Le Roi le plus puissant du monde!


Homélie du 34e dimanche C (Lc 23, 35 -43). Jésus étonnement choisit de démontrer sa royauté non par un signe grandiose, une manifestation de puissance, mais en se préoccupant d’un pauvre type: une crapule crucifée juste à côté de lui.

Une inscription était placée au-dessus de sa tête: «Celui-ci est le roi des Juifs.»

La fête du Christ-Roi est une fête récente. Elle date de 1925. En réponse aux régimes politiques athées et totalitaires qui niaient les droits de Dieu et de l’Eglise. En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous contemplons donc le Règne de Dieu qui vient peu à peu. Un Royaume qui vient à la mesure de nos «oui», dans l’espace; un royaume ouvert par nos «oui», un royaume qui monte, qui grimpe vers sa réalisation plénière.

Et comme souvent, l’évangile de ce jour est paradoxal! Pour fêter le Christ-Roi de l’Univers, l’Eglise nous propose la scène où Jésus meurt sur la croix entre deux malfaiteurs. Voyez l’extraordinaire royauté que nous contemplons! C’est incroyable! Comme trône une croix, comme couronne un buisson d’épines, comme titre celui de roi des juifs et enfin comme témoins deux malfaiteurs.

On dit dans l’Evangile qu’au-dessus de la tête de Jésus était placée une inscription disant «Celui-ci est le roi des Juifs»; pour beaucoup, être roi veut dire être puissant. Un roi dirige, guide, gouverne avec autorité. Et cela est juste. Acculé dans ses derniers retranchements, suspendu au bois de la croix, Jésus devait paraître comme un fruit mûr pour enfin révéler sa puissance.

J’imagine les spectateurs de cette tragédie dans l’attente d’un signe grandiose. Enfin une manifestation de puissance pour régler les comptes! Mais Jésus étonnement choisit de démontrer sa royauté non pas par un signe grandiose, une manifestation de puissance, mais en se préoccupant d’un seul homme, de surcroît un malfaiteur: ‘Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne’.
Jésus lui répondit: ‘Amen, je te le déclare: aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis’.

Jésus ne se soucie pas de puissance, mais du salut des pauvres types qui l’entourent! Il n’a pas souci de lui, mais des autres! Il veut régner, mais dans le cœur des  pécheurs. Pour qu’ils aient la vraie VIE! Dès lors, la question la plus importante que nous devons nous poser lors de la fête du Christ Roi ne se demande pas si Jésus règne ou non dans le monde, mais s’il règne ou non en chacun de nous!

Entendez bien, non pas si sa royauté est reconnue par le politique, mais si chacun de nous la reconnaît et la vit. En clair, Le Christ est-il le Roi et le Seigneur de ma vie? Est-il celui qui guide, éclaire, ordonne et gouverne ma vie? Concrètement, qui règne en moi, qui fixe les objectifs et qui régit les priorités? Le Christ? Ou quelqu’un d’autre?

Selon saint Paul il n’existe dans le fond que deux manières de vivre. Soit vivre pour soi Soit vivre pour le Seigneur (Rm 14, 7-9). Vivre «pour soi» signifie vivre comme celui qui possède en lui-même son principe et sa fin. Cela veut dire une existence renfermée sur elle-même, tendue uniquement vers sa propre satisfaction et sa propre gloire, sans aucune perspective d’éternité. Bref une vie d’égoïste. Vivre «pour le Seigneur», en revanche, signifie rechercher d’abord sa gloire et l’éclat de son règne. C’est mettre ses qualités au service du Maître. C’est servir.

Si on fait le choix libre de vivre pour le Seigneur, alors il s’agit vraiment, réellement et personnellement d’une nouvelle existence! Et dans cette nouvelle existence, la mort elle-même a perdu son caractère irréparable. Elle n’a plus le dernier mot! La mort est comme retournée, de coupure radicale et de séparation définitive, elle devient passage en vue d’une union plus intime et plus profonde.

Ainsi, la plus grande contradiction dont l’homme ait jamais fait l’expérience – la contradiction entre la vie et la mort – a été dépassée. Entendez bien! La contradiction la plus radicale n’est plus désormais entre «vivre» et «mourir», MAIS ENTRE VIVRE «POUR SOI» ET VIVRE «POUR LE SEIGNEUR ».

Au final, au dernier mot, au dernier moment, tout se joue là, en ces deux affirmations: Ou… Pour moi; ou… pour le Seigneur.

 

Seigneur, tu es le Christ-Roi, tu règnes par la foi,
par la confiance que nous faisons à ta Parole,
tu règnes par la correspondance entre notre vie quotidienne et ta Parole.
Seigneur, je veux t’honorer comme Christ-Roi,
en écoutant ta voix, et en conformant  ma vie personnelle,
familiale et professionnelle à ta voix.
Seigneur, je t’en prie, que ton règne vienne.

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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