Chantal Reynier

Evangile de dimanche: Où?

Où? Tel est le mot qui revient à plusieurs reprises dans cet évangile. «Où est le roi des Juifs qui vient de naître?», s’interrogent les mages. «Où devait-il naître?» cherche à savoir Hérode. Et là «où se trouve l’enfant», l’étoile s’arrête. 

Deux acteurs antagonistes posent la question du «où» se trouve le Nouveau-né que nous venons de fêter à Noël: les mages venus de loin, remplis de connaissance scientifique et désireux de se prosterner devant celui qu’ils reconnaissent comme le roi des Juifs, et Hérode, ébranlé dans ses certitudes qui lui garantissaient le pouvoir.

Là où les mages, appuyés sur un signe qui ne les trompe pas, l’étoile, se mettent en route, Hérode s’empresse de faire appel à des spécialistes des Ecritures pour les interroger sur le lieu de la naissance du Messie qui menace son pouvoir. Si la question est identique, les motivations sont diamétralement opposées.

Ces deux attitudes retentissent au plus profond de notre cœur. C’est donc l’occasion pour nous de nous interroger: où se trouve le roi des Juifs, l’Emmanuel, «Dieu avec nous»? D’abord sommes-nous en recherche du Messie et comment?

«L’épiphanie – la manifestation, la révélation de Dieu fait homme, au cœur de notre histoire – n’est pas un spectacle.»

Jésus est-il quelqu’un que nous désirons connaître, à la manière des mages qui se mettent en route et acceptent de le chercher? Ou sommes-nous plutôt comme Hérode qui se précipite dans la lecture des Ecritures commentées par les spécialistes: il doit être sûr que celui dont on parle n’est pas le Messie et qu’il n’a donc rien à craindre, ou alors, que, s’il s’agit du Messie et qu’il est à tel endroit, fût-il un enfant qui vient de naître, il faut le faire disparaître immédiatement car Hérode n’admet aucun rival.

L’épiphanie – la manifestation, la révélation de Dieu fait homme, au cœur de notre histoire – n’est pas un spectacle. L’évangile ne met pas en scène un merveilleux cortège de princes ou de mages venus d’Orient, suivant une étoile à dos de chameaux, et Hérode, en son somptueux palais, entouré de la totalité des grands prêtres et des scribes, empêtrés dans leur savoir et leur pouvoir.

Cet événement fait irruption au plus intime de nous-mêmes: cherchons-nous vraiment le Fils de Dieu révélé par les Ecritures? Ou nous contentons-nous de la vague rumeur qui nous a parlé de lui à tel ou tel moment de notre vie? Si nous le cherchons, osons-nous poser la question: «où est-il?» Sommes-nous attentifs à ce signe délicat et scintillant dans l’immensité du ciel, l’étoile qui pointe le lieu de la naissance de l’Emmanuel: une simple crèche d’où il devra bientôt fuir? Hérode, mortellement jaloux de son pouvoir, est à sa poursuite. Pour être sûr d’éliminer définitivement le Messie, il n’hésite pas à faire exécuter «dans Bethléem tous les enfants de moins de deux ans».

Il y a donc plusieurs manières de chercher Jésus et de le trouver. Celui qui le suit en vérité ne peut le faire que dans une forme de pauvreté et dans l’humilité d’une itinérance. Il s’expose aussi au risque de voir sa parole confisquée, d’être privé de liberté, ou pire de se faire enlever jusqu’à sa vie car s’engager à la suite de Jésus dérange les structures du monde.

Chantal Reynier | Vendredi 3 janvier 2020


Mt 2, 1-12

Jésus était né à Bethléem en Judée,
au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem
    et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient
et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
    En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
et tout Jérusalem avec lui.
    Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
pour leur demander où devait naître le Christ.
    Ils lui répondirent :
« À Bethléem en Judée,
car voici ce qui est écrit par le prophète :
    Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »

    Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
    puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
    Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait,
jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
où se trouvait l’enfant.
    Quand ils virent l’étoile,
ils se réjouirent d’une très grande joie.
    Ils entrèrent dans la maison,
ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à ses pieds,
ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets,
et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

    Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

«L'adoration des mages» par Giotto di Bondone. Fresque, réalisée entre 1304 et 1306 | Domaine public
3 janvier 2020 | 14:44
par Chantal Reynier
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