Paul Dembinski

Le bien commun en période de pandémie

Qu’il est bon d’avoir un Etat qui prend des décisions et les met en œuvre! C’est rassurant et certains en demandent même davantage. Mais est-ce bien raisonnable? Notre responsabilité individuelle est aussi engagée.

Dans la préface de l’ouvrage que nous avons édité ensemble en 2017 sur le bien commun, Mgr Charles Morerod faisait remarquer : «C’est dans la crise […] que l’on voit la force des principes». Dans la crise actuelle, nous vous invitons à revisiter ce principe de l’enseignement social de l’Eglise qu’est le bien commun.

Le Concile Vatican II le définissait comme «l’ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée».

La maladie qui impose le confinement actuel touche progressivement toutes nos familles et tue trop souvent. Elle ne permet pas de viser la perfection de la vie humaine ni individuellement, ni collectivement. Mais comme horizon, le bien commun reste une notion opérationnelle pour guider les décisions à prendre dans ce temps d’incertitude.

Le premier garant du bien commun est l’Etat, ou plus généralement les pouvoirs publics. A toutes les échelles, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à la commune en passant par la Confédération et les Cantons, toutes les autorités publiques sont mobilisées pour protéger le système de santé et la santé des groupes à risque. Ils agissent pour permettre à chacun et à chacune d’entre nous de vivre le mieux possible. Et cet effort inclut tant bien que mal les plus fragiles comme les personnes sans domicile ou les requérants d’asile. Dans l’incertitude et les doutes, les administrations publiques et tous les travailleurs et travailleuses procurant les services indispensables à notre vie contribuent à notre bien commun.

Ainsi, les pouvoirs publics, trop souvent décriés car coûteux via les impôts et chicaniers par les multiples règlements qu’ils imposent, sont soudain réhabilités. C’est à eux que l’on fait appel pour nous protéger et nous soigner, pour maintenir les entreprises en état de fonctionner et pour protéger les plus vulnérables.

«La réalisation du bien commun appartient en dernier ressort aux citoyennes et aux citoyens»

Mais les institutions ne sont pas seules impliquées. Les médecins cantonaux le répètent dans tous les médias : maintenir sous contrôle la courbe de l’épidémie afin que tout le monde puisse être soigné dépend du comportement de chacun et chacune d’entre nous. Rester à la maison, garder ses distances, se laver les mains soigneusement. Autant de gestes que nous apprenons à faire pour préserver le bien commun très concret qu’est la santé publique et le système de santé. Si le Conseil fédéral n’a pas imposé un confinement strict, c’est qu’il compte sur notre responsabilité individuelle.

Autrement dit, la réalisation du bien commun appartient en dernier ressort aux citoyennes et aux citoyens. Tel est la force de la démocratie. Et telle est aussi la limite à poser face aux velléités d’un contrôle plus strict de notre liberté de mouvement via le traçage de nos téléphones portables. Notre participation au bien commun reste libre, fruit de notre propre décision.

C’est là qu’intervient un autre principe de l’enseignement social de l’Eglise qu’est la subsidiarité. Un Etat fédéral comme le nôtre est construit autour de ce principe et le met en pratique – tant bien que mal – tous les jours. Les compétences de décision doivent rester au niveau le plus local aussi longtemps que le niveau supérieur n’est pas plus efficace pour intervenir. Dès lors, si personnellement et en famille nous «jouons le jeu» du confinement, l’Etat ne sera pas tenté d’imposer des restrictions plus grandes à notre liberté.

En conclusion, aujourd’hui peut-être plus encore qu’en 2017, «la période actuelle peut présenter une opportunité séculaire pour les actions animées par le souci du bien commun» (Paul H. Dembinski, bâtir et faire croître le bien commun in Paul H- Dembinski et Jean-Claude Huot (éd), Le bien commun par-delà les impasses, Saint Augustin 2017 p. 216.).

Jean-Claude Huot et Paul H. Dembinski

15 avril 2020

Quid du bien commun lorsque la crise arrive? (Pixabay.con)
15 avril 2020 | 07:47
par Paul Dembinski
Partagez!