A partir de ce que les disciples possèdent, Jésus peut nourrir la foule manifestant [...] qu’il est la nourriture pour tous.| © B. Lopez/Evangile et peinture
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A partir de ce que les disciples possèdent, Jésus peut nourrir la foule manifestant [...] qu’il est la nourriture pour tous.| © B. Lopez/Evangile et peinture

Evangile de dimanche: responsabilité de disciples et don de soi


Le jour baisse. L’endroit est désert. Cinq mille hommes au moins, tout un peuple se presse autour de Jésus qui est là en compagnie des Douze. Il parle du Règne de Dieu. Les disciples viennent l’interrompre. Pressentant le problème que posent la nourriture et l’hébergement d’une telle foule en un lieu aussi inhospitalier, en hommes sages, ils conseillent à Jésus de renvoyer la foule.

Les Douze comptent sur l’autorité de leur maître pour que ces milliers de personnes les laissent en paix en se dirigeant vers les villes et les campagnes où, à leurs yeux, ils trouveront ce dont ils ont besoin pour vivre, tandis qu’eux resteront tranquillement où ils sont.

Jésus, tout en entendant leur requête, les renvoie à eux-mêmes: il ose leur dire de donner eux-mêmes la nourriture, sous-entendu ils ont ce qu’il faut pour le faire. Mais les disciples ne comprennent pas. Certes, ils ont bien ces cinq pains et ces deux poissons; ils sont prêts à les partager mais cela est tellement dérisoire. Là où Jésus leur demande la foi, un principe de réalité les empêche d’agir.

De la même manière qu’ils suggèrent que la foule se procure elle-même ce dont elle a besoin, ils sont maintenant prêts à aller acheter cette nourriture. Mais Jésus n’entre pas dans leur proposition et les invite à faire asseoir les cinq mille hommes. Les disciples, contraints d’abandonner leurs idées, sont mis par Jésus au cœur de l’action.

“Là où Jésus leur demande la foi, un principe de réalité les empêche d’agir.“

A partir de ce que les disciples possèdent, Jésus peut nourrir la foule manifestant qu’en plein désert et qu’en pleine nuit, il est la nourriture pour tous. Dans ce geste de la multiplication des pains, il voit le mystère de sa Passion. Il y associe les disciples pour faire asseoir la foule, distribuer la nourriture et en recueillir les précieux restes, tant elle est surabondante et incorruptible. Jésus est à la fois la nourriture et l’hôte par excellence dont nous avons besoin pour vivre.

Jésus investit ainsi la figure de Melkisédek, grand prêtre du Dieu très-haut qui offre à Abraham du pain et qui le bénit lui et sa descendance, préfigurant un autre sacerdoce que celui du Temple et de ses sacrifices maintes fois répétés sans efficacité.

Le Christ en se donnant en nourriture nous fait sortir de la répétitivité pour nous inviter à entrer à notre tour dans le don de nous-mêmes. Tout est dit du culte que nous avons à rendre à Dieu, Père de Jésus Christ.

En cette solennité du Saint Sacrement, l’Ecriture nous interroge sur notre pratique de l’eucharistie et sur notre rapport au monde. Face à ceux et celle qui attendent de nous que nous leur donnions la nourriture incorruptible et surabondante, osons-nous offrir nos cinq pains et nos deux poissons pour que Jésus puisse se donner à eux? L’eucharistie représente-t-elle pour nous un simple rituel ou est-ce le Christ qui se fait nourriture afin de s’offrir à chacun de nous en nous associant à son mystère de vie et de mort?

Chantal Reynier | Vendredi 21 juin 2019


Lc 9, 11b-17

En ce temps-là,
Jésus parlait aux foules du règne de Dieu,
et guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser.
Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent :
« Renvoie cette foule :
qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs
afin d’y loger et de trouver des vivres ;
ici nous sommes dans un endroit désert. »
Mais il leur dit :
« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Ils répondirent :
« Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons.
À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture
pour tout ce peuple. »
Il y avait environ cinq mille hommes.
Jésus dit à ses disciples :
« Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »
Ils exécutèrent cette demande
et firent asseoir tout le monde.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons,
et, levant les yeux au ciel,
il prononça la bénédiction sur eux,
les rompit
et les donna à ses disciples
pour qu’ils les distribuent à la foule.
Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ;
puis on ramassa les morceaux qui leur restaient :
cela faisait douze paniers.

Chantal Reynier

Chantal Reynier est consacrée, membre de la Fraternité de l’Œuvre pour un Apostolat Spirituel et Social (O.A.S.I.S.). Elle collabore comme scientifique à la faculté de théologie au Département d’études bibliques à l’Uni de Fribourg. Elle y est chargée des cours d’exégèse, notamment en littérature paulinienne.

Elle a publié nombreux ouvrages sur saint Paul. Chantal Reynier est en outre chargée de la collection ABC de la Bible et de Cercle biblique aux éditions du Cerf.

Auteur
Dernières publications
“Christ dans la maison de Marthe et Marie“, de Diego Velasquez. Huile sur toile, 1618. National Gallery de Londres. | Domaine public.
Monographie de la Cathédrale de Chartres - Atlas (1867) - Vitrail de la vie de Jésus Christ - Chromo-lithographie. | Wikimedia commons