Raphaël Zbinden

La chute des Mayas

J’espère ne jamais avoir à raconter à mes petits enfants comment les pare-brises des voitures étaient maculés de cadavres d’insectes et comment des nuées de hannetons envahissaient les jardins en été. Des phénomènes qui ont déjà graduellement et drastiquement diminué.

Il apparaît aujourd’hui qu’il s’agit du symptôme du déclin massif des populations d’insectes dans notre pays. En Suisse, environ 60% des insectes sont menacés d’extinction, ont récemment constaté les Académies nationales des sciences. Des chiffres qu’elles ont qualifié «d’alarmants». Une étude à long terme menée en Allemagne a montré que la biomasse d’insectes y a diminué de 76% au cours des trente dernières années. Un bilan certainement transposable au Plateau suisse, où les conditions sont similaires.

Ces informations occupent une place pourtant assez secondaire dans les médias. Un fait assez étonnant si l’on considère qu’il s’agit là d’une menace majeure pour l’humanité. Car les insectes sont un maillon essentiel des écosystèmes, eux-mêmes nécessaires à l’agriculture et donc à la survie de la civilisation.

C’est en tout cas l’avis des scientifiques et représentants de 132 pays réunis depuis le 29 avril à Paris pour un sommet historique sur la biodiversité. La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a lancé à l’ouverture de la rencontre un message clair: la destruction de la nature menace l’humanité «au moins autant» que le changement climatique. Le rapport de 1800 pages qui sera publié le 6 mai devrait devenir la véritable référence en matière de biodiversité, comme l’est celui du Giec pour le climat. Et les premiers éléments du document qui ont déjà fuité confirment la noirceur du tableau.

Mais en quoi tout cela concerne-t-il finalement un portail catholique? C’est que, depuis un certain temps, l’Eglise se rappelle que son engagement va au-delà de la simple transmission et conservation de la foi. Que l’amour de l’humanité qu’elle professe implique de se soucier de l’état de la Maison commune.

«Des moyens existent pour les catholiques de s’engager pour la Maison commune»

Le pape François est actuellement le grand catalyseur de ce mouvement. Et son encyclique Laudato Si’ a largement favorisé la croissance de la conscience globale dans le monde catholique. Le pontife a ainsi écrit en 2015: «Probablement, cela nous inquiète d’avoir connaissance de l’extinction d’un mammifère ou d’un oiseau, à cause de leur visibilité plus grande. Mais, pour le bon fonctionnement des écosystèmes, les champignons, les algues, les vers, les insectes, les reptiles et l’innombrable variété de micro-organismes sont aussi nécessaires». (LS34)

Il serait faux de dire que le sujet ne préoccupe personne. Des milliers de personnes en Suisse luttent et se mobilisent de plus en plus pour la sauvegarde de la création. L’association Pro Natura a lancé en mai 2019 une campagne de sensibilisation contre la disparition des insectes. Le peuple suisse aura prochainement l’occasion de voter pour une interdiction des pesticides de synthèse, cause majeure de la disparition des insectes.

Des moyens existent ainsi pour les catholiques de s’engager dans ce mouvement pour la Maison commune en s’inspirant des paroles de François qui avertit: «À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit.»

Raphaël Zbinden

3 mai 2019

3 mai 2019 | 11:44
par Raphaël Zbinden
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