Jean-Jacques Friboulet

Guérir, réconforter, libérer

J’extrais ces mots d’une célèbre homélie du pape François où celui-ci comparait l’Eglise à un hôpital de campagne. Ils me sont venus à l’esprit à la suite de deux événements qui ont été des lumières en ce temps d’Epiphanie.

Le premier est les manifestations des étudiants et des élèves de collège à propos du climat. Si elles ont confirmé la sensibilité écologique de nos jeunes, elles nous ont appelés nous, adultes, à la responsabilité. Celle-ci signifie aujourd’hui la nécessité d’assurer aux générations futures une terre où ils pourront vivre, ce qui ne sera pas le cas si la hausse des températures dépasse 2 degrés et si la diversité biologique est détruite. Les jeunes ont rappelé les hommes politiques à leur devoir à la suite de l’échec de la loi sur le CO2 au Conseil national. Mais ils auraient pu aussi s’adresser à notre Eglise. Que faisons-nous dans nos communautés concrètement pour lutter contre la dégradation de notre planète? Action de Carême mène sur le terrain et dans les médias des actions courageuses. Mais nos paroisses et nos communautés religieuses?

«Il est urgent de nous guérir des addictions aux énergies fossiles»

Malgré les chemins proposés et les demandes formulées par le pape François dans Laudato Si’, peu d’initiatives sont prises sur le sujet. Le texte lui-même de l’encyclique est peu connu des catholiques. Il l’est davantage dans les milieux extérieurs à l’Eglise. Je le présente systématiquement aux assistants pastoraux en formation. Mais dans l’Eglise de Fribourg, cette encyclique n’a pas été présentée au clergé et la plupart des paroissiens n’en ont pas été véritablement informés. Silence radio.

Or il est urgent de nous guérir des addictions aux énergies fossiles et de préserver la planète de notre culture du déchet. Se développe aujourd’hui par exemple une multiplication des achats par correspondance qui multiplie les transports en camion et les emballages en carton. Que faisons-nous pour contrecarrer cette évolution et développer une consommation plus respectueuse de notre terre? Les chrétiens devraient être en première ligne sur ces questions et inciter nos politiciens à agir.

Le deuxième événement lumineux est la canonisation de Marguerite Bays. Celle-ci était une femme de son temps. Elle a encouragé par exemple la création, par le chanoine Schorderet, du journal La Liberté contre l’avis de son évêque. Anticipant les conseils de François, mais en cela fidèle à l’Evangile, elle avait constamment le souci de guérir, de réconforter, de libérer ses contemporains de poids parfois très lourds. Dans sa famille d’abord, en s’occupant du fils naturel de son frère aîné et de son frère cadet malade. Dans son village ensuite, où elle ne cessait de porter assistance et d’écouter. Et plus largement dans le canton de Fribourg, où elle aidait, par ses conseils, plusieurs communautés religieuses et où son influence était grande de son vivant.

«Il faut souhaiter que la canonisation de Marguerite Bays suscite des vocations»

J’ai eu l’occasion il y a trois ans d’organiser une journée à Siviriez pour l’unité pastorale de la Brillaz. Ce fut une grande grâce. Tous nous avons été marqués par la spiritualité de Marguerite, sa façon de partager les souffrances du Christ et les faits de vie relatés par le curé Martial Python. Dès les beaux jours, je conseille à mes lecteurs d’aller à Siviriez. Ils en recevront force spirituelle et réconfort. Et pour terminer la journée, pourquoi ne pas s’arrêter à l’abbaye si belle de la Fille-Dieu à Romont, que Marguerite a constamment soutenue.

Marguerite était une laïque, simple couturière vivant au milieu de ses frères au service de l’Evangile. Dans l’Eglise du XIXe siècle marquée par le cléricalisme et le moralisme qui fustigeait si facilement les personnes stigmatisées comme peu convenables, elle détonnait au point que ses contemporains la considéraient déjà comme une sainte. Il faut souhaiter que cette canonisation suscite des vocations au sein de notre société qui a tant besoin de guérison et de réconfort.

Jean-Jacques Friboulet

23 janvier 2019

Marguerite Bays pour apporter guérison et réconfort à notre société? | © Maurice Page
22 janvier 2019 | 10:59
par Jean-Jacques Friboulet
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