Chantal Reynier

Evangile de dimanche: perdu, recherché, retrouvé?

Il ne s’agit ni d’un jeu, ni d’une enquête policière, ni d’un exercice militaire. Répondant aux critiques de ses adversaires, Jésus raconte trois histoires selon un schéma quasi identique pour nous introduire à la réalité de la vie en Dieu.   

Le récit est simple. Il s’agit à trois reprises de la quête d’un objet perdu. Celui-ci est vital, que ce soit une brebis du cheptel, une drachme de la fortune, ou à plus forte raison un fils. Dans tous les cas, la recherche se fait, systématiquement, minutieusement, sauf dans le cas du père, où Luc se place d’abord du côté de ce que perd le fils (perdu), montrant le père qui attend et guette le retour.

Retrouver ce qui est perdu s’impose, et laisser le reste du troupeau au désert, les pièces à la maison et le fils aîné à ses affaires s’impose aussi, tant ce qui est perdu revêt une valeur infinie.

Lorsque l’objet ou la personne sont retrouvés, la joie se partage. Etonnant! Nous comprenons qu’on invite les autres à se réjouir pour les remercier d’avoir participé aux recherches. Or, ce n’est pas le cas. D’ailleurs aurait-on idée de festoyer avec les voisins parce qu’on a retrouvé une pièce de monnaie?

Ce qui est en jeu dans ces paraboles, c’est la symbolique par laquelle Jésus veut nous faire comprendre le cœur de son Père. Car, dans tous les cas, celui qui cherche ou qui attend, c’est le Père. C’est ce côté inquiet – c’est-à-dire sans repos – de Dieu que Jésus met en lumière. Celui qui cherche, sans se lasser, dans le désert, celui qui remue la maison de fond en comble, celui qui guette sur le seuil et qui attend patiemment, n’est autre que Dieu.

«En écoutant ces paraboles, nous faisons l’expérience du prix que nous avons aux yeux de Dieu.»

Non pas qu’il soit avare au point de récupérer sa dixième pièce ou possessif au point de nous empêcher de quitter la maison. Il est Dieu aux entrailles de miséricorde, ce Dieu qui s’émeut de nous voir nous éloigner de lui qui est la vie et la liberté. C’est pourquoi, dans son amour infini, il est prêt à aller aussi loin que nous nous sommes égarés pour nous ramener à lui.

D’où l’importance des retrouvailles qui concernent toute la famille humaine, pas seulement les voisins et voisines, les justes, mais bien tous les hommes, et même les anges.

En écoutant ces paraboles et en nous identifiant à ce (ou à celui) qui est perdu, nous faisons l’expérience du prix que nous avons aux yeux de Dieu. Nous expérimentons aussi l’énergie infinie et miséricordieuse qu’il dépense pour venir à notre rencontre.

Nous qui pensons peut-être que nous ne sommes pas perdus, acceptons de l’être et nous découvrirons un Dieu inlassablement à notre recherche où que nous soyons, au fond du désert, dans le recoin le plus sombre de la maison ou au milieu des distractions les plus extraordinaires. Dieu est là. Non pas en observateur inébranlable mais comme celui qui veille sur chacun de nos pas.

Celui qui est rejoint par Dieu se découvre comblé. Nous sommes celui-là. Le savons-nous? Ces retrouvailles avec le Père sont un retour à la vie. Y croyons-nous ?  

Chantal Reynier | Vendredi 13 septembre 2019


Lc 15, 1-32

En ce temps-là,
    les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
    Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
    Alors Jésus leur dit cette parabole :
    » Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une,
n’abandonne-t-il pas les 99 autres dans le désert
pour aller chercher celle qui est perdue,
jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
    Quand il l’a retrouvée,
il la prend sur ses épaules, tout joyeux,
    et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins
pour leur dire :
›Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé ma brebis,
celle qui était perdue !’
    Je vous le dis :
C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel
pour un seul pécheur qui se convertit,
plus que pour 99 justes
qui n’ont pas besoin de conversion.

    Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une,
ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison,
et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
    Quand elle l’a retrouvée,
elle rassemble ses amies et ses voisines
pour leur dire :
›Réjouissez-vous avec moi,
car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !’
    Ainsi je vous le dis :
Il y a de la joie devant les anges de Dieu
pour un seul pécheur qui se convertit. »

    Jésus dit encore :
« Un homme avait deux fils.
    Le plus jeune dit à son père :
›Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens.
    Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
    Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
    Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
    Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
    Alors il rentra en lui-même et se dit :
›Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
    Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
    Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
    Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
    Le fils lui dit :
›Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
    Mais le père dit à ses serviteurs :
›Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
    allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
    car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.

    Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
    Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
    Celui-ci répondit :
›Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’
    Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
    Mais il répliqua à son père :
›Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
    Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
    Le père répondit :
›Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
    Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé ! »

«Le retour du Fils prodigue». Par Michel-Martin Drolling. 1806 | Wikipedia commons.
13 septembre 2019 | 17:30
par Chantal Reynier
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