Le champ de bataille et la vie
Ce début d’année est un champ de bataille avec de nombreux morts et blessés. D’abord la tragédie de Crans-Montana, puis celle des manifestations en Iran et ces terribles accidents en Espagne. Ces catastrophes nous ont touchés au cœur, en particulier celle de Crans-Montana parce qu’elle concerne des jeunes qui sont proches de nous.
Pour y faire face j’ai relu et écouté un poète bourguignon, Christian Bobin, décédé en 2022 et qui a écrit en 1992 un livre intitulé Le Très-Bas qui porte sur Saint François d’Assise. Ce livre m’a profondément marqué. J’ai alors compris que la poésie est une lutte contre la mort. Je vais donc m’inscrire dans ses pas.
Ayant vécu lui-même la mort de deux amours, Christian Bobin compare la mort à une pierre qui tombe dans un étang. Elle provoque d’abord des éclaboussures, des affolements et des fuites en tous sens. Dans un second temps il s’ensuit des cercles dans l’eau de plus en plus larges. Enfin le silence, mais pas le même silence qu’auparavant, un silence assourdissant. C’est comme si la vie s’était enfouie dans la terre pour faire un long trajet souterrain et rejaillir beaucoup plus loin.
«La vie ne s’arrête jamais. Elle fuit devant nous comme l’oiseau.»
Une des conséquences de cette mort est la solitude, dont Christian Bobin nous dit qu’elle est une maladie dont on ne guérit qu’à la condition de la laisser prendre ses aises. Ceux qui ont vécu un deuil très douloureux le savent bien. La guérison demande beaucoup de temps, rythme qui va à l’encontre de celui de notre monde qui cherche à aller toujours plus vite.
Reste alors l’attente. Et il n’y a pas d’autre attente que de vivre. La vie ne s’arrête jamais. Elle fuit devant nous comme l’oiseau.
Je sors de cette lecture et de cette écoute de Christian Bobin avec un sentiment de force et de paix, comme quand je regarde la mer à l’horizon ou la montagne au coucher du soleil. La beauté et l’amour sont les deux principaux remèdes à la détresse. Je l’ai vécu tout au cours de ma vie. La vraie richesse est la contemplation.
Ayant visité l’abbaye d’Hauterive qui a été rénovée récemment, je pensais à cette contemplation en me remémorant les catastrophes citées ici. Quel contraste entre l’agitation du monde et la paix qui règne dans ce cloître. La personne est ainsi faite. Elle perd beaucoup de batailles car on ne peut vivre sans perdre. Beaucoup de ses projets sont brisés. Mais il lui reste les rencontres comme celles que je fais toutes les semaines dans le home que je visite, les visages et la merveilleuse création qu’il nous faut protéger.
Jean-Jacques Friboulet
11 février 2026
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