La Transfiguration


Quand nous serons au Ciel, nous verrons Dieu, mais nous serons aussi en relation et unis les uns aux autres, unis par les liens de la charité. Et nous serons heureux de tout le bien, le beau et l’amour de la vie de chacun. Et nous serons fiers les uns des autres. Chaque trésor étant un trésor de famille. Homélie du 2e dimanche Carême A (Mt 17, 1 – 9)

La transfiguration, voilà un mot d’églises et  de sacristies, un mot difficile n’appartenant pas au langage ordinaire. Littéralement, la transfiguration signifie «le changement miraculeux dans l’apparence du Christ au Mont Tabor». D’accord, mais dans l’ordinaire de nos vies, comment pouvons-nous nous représenter ce phénomène? Comment approcher les pensées de ceux qui ont fait l’expérience de Jésus-Transfiguré?

Il est une image qui représente très bien cette réalité. Nous la connaissons tous même si elle n’est pas forcément de première fraîcheur… C’est celle du cœur amoureux. Vous savez cette chaleur qui envahit, ce regard qui change, et cet être regardé, cette personne aimée qui était une parmi tant d’autres devient soudain l’unique, la seule au monde, comme si une lumière rayonnait d’elle. Tout le reste passe à l’arrière-plan et se place comme sur un fond neutre et insipide. Seule compte la personne aimée et notre présence tout proche d’elle. Nous sommes alors incapables de penser à autre chose. Une véritable transfiguration se produit. Nous voyons la personne aimée dans un halo de lumière. Tout semble beau chez elle, (même les défauts) et nous ne nous sentons pas dignes d’elle de peur de lui faire du mal et de la décevoir. Oui, la transfiguration, c’est voir une personne à la manière d’un amoureux. Voilà ce que vécurent les trois apôtres.

«Le vrai amour produit de l’humilité. Quelque chose change aussi concrètement dans les habitudes de vie. J’ai connu des jeunes que les parents ne réussissaient pas à tirer de leur lit le matin pour aller à l’école; si on leur trouvait un travail, ils l’abandonnaient bien vite ou ils traînaient dans leurs études sans jamais obtenir de diplôme. Et voilà qu’une fois amoureux et fiancés, le matin ils sautent du lit, ils deviennent impatients de terminer leurs études et s’ils ont un travail, ils le gardent précieusement. Que s’est-il passé? Rien. Tout simplement, ce qu’ils faisaient auparavant par «obligation», ils le font maintenant par «attraction». Et l’attraction est capable de mise en route qu’aucune obligation ne réussit à imposer; elle donne des ailes».

Oui, la transfiguration, c’est voir Jésus avec le regard nouveau de l’amoureux. On quitte alors la Loi de l’obligation pour entrer dans l’attraction de l’Amour. Les choses se font pour plaire au bon Dieu (Thérèse de Lisieux).

En ce dimanche, joignons-nous au groupe des trois disciples que Jésus mène au Tabor. Quelle surprise que cette expérience! Ils ne s’attendaient pas à une telle manifestation de gloire, ils n’auraient jamais osé la demander, ils s’en seraient sentis indignes… Et pourtant Jésus la leur offre, gratuitement, sans prévenir, et sans rien attendre d’eux en retour… L’amour de notre Seigneur est si délicat et généreux!

Vous imaginez la beauté de ce Seigneur, resplendissant, glorieux, plus lumineux que la lumière. Et plus beau encore que ce que les yeux peuvent voir, le couronnement de sa beauté ne tient pas en un Seigneur figé, immobile comme une statue rayonnante, mais, au contraire, c’est le Seigneur en relation vivante, dialoguant, s’entretenant avec le Moïse de la Loi et le grand prophète Elie.

Il me plait à imaginer cette belle image comme un avant-goût du Ciel, un rayon perçant de l’au-delà, de ce Royaume qui est la contemplation de Dieu.

Vous savez, on se trompe constamment dans la représentation du Ciel parce que l’on dit que le Ciel est la contemplation de Dieu. On imagine souvent à tort une salle de cinéma où, passif, l’on regarde toujours la même image (ennuyeuse), comme si on voyait à l’infini la même barbe du Père éternel. Eh bien non! Le Ciel, notre ciel, n’est pas cela. Au contraire, notre Dieu est par nature relations subsistantes, cela veut dire qu’il est toujours en relation vivante, personnelle, avec chacun. Tel est notre paradis: un faisceau de relations nous unissant en Dieu.

Ainsi, quand nous serons au Ciel, nous verrons Dieu, mais nous serons aussi en relations et unis les uns aux autres, unis par les liens de la charité. Et nous serons heureux de tout le bien, le beau et l’amour de la vie de chacun. Et nous serons fiers les uns des autres, chaque trésor étant un trésor de famille.

Attention, car voilà que dans notre récit une nuée apparaît, à la manière d’une ombre qui modifie la lumière. Le sacré rencontre le profane. La vision s’efface et la Parole retentit. Dieu le Père parle et son Esprit est présent. Les disciples ont peur.  Une voix se fait entendre et vient comme troubler l’image.

«Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le».

Cette Parole de Dieu le Père nous instruit. La  voix ne dit pas «regardez-le, contemplez-le», mais bien «écoutez-le». Cela veut dire que la condition pour être disciple est d’abord de se mettre à l’écoute du Maître. Il ne s’agit donc pas de regarder! Notre Dieu, tel qu’il se révèle en Jésus-Christ, n’est pas venu pour se donner à voir, il vient pour se donner à entendre. Il est le Verbe fait chair. Il parle. Et sa parole est Sagesse, elle éclaire et donne sens à toute notre vie.

Ce ne sera qu’au terme, à la fin du périple, à la fin de notre pèlerinage, que nous aurons le repos de la vision et la joie merveilleuse de la relation parfaite. En attendant, ici bas, l’heure est à l’écoute de la Parole pour nourrir notre intelligence et creuser le désir de la vision béatifique. C’est pour cela qu’il est si important pour nous de lire la Parole de Dieu et de la méditer, particulièrement durant ce temps de Carême.

Avec le poète Paul Claudel, achevons la contemplation de cette scène évangélique:

Montons au Thabor avec lui: Jésus est mûr.
L’hostie va être un instant élevée, voici le centre des saints Mystères.
L’Homme parfait dans le Christ atteint sa parfaite figure,
Et ses pieds comme d’eux-mêmes se séparent de la terre;
Les temps sont venus que Dieu enfin couronne Sa création toute entière.
Ce qui est vêtement devient comme de la neige, ce qui est chair brille comme de la lumière.
La loi et les prophètes aussitôt apparaissent en sa présence.
Comme l’iris où ne manque pas le soleil, et le Fils quand voici le Père:
“Tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis ma complaisance.”

Merci Seigneur pour la transfiguration.
Tout comme toi, nous sommes faits pour être transfigurés.

Aide-nous à écouter ta Parole. A lui donner un peu de notre temps.
Tu es le Verbe fait chair. Ta Parole est Vérité.
Celui qui écoute ta Parole et la met en pratique, celui-là sera sauvé.

Seigneur, vient transfigurer nos vies mortelles.
Vient apporter le réconfort à tous ceux qui souffrent dans leur corps.

Que dans nos œuvres
ce soit toujours ta lumière qui soit de plus en plus reconnue.

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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