La chancelière Angela Merkel. (Photo: Flickr/Valsts kanceleja/ State Chan/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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La chancelière Angela Merkel. (Photo: Flickr/Valsts kanceleja/ State Chan/CC BY-SA 2.0)

L’Allemagne divisée


Les résultats des élections allemandes ont révélé un pays plus divisé politiquement que ne l’imaginaient ses voisins.

Il y a d’abord le nombre de voix du parti d’extrême-droite AFD qui est proche des 13% et provoque l’entrée d’environ 80 députés au Bundestag. C’est un choc pour les Allemands eux-mêmes qui n’avaient pas connu une telle situation depuis l’entre-deux guerres. Comme le Front National, l’AFD est divisé en deux tendances, l’une souverainiste très hostile à l’Union européenne, l’autre repliée sur l’identité allemande, nostalgique et hostile à toute immigration. Ses positions lui interdisent. de participer à une coalition pour gouverner l’Allemagne.

Le second fait marquant est la chute des deux grands partis gouvernementaux, les Sociaux-Démocrates et la Démocratie chrétienne. Les premiers paient aux yeux de la gauche leur participation au pouvoir. A la suite de cette déconvenue, ils ont décidé de rester dans l’opposition. La seconde perd beaucoup de voix sur sa droite en raison de l’orientation très centriste de Mme Merkel.

Enfin il y a le sauvetage des deux partis que sont les Verts et les Libéraux. Ces derniers, exclus de la dernière Chambre, renaissent de leurs cendres et vont constituer des partenaires mal commodes pour la Chancelière. Les premiers aspirent au pouvoir, mais sur beaucoup de sujets (l’Europe, l’immigration, l’écologie) ils ont des positions opposées aux Libéraux.

“Certes l’Allemagne est puissante industriellement, mais ses points forts commencent à s’effriter”

Ainsi Mme Merkel a gagné les élections, mais elle va rencontrer de grosses difficultés pour former un gouvernement. Elle doit concilier les exigences de son propre parti, et celles des Libéraux et des Verts. Autant dire que la formation du nouveau gouvernement ne sera pas réalisée avant la fin de l’année.

Finalement le paysage politique allemand est peu différent de celui apparu en France après le premier tour de la présidentielle. C’est un paysage éclaté où le succès du centre doit se confronter à des forces importantes à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Cette réalité française est masquée par le mode de scrutin majoritaire.

Les résultats des élections allemandes vont rendre plus compliquée une relance des institutions européennes à laquelle le parti libéral est hostile. Ils contredisent l’image d’une Allemagne puissante et stable. Certes l’Allemagne est puissante industriellement, mais ses points forts commencent à s’effriter dans l’automobile par exemple et sa population est vieillissante, ce qui met en péril l’équilibre de ses régimes sociaux. Mme Merkel devra mettre en œuvre toute son intelligence et son savoir-faire politique pour surmonter les obstacles de cette division allemande.

Jean-Jacques Friboulet | 25.09.17

 

Jean-Jacques Friboulet

Cette chronique considère que la science économique ne concerne pas seulement les biens matériels, mais la vie des personnes et les relations humaines. Elle invite à apprivoiser l'économie et à la considérer comme une maison dans laquelle les personnes construisent leur vie dans ses dimensions personnelle et collective.

Professeur Jean-Jacques Friboulet
spécialiste d'histoire économique, d'économie du développement et de l'enseignement social chrétien, Université de Fribourg (CH)

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