elle nous déconcerte. Il n’est pas facile d’accepter de nous laisser regarder par Dieu et aimer par lui. Nous préférons souvent nous réfugier derrière nos biens, nos certitudes et nos observances. Pourtant, le seul trésor sur lequel il nous est demandé de veiller, c’est notre relation personnelle avec Jésus, relation difficile à construire si nous refusons l’amour dont il nous aime.

Jésus nous rappelle que l’amour n’est pas une question d’avoir (maison, famille, champs). Aimer Dieu plus que toutes ces réalités nous ouvre à plus grand que nous en nous permettant d’entrer dans une relation responsable avec lui et avec les autres. Dieu ne nous dépouille pas mais il se donne en surabondance: il nous fait découvrir que notre maison n’est pas limitée à quatre murs, que notre famille n’est pas constituée de quelques membres. Nous entrons dès maintenant dans la fraternité universelle et nous recevons le monde en héritage, non sans affronter la contradiction car cela va à l’encontre de ce que prône le monde. La vie éternelle n’est donc pas la cerise sur le gâteau. Elle est relation à Dieu aimé par-dessus tout, comme nous sommes et là où nous sommes, relation qui fait de nous “les pauvres de cœur“ auxquels appartient le Royaume (Mt 5, 2).

Chantal Reynier | Vendredi 12 octobre 2018


Mc 10, 17-30

En ce temps-là,
Jésus se mettait en route
quand un homme accourut
et, tombant à ses genoux, lui demanda :
« Bon Maître, que dois-je faire
pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit :
« Pourquoi dire que je suis bon ?
Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements :
Ne commets pas de meurtre,
ne commets pas d’adultère,
ne commets pas de vol,
ne porte pas de faux témoignage,
ne fais de tort à personne,
honore ton père et ta mère.
 »
L’homme répondit :
« Maître, tout cela, je l’ai observé
depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima.
Il lui dit :
« Une seule chose te manque :
va, vends ce que tu as
et donne-le aux pauvres ;
alors tu auras un trésor au ciel.
Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre
et s’en alla tout triste,
car il avait de grands biens.

Alors Jésus regarda autour de lui
et dit à ses disciples :
« Comme il sera difficile
à ceux qui possèdent des richesses
d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles.
Jésus reprenant la parole leur dit:
« Mes enfants, comme il est difficile
d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau
de passer par le trou d’une aiguille
qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés,
les disciples se demandaient entre eux :
« Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit:
« Pour les hommes, c’est impossible,
mais pas pour Dieu ;
car tout est possible à Dieu. »

Pierre se mit à dire à Jésus :
« Voici que nous avons tout quitté
pour te suivre. »
Jésus déclara :
« Amen, je vous le dis :
nul n’aura quitté,
à cause de moi et de l’Évangile,
une maison, des frères, des sœurs,
une mère, un père, des enfants ou une terre
sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple :
maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres,
avec des persécutions,
et, dans le monde à venir,
la vie éternelle. »

Chantal Reynier

Chantal Reynier est consacrée, membre de la Fraternité de l’Œuvre pour un Apostolat Spirituel et Social (O.A.S.I.S.). Elle collabore comme scientifique à la faculté de théologie au Département d’études bibliques à l’Uni de Fribourg. Elle y est chargée des cours d’exégèse, notamment en littérature paulinienne.

Elle a publié nombreux ouvrages sur saint Paul. Chantal Reynier est en outre chargée de la collection ABC de la Bible et de Cercle biblique aux éditions du Cerf.

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