Jean-Jacques Friboulet

L’adieu au PDC

Ses dirigeants viennent de décider d’abandonner le nom du PDC et de l’appeler «le Centre». Ce parti avait déjà changé de nom en 1970 et avait abandonné l’intitulé de «Parti conservateur chrétien-social».

Ce changement est symbolique. Au-delà de l’effet de communication qui vise à rallier de nouveaux électeurs, le PDC se fond dans l’air du temps, marqué par une société sécularisée et la critique du christianisme. Il substitue des valeurs à une conviction. Ces valeurs affirmées dans le logo du parti sont la liberté, la solidarité et la responsabilité.

Un observateur attentif ne sera pas surpris par cette substitution. Le PDC a abandonné depuis longtemps les principes de la doctrine sociale chrétienne pour s’inspirer massivement de la doctrine libérale classique. Et en cela ses nouvelles valeurs (liberté, solidarité, responsabilité) se distinguent peu de celles de son voisin le Parti Radical. Mais allons plus loin et attardons-nous sur cette attirance contemporaine pour les valeurs au détriment des convictions.

Une conviction, nous dit le dictionnaire, est une opinion assurée fondée sur des preuves. Elle relève donc à la fois du raisonnement et de l’expérience. Par contraste les valeurs sont un jugement personnel en accord avec la société de l’époque. Les convictions sont plus solides que les valeurs car elles sont fondées sur des principes et non sur les seules normes du moment. Il s’ensuit que les valeurs sont plus fluctuantes dans l’espace et dans le temps que les convictions. On comprend que dans notre monde en crise et à la diversité culturelle reconnue, les premières ont meilleure presse que les secondes.

«On ne peut opposer convictions et valeurs et c’est la noblesse de la politique de les conjuguer»

Mais il s’agit d’une mode passagère. Après les désastres de la Deuxième guerre mondiale, les sociétés européennes avaient, à l’inverse, ressenti le besoin de retrouver certains principes fondamentaux, d’où la fondation de partis démocrates chrétiens pour se distinguer des pensées socialiste et fasciste. Faute de principes, les chrétiens, en effet, étaient partagés pendant la guerre et dans la vie politique et économique d’après-guerre entre ces deux doctrines. Cette expérience montre, qu’à la longue, on ne peut se passer de convictions si l’on veut rester sur la ligne de crête que nous enseignent les Evangiles et qu’a parfaitement rappelée Jean Paul II à l’occasion du centenaire de Rerum Novarum en 1991. «Face à ses responsabilités, L’Eglise présente, comme orientation intellectuelle indispensable, sa doctrine sociale qui reconnaît le caractère positif du marché et de l’entreprise, mais qui souligne en même temps la nécessité de leur orientation vers le bien commun» (chapitre IV, § 43).

Le philosophe Henri Bergson disait qu’il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action. Certes il est nécessaire pour un politicien de prendre en compte les nouveautés du temps présent, mais on ne peut pas davantage fonder son action sur une opinion qui n’est pas assurée ou qui fluctue selon l’air du temps. On ne peut opposer convictions et valeurs et c’est la noblesse de la politique de les conjuguer, par exemple en inscrivant la nécessité de l’écologie dans les contraintes d’une société profondément marquée actuellement par le Covid-19.

Espérons que les dirigeants du PDC n’oublient pas cette vérité humaine, sauf à faire naviguer les idées du parti au gré des sondages d’opinion et à tomber dans un certain populisme.

Jean-Jacques Friboulet

16 septembre 2020

Le PDC (le Centre) va-t-il renforcer ses atouts? | © KEYSTONE/Christian Beutler
16 septembre 2020 | 07:26
par Jean-Jacques Friboulet
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