Il guérissait toute maladie et toute infirmité


«Jésus, parcourant toute la Galilée, enseignait dans leurs synagogues, proclamait la Bonne Nouvelle du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple». Homélie pour le 3e dimanche A (Mt 4, 12 -23)

Nous voici donc en Galilée, Jésus y commence sa mission, dans une belle région ouverte sur les quatre points cardinaux. Isaïe et Jésus l’appellent «le carrefour des païens», «le carrefour des nations», car la population y était très mélangée: Juifs et païens vivaient ensemble. Et évidemment ils se sont influencés réciproquement, et cela eu des conséquences pratiques évidentes: Il était devenu difficile pour les croyants juifs de garder la foi au Dieu unique et donc l’espérance dans la venue du messie. Bref, la Galilée, c’est une région de confusion et de mal-être spirituel, et Jésus choisi justement cette région peu propice aux succès pastoraux pour inaugurer sa mission.

Vous le savez bien, Jésus ne se présente pas comme le messie-libérateur-politique (attendu) mais comme celui qui veut guérir le mal à la racine (et en ce sens, il dépasse l’attente). Cette guérison fondamentale, il veut la faire avec nous. Quelle originalité! C’est pour cela qu’il dit: «le Royaume des cieux est tout proche, convertissez-vous».

Se convertir, c’est changer volontairement de direction, littéralement «se retourner»… parce qu’on fait fausse route, parce que l’on veut quitter le chemin de la mort et de la perdition. Pour le dire autrement, se convertir, c’est se décentrer de soi pour se centrer sur Dieu et sur le prochain.

Jésus, au début de sa vie publique, est un homme qui veut apporter la guérison. Il ne veut pas nous guérir sans nous, mais il veut nous guérir avec nous! Vous l’avez entendu, il parle avec autorité et pose des signes étonnants qui font l’admiration de tous : des miracles qui apportent la guérison aux malades et aux infirmes.

Je souhaite m’arrêter aujourd’hui sur la guérison. Un thème important, car environ un tiers de l’Evangile se consacre aux guérisons accomplies par Jésus au cours de sa vie publique. Jésus guérit par un moyen orignal, en opérant des miracles.
Les miracles de l’Evangile apparaissent tout à fait particuliers: Ils ne sont pas donnés pour susciter de l’émerveillement ou pour élever celui qui les accomplit. Au contraire, Jésus accomplit des miracles par compassion, parce qu’il aime les personnes. Et surtout parce que, par le miracle, Jésus veut nous aider à croire.
Voilà la clef de voute: le miracle a pour but de donner, de susciter la foi! Entendez bien le but recherché, non pas une démonstration de puissance, mais la foi! Non pas la santé du corps, mais le salut de toute la personne.
Pour le dire encore autrement : Jésus n’est pas d’abord un guérisseur, mais il est la révélation de l’amour de Dieu. Et l’amour authentique veut toujours le bien de l’entier de la personne, corps et âme!

Dans la vie ordinaire, nous sommes tous face à des problèmes de santé. Et, dans le fond, l’homme a deux moyens complémentaires pour tenter de surmonter ses maladies, la nature et la grâce.
La «Nature» indique l’intelligence, la science, la médecine, la technique; La «grâce» indique le recours direct à Dieu, à travers la foi, la prière et les sacrements. Nature et grâce sont les deux voies ordinaires et bénéfiques pour un croyant.

J’aimerais maintenant vous mettre en garde contre une troisième voie, celle de la magie. La magie se base sur des pouvoirs occultes de la personne, lesquels pouvoirs ne sont basés ni sur la science ni sur la foi. Dans bien des cas il s’agit simplement de charlatanisme, de supercherie ou d’un bluff juste bon a faire perdre un peu argent. Mais il est aussi des fois où ce n’est pas une escroquerie. Il s’agit alors d’une action d’un esprit ennemi de Dieu. Attention, ils existent bien ces esprits. La tradition de l’Eglise en témoigne. Et leurs effets peuvent être bien réels! A user de ces forces, l’on tisse ce que l’on appelle «des liens occultes» qui noircissent l’âme et à terme la coupe de Dieu.

Dès lors une question importante se pose: Comment distinguer un vrai charisme de guérison (et il y en a!) de sa contrefaçon Belzébulienne dans la magie blanche?
Voici un critère de discernement tout simple. Si ça marche à tous les coups, si cela va dans le sens du poil, alors ce n’est pas de Dieu. Pourquoi? Parce que Dieu en bon pédagogue veut nous ajuster à sa volonté, il n’est pas venu pour faire tous nos caprices. Ainsi, un guérisseur qui garantit d’obtenir ce qu’on lui demande est un faussaire, il ne travaille pas pour la vérité.
Ainsi, lorsqu’on lit des annonces du genre:
Magicien Untel «réussit là où les autres échouent»,
«résout des problèmes en tout genre»,
«a des pouvoirs extraordinaires reconnus»,
«chasse les démons, éloigne le mauvais sort»,
«dialogue avec les morts»; « votre arrière-arrière-grand-père en direct»
il n’y a pas le moindre doute à avoir: il s’agit là d’une escroquerie.
Jésus disait que l’on chasse les démons «avec le jeûne et la prière», et non en soutirant de l’argent aux personnes!

Ici un petit rappel de ce qu’enseigne le catéchisme quant à la divination et la magie.

2115  Dieu peut révéler l’avenir à ses prophètes ou à d’autres saints. Cependant l’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos. …

2116  Toutes les formes de divination sont à rejeter: recours à Satan ou aux démons, évocation des morts ou autres pratiques supposées à tort “dévoiler” l’avenir (cf. Dt 18,10; Jr 29,8 ). La consultation des horoscopes, l’astrologie, la chiromancie, l’interprétation des présages et des sorts, les phénomènes de voyance, le recours aux médiums recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées. Elles sont en contradiction avec l’honneur et le respect, mêlé de crainte aimante, que nous devons à Dieu seul.

2117  Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. …
Aussi l’Eglise avertit-elle les fidèles de s’en garder. …

Seigneur, tu nous rejoins dans notre Galilée, carrefour des païens.
C’est au cœur des croisements de tous nos choix que tu viens te proposer à nous.
Merci Seigneur pour les signes donnés: ils disposent à la foi qui seule sauve l’entier de la personne: corps et âme.

Seigneur tu le sais: notre tentation est toujours la même: vouloir à tout prix sauver le corps de la dégradation, quitte à négocier avec le diable.
Seigneur, la persistance d’une maladie est un mystère. Mais je le crois dans la foi: ta puissance ne se manifeste pas uniquement en éliminant le mal, en guérissant physiquement, mais aussi en donnant la capacité, et parfois même la joie, de porter sa croix avec le Christ et de compléter ainsi ce qui manque à ses souffrances pour son corps qui est l’Eglise.
Uni à toi Seigneur, la souffrance et la mort ne sont plus signe du péché, mais un instrument de rédemption.

Merci Seigneur, parce tu donnes un sens à la souffrance.
Amen.

Père Jérôme Jean

 

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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