La femme aux sept maris


Homélie 32e dimanche C (Lc 20, 27 -38) Avec le passage du temps à l’éternité, la bonne nouvelle c’est que le bien demeure, et que le mal tombe. En clair, cela veut dire que l’amour qui a uni le couple, même s’il n’a duré que peu de temps, même s’il était très partiel et partial, cet amour va réellement demeurer. Tous les défauts, les incompréhensions, les souffrances, tout ce qui nous a tellement agacés chez l’autre, tout ce mal va disparaître. Ils seront hommes et femmes purifiés. Il ne restera que le meilleur d’eux-mêmes.

Quelques jours après la Toussaint, l’évangile de ce dimanche nous invite à réfléchir sur la vie après la mort et sur la qualité des relations qui demeurent. En clair, que restera-t-il, après la mort, de nos «je t’aime», de nos histoires d’amour plus ou moins réussies? De nos amours partiels et partiales?

Dans «l’après cette vie», serons-nous toujours unis à ceux que nous avons aimés?

Pour les sadducéens qui abordent Jésus dans notre évangile, pour eux, il n’y a plus de vie personnelle après la mort. Quand on meurt, c’est fini. C’est un peu comme si la prise était retirée. Les sadducéens croient en Dieu, mais ils ne croient pas en la résurrection. Ils ne croient pas en une vie restaurée après la mort.

Jésus bien sûr a une autre conviction, alors les sadducéens vont essayer de le troubler par une histoire compliquée jusqu’à l’invraisemblable (une femme sept fois veuves) afin de montrer à tous combien il est ridicule de croire en la résurrection.

La question des sadducéens est donc une question piège. Elle porte sur la vie après la mort. Et voici la question piège: cette femme qui a épousé légitimement sept maris, de qui sera-t-elle l’épouse au jours de la résurrection, puisque les sept l’ont eu pour femme. Le raisonnement des sadducéens est à peu prêt le suivant: S’ils sont vivants, tous les sept, cette femme aura sept maris, mais comme elle ne peut pas avoir sept maris, c’est qu’ils sont tous morts, morts pour de vrai, pour toujours. Ainsi, n’y-a-t-il pas de résurrection des morts.

Ce raisonnement, dont le seul but était de tourner Jésus en dérision, nous invite néanmoins à répondre à une question clef. Peut-on croire en Dieu sans croire en la résurrection?… Pour le dire autrement, est-ce que la foi en la résurrection et la foi en Dieu sont inséparables pour un chrétien?

Il est touchant de penser que celui qui va répondre à cette question est celui qui est en train de monter à Jérusalem pour y faire le don de sa vie. Jésus ne répond donc pas comme un théoricien, mais comme un croyant, prêt à vivre jusqu’au bout ce qu’il croit.

Jésus va répondre en deux temps. D’abord il va enseigner qu’il ne faut pas imaginer la résurrection comme une prolongation, un accroissement, un simple prolongement de la vie terrestre. Comme s’il s’agissait de boire et de manger sans fin en bonne compagnie! Non, car croire en la résurrection, ce n’est pas le monde d’ici transposé dans un cadre enchanteur.

POUR JESUS, LA VIE APRES LA MORT EST UNE VIE NOUVELLE, TOTALEMENT TRANSFORMEE. Cependant tout ne sera pas transformé. Ainsi nous resterons ce que nous sommes, nous ne serons pas différents de nous-mêmes, mais nous serons, et c’est là le nœud, nous serons le meilleur de nous même! Très concrètement, au jour de la résurrection, nous ne serons pas autre chose, mais personnellement, chacun, le meilleur de ce que nous sommes. Entendez bien! Nous ne serons pas différents de ce que nous sommes, mais nous serons le meilleur de ce que nous sommes! Tout le reste, bien sûr, sera totalement différent de ce que nous avons connu ici-bas.

Et dans cette existence nouvelle, le mariage, en tant qu’institution destinée à perpétuer la vie, n’a plus de raison d’être. Il n’a plus de raison d’être, parce que la vie n’aura plus besoin d’être perpétuée, nous serons dans la vie éternelle. IL N’Y A DONC PLUS D’EPOUX ET D’EPOUSE AU SENS QUE NOUS L’ENTENDONS ICI-BAS.

Par contre, et cela est très important, l’amour qui a unit l’époux à l’épouse, la qualité de leur relation d’amour, cela demeurera. Entendez la bonne nouvelle de l’évangile! L’amour qui a uni l’époux à l’épouse, cet amour demeure dans la vie éternelle!

Selon cette très belle vision, le mariage ne se termine pas avec la mort, mais il est comme transfiguré, spiritualisé, élevé encore plus haut.

Mais voilà que l’on peut s’inquiéter: et pour ceux dont le mariage a été un échec? une expérience négative, une triste et longue succession d’incompréhensions et de souffrances? L’idée que le lien ne soit pas rompu, même avec la mort, n’est-elle pas pour eux davantage un motif de peur que de réconfort? Eh bien non! Car avec le passage du temps à l’éternité, la bonne nouvelle est que le bien demeure et que le mal tombe. En clair, cela veut dire que l’amour qui a uni le couple, même s’il n’a duré que peu de temps, même s’il était très partiel et partial, cet amour va réellement demeurer. Tous les défauts, les incompréhensions, les souffrances, tout ce qui nous a tellement agacés chez l’autre, tout ce mal va disparaître. Ils seront hommes et femmes purifiés. Il ne restera que le meilleur d’eux-mêmes.

Ainsi, et cela est très beau, de nombreux couples ne feront l’expérience du «grand amour» que lorsqu’ils seront réunis en Dieu. Car en Dieu on comprendra tout, on excusera tout, on pardonnera tout.

Et maintenant que dire de ceux qui ont été mariés plusieurs fois? (C’était précisément le cas présenté à Jésus: sept frères qui avaient eu successivement la même femme pour épouse). Pour eux également, il convient de répéter la même chose: il ne restera que l’amour. Tout le reste sera effacé. Et la bonne nouvelle est qu’en Dieu il n’y aura plus de rivalité ou de jalousie. Il ne restera qu’un Amour purifié. Un amour véritable. Un grand amour!

Comment peut-on affirmer de telles choses? Nous pouvons affirmer cela, parce que notre «Dieu est le Dieu des vivants». Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est un Dieu qui a choisit librement un peuple pour faire alliance avec lui. C’EST UN DIEU FIDELE. Un Dieu dont la fidélité persévère malgré notre infidélité. Un Dieu don la fidélité n’a pas de frontière.

L’argument final de Jésus est donc le suivant: SI DIEU EST FIDELE A SON ALLIANCE, IL L’EST POUR TOUJOURS. Ce n’est pas la mort qui peut rompre cette alliance. Abraham, Isaac et Jacob ne sont donc pas morts. Ils ne sont pas morts, parce que Dieu est toujours fidèle à sa Parole.

Seigneur, je le crois que tu es le Dieu des vivants, tu es la Résurrection et la Vie.
«tu ne peux m’abandonner à la mort, tu ne peux laisser ton ami voir la fosse» (Ps 16) «tu me rachèteras des griffes de la mort» (Ps 49).

SEIGNEUR, J’ESPERE EN UNE vie qui est plus forte que la mort.
J’espère retrouver tous ceux qui ont choisi de t’aimer.
Alors nous serons semblables à toi, parce que nous te verrons tel que tu es.
Amen. Père Jérôme Jean.

 

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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