Le dimanche de la Miséricorde (Jn 20, 19-31)


«J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon cœur; je porte dans mon cœur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain»

Ce deuxième dimanche de Pâques a depuis 2001 une couleur toute particulière, il est le «dimanche de la Miséricorde divine», selon les indications de sainte Faustine Kowalska. «Je désire que la fête de ma Miséricorde soit un recours et un refuge pour toutes les âmes et surtout pour les pauvres pécheurs» dit Jésus à la sœur polonaise.

Qu’est-ce que c’est au juste que cette «miséricorde»? Pour nous catholiques, parler de miséricorde c’est d’abord parler du cœur transpercé de Jésus, source d’où jaillit la grande vague miséricordieuse se déversant sur l’humanité. De ce cœur ouvert, Sainte Faustyna Kowalska vit partir deux faisceaux de lumière qui illuminèrent le monde. «Les deux rayons, lui expliqua un jour Jésus lui-même, représentent le sang et l’eau». L’eau qui purifie et le sang qui sanctifie.

Disons-le avec simplicité, le mot même «miséricorde» est un très beau mot, l’un des plus beaux de notre langue. Etymologiquement, il signifie «qui a le cœur sensible au malheur». Cœur et malheur sont les mots clefs du sens de la miséricorde. Un cœur délicat, plein de compassion, de commisération, de pitié pour le malheur d’autrui renvoie bien sûr, de façon exemplaire, au cœur de Jésus sur la Croix, tout donné pour les pécheurs. Comme disait Jean-Paul II, «à travers le coeur du Christ crucifié, la miséricorde divine atteint les hommes».

Oui, Jésus est, selon les mots de Faustine, «l’Amour et la Miséricorde en personne». Pour le dire autrement, la miséricorde n’est pas un concept, une idée pieuse, mais une Personne! C’est fondamental. Cette miséricorde est le Christ qui se diffuse sur l’humanité par l’Esprit; lequel est dans la Trinité la Personne-Amour. Oui, la miséricorde, ce cœur sensible au malheur et à la souffrance, c’est le nom même de notre Dieu.

Entendez ainsi comme la miséricorde est le second nom de l’amour! saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon. Oui, la miséricorde est aussi cette clémence, cette indulgence, cette patience nous disposant à pardonner au coupable. Comme dit l’adage populaire (et pour une fois il sonne juste), à tout péché, miséricorde. I.e. toute faute est pardonnable. Car la miséricorde ne connaît pas de limite du côté de Dieu; sa seule limite est du côté de celui qui la reçoit.

C’est-là un des trésors du christianisme: Le Créateur veut sauver la créature, Le Dieu-trois-fois-Saint veut sauver le pécheur. Tous les pécheurs! Même le pire!!!  Ainsi à l’occasion du péché, l’homme entre plus profondément encore dans le mystère de la tendresse divine. Le psalmiste le dit ainsi, «Pitié pour moi mon Dieu dans ton amour, en ta grande tendresse, efface mon péché». Pour le dire autrement, Dieu est retourné en lui-même devant la misère de l’homme. Origène  écrivait que «Dieu ne peut pas souffrir, il ne peut pas pâtir, mais il peut com-patir». Oui, Dieu est retourné en lui-même devant la misère de l’homme, et ce «retournement» devient cause de notre propre «retournement», c’est-à-dire de notre conversion. Poétiquement parlant, la miséricorde est comme une corde vibrante dans le cœur de Dieu et que Dieu nous tend pour nous sauver de notre misère.

Le Christ nous a enseigné que l’homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu’il est appelé à faire miséricorde aux autres: «Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde» (Mt 5, 7). Nous voici donc appelés à être de bons samaritains, proche du misérable rencontré sur notre chemin de vie, plein de pitié à l’égard de celui qui nous a offensé… Parce que Dieu a eu pitié de nous. Oui, au soir de cette vie, nous serons jugés sur la miséricorde que nous aurons exercée.

Courage! La miséricorde de Dieu est cause de notre miséricorde. Parce Dieu est bon et miséricordieux, je peux donner ce que j’ai d’abord reçu.

Soeur Faustyna Kowalska écrivait dans son journal, «J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon cœur; je porte dans mon cœur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain».

Dieu que c’est magnifique une sainte! Voici donc à quel point la compassion conduit l’amour lorsqu’il se mesure à l’amour de Dieu!

Le message de la divine miséricorde est ainsi, de façon implicite, également un message manifestant la valeur et l’égale dignité de chaque personne humaine. Oui, chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu. Le Christ a donné sa vie pour  chacun, le Père fait don à tous de son Esprit et offre l’accès à son intimité. Aux yeux de Dieu, nous sommes tous ses préférés… chacun à sa manière…

Soeur Faustine, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la miséricorde divine.

Aide-nous à en faire l’expérience vivante et à en témoigner à nos frères.

Que ton message de lumière et d’espérance se diffuse dans le monde entier,
qu’il pousse les pécheurs à la conversion,
qu’il dissipe les rivalités et les haines,
qu’il incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité.

Aujourd’hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité,
nous faisons nôtre ta prière d’abandon confiant
et nous disons avec une ferme espérance: 

Jésus, j’ai confiance en Toi!

Amen

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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