Chantal Reynier

Evangile de dimanche: «Si tu avais été ici»

Que cet évangile retentit étrangement dans notre contexte! Alors que des envoyés apprennent à Jésus la maladie de son ami Lazare, alors que les foules viennent entourer Marthe et Marie, Jésus ne change pas son programme. Il reste encore deux jours au lieu où il se trouve. Puis, sachant que Lazare est mort, il ose dire aux disciples qu’il «se réjouit de ne pas avoir été là». Quelle réaction déroutante pour les disciples et pour nous!  

Marthe, s’élançant à la rencontre de Jésus qui, enfin s’est mis en route, s’écrie: «Seigneur, si tu avais été ici mon frère ne serait pas mort.» Un peu plus tard, Marie lui dit la même chose. Voilà le cri jailli du cœur de ces deux femmes face à la mort de leur frère. Voilà aussi un cri qui peut être le nôtre, particulièrement en cette période où nous faisons l’expérience de tant de souffrances et où nous sommes aussi privés de l’eucharistie. Dieu se tairait-il? Pourquoi n’est-il pas là? Ce cri de Marthe et de Marie est à la fois un cri de révolte et de confiance. Marthe ajoute: «Je sais que ce tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera» ; il est «le Fils de Dieu qui vient dans le monde». Marthe nous redit que Dieu, en son Fils, est bien là, dans ce monde, le nôtre.

«Là où la mort règne pour anéantir toute vie, Dieu est là. Dieu est même davantage présent.»

Jésus n’abandonne pas Lazare à la mort. Dieu n’abandonne pas le monde à la mort, il n’abandonne pas ce qu’il a créé et voulu dans son amour, même si la réalité d’aujourd’hui semble dire le contraire. Là où la mort règne pour anéantir toute vie, Dieu est là. Dieu est même davantage présent. Il nous rejoint dans notre dénuement, dans notre solitude. Il prend part à notre souffrance en son Fils qui expérimente ce que représente la mort pour lui et pour tout être humain. Jésus est bouleversé et pleure. Dieu en Jésus pleure face à la souffrance que nous endurons, que ce soit la disparition de Lazare, la détresse de Marthe et de Marie ou nos désespoirs. Dieu, en Jésus, apprend ce que c’est que d’être confronté à la mort qui approche pour son Fils. Il se met de notre côté. Il est à nos côtés.

Jésus ose pénétrer dans le monde de la mort que représente le tombeau clos. Il faut une bonne dose d’espérance pour enlever la pierre du tombeau et appeler Lazare:  «Lazare viens dehors!» Cet ordre, cet appel à la vie n’est pas contradictoire avec la recommandation qui nous est faite ces temps de rester chez nous. Jésus nous appelle comme il appelle Lazare: «Viens dehors», non pas  viens dans la rue», mais «arrache-toi à tes morts intérieures dans lesquelles tu t’enfermes».

La peur et la désespérance ne sont pas des compagnes consolantes avec qui il ferait bon vivre. Au contraire, elles nous enlèvent le peu de vie que nous avons. Oui, nous sommes contraints par les circonstances et l’amour des autres à rester dans nos maisons, mais Jésus nous interpelle vivement à ne pas avoir peur de la vie et à garder l’espérance. Il nous invite à le chercher et à le trouver présent plus que jamais ici-bas, dans l’écoute de sa Parole «qui ne reviendra pas sans résultat» (Is 55, 11) Que faisons-nous?

Chantal Reynier | Vendredi 27 mars 2020


Jn 11, 1-45

En ce temps-là,
    il y avait quelqu’un de malade,
Lazare, de Béthanie,
le village de Marie et de Marthe, sa sœur.
    Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur
et lui essuya les pieds avec ses cheveux.
C’était son frère Lazare qui était malade.
    Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :
« Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
    En apprenant cela, Jésus dit :
« Cette maladie ne conduit pas à la mort,
elle est pour la gloire de Dieu,
afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
    Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.
    Quand il apprit que celui-ci était malade,
il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
    Puis, après cela, il dit aux disciples :
« Revenons en Judée. »
    Les disciples lui dirent :
« Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider,
et tu y retournes ? »
    Jésus répondit :
« N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ?
Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas,
parce qu’il voit la lumière de ce monde ;
    mais celui qui marche pendant la nuit trébuche,
parce que la lumière n’est pas en lui. »
    Après ces paroles, il ajouta :
« Lazare, notre ami, s’est endormi ;
mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
    Les disciples lui dirent alors :
« Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
    Jésus avait parlé de la mort ;
eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
    Alors il leur dit ouvertement :
« Lazare est mort,
    et je me réjouis de n’avoir pas été là,
à cause de vous, pour que vous croyiez.
Mais allons auprès de lui ! »
    Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
dit aux autres disciples :
« Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

    À son arrivée,
Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
    Comme Béthanie était tout près de Jérusalem
– à une distance de quinze stades
(c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,
    beaucoup de Juifs étaient venus
réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
    Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus,
elle partit à sa rencontre,
tandis que Marie restait assise à la maison.
    Marthe dit à Jésus :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort.
    Mais maintenant encore, je le sais,
tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
    Jésus lui dit :
« Ton frère ressuscitera. »
    Marthe reprit :
« Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection,
au dernier jour. »
    Jésus lui dit :
« Moi, je suis la résurrection et la vie.
Celui qui croit en moi,
même s’il meurt, vivra ;
    quiconque vit et croit en moi
ne mourra jamais.
Crois-tu cela ? »
    Elle répondit :
« Oui, Seigneur, je le crois :
tu es le Christ, le Fils de Dieu,
tu es celui qui vient dans le monde. »

    Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie,
et lui dit tout bas :
« Le Maître est là, il t’appelle. »
    Marie, dès qu’elle l’entendit,
se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.
    Il n’était pas encore entré dans le village,
mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
    Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie
et la réconfortaient,
la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ;
ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
    Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus.
Dès qu’elle le vit,
elle se jeta à ses pieds et lui dit :
« Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort. »
    Quand il vit qu’elle pleurait,
et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi,
Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,
    et il demanda :
« Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent :
« Seigneur, viens, et vois. »
    Alors Jésus se mit à pleurer.
    Les Juifs disaient :
« Voyez comme il l’aimait ! »
    Mais certains d’entre eux dirent :
« Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle,
ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

    Jésus, repris par l’émotion,
arriva au tombeau.
C’était une grotte fermée par une pierre.
    Jésus dit :
« Enlevez la pierre. »
Marthe, la sœur du défunt, lui dit :
« Seigneur, il sent déjà ;
c’est le quatrième jour qu’il est là. »
    Alors Jésus dit à Marthe :
« Ne te l’ai-je pas dit ?
Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
    On enleva donc la pierre.
Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
« Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé.
    Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ;
mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure,
afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
    Après cela, il cria d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
    Et le mort sortit,
les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit :
« Déliez-le, et laissez-le aller. »
    Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie
et avaient donc vu ce que Jésus avait fait,
crurent en lui.

«Après cela, il cria d’une voix forte: 'Lazare, viens dehors!'» | © Flickr/Ted/CC BY-SA 2.0)
27 mars 2020 | 17:00
par Chantal Reynier
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