Jean-Jacques Friboulet

La face cachée de la Chine

Les médias avaient l’habitude de nous donner des nouvelles brillantes venant de Chine. Celle-ci est devenue en quelques années l’atelier industriel du monde occidental. C’est vrai en matière d’électronique mais aussi en matière de mécanique et de textiles. Ce pays est présenté comme le nouvel eldorado et nous avons pris l’habitude de voir des milliers de Chinois visiter nos villes européennes. Enfin nos dirigeants ne cessent de courtiser l’empire du milieu pour obtenir quelque bénéfice économique.

Patatras; subitement le géant est mis provisoirement à terre par une épidémie de coronavirus qui a déjà fait mourir plus de 1’500 personnes et en a infecté près de 70’000. On est loin des chiffres de la grippe espagnole de 1918 qui avait fait plusieurs millions de morts. Mais le développement des échanges et des voyages favorisent la propagation de la maladie au niveau international. Le fléau atteint déjà d’autres pays et inquiète nos concitoyens et nos entreprises. Quels sont les premiers enseignements de cette épidémie?

Le premier est que la Chine reste un pays où les services de santé sont lacunaires. Il n’existe pas de médecin généraliste et les patients doivent, s’ils ont des symptômes, se rendre directement à l’hôpital. Il n’existe qu’un médecin pour 5’000 à 6’000 habitants contre 4,4 médecins pour 1’000 habitants en Suisse. Selon un dicton chinois, «les médecins sont rares, les médecins sont chers». Cela n’est pas étonnant pour un pays qui était parmi les plus pauvres de la planète il y a encore trente ans. Mais les médias et l’économie qui aiment les exploits ont oublié de nous parler de l’état sanitaire réel du pays, où les places dans les hôpitaux manquent cruellement.

Le second enseignement est relatif au régime alimentaire. Grâce à ce dernier, qui conjugue consommation de riz, de légumes et de viandes animales, la Chine peut nourrir plus de 1,4 milliard d’habitants, ce qui est un exploit. Mais ce régime omnivore a son revers. La proximité des animaux domestiques et la consommation d’animaux sauvages rend la population sujette à des contaminations par des virus agressifs. Pour contrecarrer ce phénomène, il faudrait contrôler la provenance des viandes sur les marchés, ce qui est quasiment impossible vu la taille du pays et les phénomènes de corruption.

«La vie d’une société exige la prise en compte des dimensions sociales et humaines des personnes»

Enfin nous avons tous été choqués par la mort du médecin chinois qui avait le premier alerté les autorités au début du mois de décembre. Pour cette alerte, ce médecin avait été convoqué par la police et a été l’objet d’une réprimande écrite. Les autorités locales s’étaient dépêchées de placer son information sous le tapis de peur d’avoir des ennuis. On touche ici à une faiblesse congénitale des régimes dictatoriaux, qui empêchent toute information libre et donc toute recherche de la vérité. Par de nombreux reportages, on a appris que le régime du parti communiste chinois avait accru son contrôle sur la population et utilisait pour cela les réseaux sociaux. Les ONG comme Amnesty international ont condamné cet état de fait, mais les brasseurs d’affaires l’ont ignoré. L’essentiel était de signer des contrats, y compris avec un régime qui foule aux pieds certaines libertés fondamentales. Ce manque de courage et cet aveuglement se retournent aujourd’hui contre eux. Le développement de la Chine est entravé car la vie d’une société exige la prise en compte des dimensions sociales et humaines des personnes. 

Pour avoir placé la seule économie au poste de commande et négligé et même parfois bafoué ces dimensions sociale et humaine, les autorités chinoises essuient un retour de bâton, et ceux qui les ont suivis aveuglément avec eux. Il reste à espérer que cette catastrophe humaine, comme les dégâts causés à la nature par ce mode de développement à marches forcées, les contraindra à orienter leurs politiques vers une meilleure santé de leur population.

Jean-Jacques Friboulet

19 février 2020

Les Chinois tentent de se protéger du coronavirus | photo d'illustration © V.T. Polywoda/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0
19 février 2020 | 07:52
par Jean-Jacques Friboulet
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