Bernard Miserez

Evangile de dimanche: Veiller

Le temps de l’Avent s’ouvre aujourd’hui et, comme pour donner le ton à cette aventure, Jésus nous invite à veiller. «Veillez donc!» nous dit-il, ou plutôt «Restez éveillés».

Que de fois, depuis le début de la pandémie, avons-nous entendu le fameux slogan «prenez soin de vous!» Dans nos conversations, au bas de nos messages et de nos communications apparaît désormais cet appel insistant à rester vigilant. «Prenez soin de vous!», une manière très appropriée de nous inviter mutuellement à veiller. Veiller sur soi, sur les autres pour se tenir, si possible, hors de portée du Covid 19. Cette attention aux autres exprime et manifeste à la fois la qualité du lien et la solidarité entre nous. Elle n’a rien de banal, cette formule, même si son côté répétitif nous harcèle de temps à autre.

Quand Jésus nous presse de veiller, il oriente notre regard vers le désir qui se tient au plus profond de nous. C’est ce désir, nous le savons, qui fait de nous des vivants, des pèlerins humbles et confiants, debout dans l’existence. Il est la force de l’amour et de la fidélité. Ainsi, veiller, c’est rendre visible ce désir ensablé quelque fois par les milles soucis, capables de nous détourner de son élan.

L’Avent nous tourne vers l’Avenir c’est-à-dire vers ce qui advient. Mais, il ne s’agit pas d’attendre passivement ce qui doit arriver. Non, la parabole de l’Evangile de ce dimanche nous ouvre une perspective nouvelle. Veiller, c’est assumer «tout pouvoir» confié par le maître de maison parti en voyage et «produire le travail fixé à chacun». N’y a-t-il pas là un indice de taille qui fait de l’ordinaire des jours une source de lumière? Quel est-il ce pouvoir sinon l’espérance elle-même? Et ce travail fixé à chacun, n’aurait-il pas la saveur de notre vie à recevoir et à donner?

«Au fond, veiller, c’est reconnaître que notre Dieu se tient là, mendiant de notre amour, fidèlement, en plein cœur de nos vies.»

Ainsi ce chemin qui nous conduit à Noël traverse chacune de nos histoires. Nous l’expérimentons. Ce temps de crise irrite nos impatiences et provoque au passage l’angoisse et la peur. La fatigue, le découragement déstabilisent nos projets et nos rêves. Une nouvelle manière de vivre s’impose désormais pour vivre avec ce virus qui n’en finit pas de nous traquer aveuglément.

Alors, comment veiller au milieu de cette tempête mondiale? Ce que nous dit l’Evangile est puissant. Garder l’espérance comme une manière de vivre. Au lieu de se résigner en courbant la tête devant la fatalité, nous osons porter nos regards et nos cœurs vers Celui qui ne cesse de venir, Jésus, le Seigneur des vivants. C’est Lui, l’espérance! Quand cette espérance illumine nos vies, nous devenons libres de tout ce qui nous aliène.

Pour aller à Bethléem, il n’y a pas d’autre chemin que celui de notre vie, telle qu’elle est. Notre pauvreté et nos petitesses, transfigurées par l’espérance, seront révélées comme un bien précieux, un trésor enfoui qu’il s’agira d’exhumer de nos prisons intérieures. Et là, éveillés face au mystère insondable de la beauté de nos vies, nous accueillerons l’inimaginable Nouvelle en contemplant déjà l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Au fond, veiller, c’est reconnaître que notre Dieu se tient là, mendiant de notre amour, fidèlement, en plein cœur de nos vies.

Bernard Miserez | Vendredi 27 novembre 2020


Mc 13, 33-37

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Prenez garde, restez éveillés :
car vous ne savez pas
quand ce sera le moment.
C’est comme un homme parti en voyage :
en quittant sa maison,
il a donné tout pouvoir à ses serviteurs,
fixé à chacun son travail,
et demandé au portier de veiller.
Veillez donc,
car vous ne savez pas
quand vient le maître de la maison,
le soir ou à minuit,
au chant du coq ou le matin ;
s’il arrive à l’improviste,
il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis.
Ce que je vous dis là, je le dis à tous :
Veillez ! »

«Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison» | Wikimedia Commons
27 novembre 2020 | 17:00
par Bernard Miserez
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