Le temps qui passe....


Homélie du 33e dimanche C (Lc 21, 5 -19). Tout comme les plus hautes montagnes finissent par être érodées par les vents et se transformer en collines, puis en plaines, ainsi ce monde passe et ses plus beaux édifices sont éphémères. Bref, la pierre passe. Même un jour le mur des lamentations sera totalement érodé. Peut-être même St-Pierre de Rome…

Nous sommes à la fin de l’année liturgique. Et assez logiquement l’Eglise nous propose de méditer sur le temps. Le temps qui passe; la fin des temps; le dernier moment du temps qui passe. Jésus, à la fin de sa vie terrestre, a justement choisi de parler de la fin des temps. Ce que l’on appelle «l’eschatologie».

Je relève sans le développer l’originalité biblique par rapport aux autres religions: alors que les autres religions ont une vision cyclique de l’histoire (un peu comme une grande roue qui tourne sur elle-même; le temps avançant en se répétant sans cesse et périodiquement)  les religions du Livre: Judaïsme, Christianisme et Islam ont en commun une vision linéaire de l’histoire. En clair, pour nous, il y a un début, une création à partir de rien (ex nihilo), un Messie qui révèle le plan de Dieu et une fin irréversible.

Cette vision linéaire est vraie pour l’histoire du monde, de notre planète, de la galaxie, de l’univers, mais vraie aussi pour nos vies personnelles: elles ont un début unique, dans le temps (un jour qui est le premier jour – pour l’Eglise quand l’ovule est fécondée) et entre le début et la fin un espace durant lequel Dieu veut faire une Alliance d’Amour avec la liberté de chaque homme. Pour le dire autrement, un moment où Dieu veut se faire connaître intimement. Et une fin irréversible qui marque la fin du temps qui nous est donné pour répondre à la grande question du sens de la vie.

Oui, j’en suis convaincu dans la foi: tout le temps qui nous est donné, entre le début et la fin, ce temps n’a qu’un seul but: aimer, ou ne pas aimer! Aimer Dieu et son prochain, ou ne pas aimer Dieu et son prochain. Voilà le sens du temps qui nous est donné… voilà pourquoi Dieu patiente.

 

Mais revenons à l’Evangile. Vous l’avez entendu, les disciples admirent la beauté du Temple de Jérusalem. Ils admirent la beauté d’une construction grandiose, unique au monde, qui à l’époque était toute neuve. Imaginez ses colonnes, ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or… quelle merveille!

En plus de la beauté, la contemplation d’un édifice si imposant devait donner une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions, nous aussi, à l’usure du temps. C’est la grande vanité de la matière, quand elle est belle et imposante, elle donne l’impression d’être éternelle.

Alors Jésus, en prophète, vient rompre le charme: «Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre: tout sera détruit». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires. Au final, d’ailleurs, ce sera le motif de condamnation de Jésus: Il a osé dire que le Temple serait un jour détruit!

 

Aujourd’hui, par analogie, dans beaucoup de familles, on se divise pour de la pierre.
Quand il s’agit d’héritage, de partage, de maison, de terrain, quand la fin d’un temps rencontre ceux qui sont dans le temps, c’est comme une mer agitée. Vendre la pierre ou garder la pierre? Que de familles en bagarre pour répondre à cette question.

Sans entrer dans les cas particuliers, j’aimerais au final utiliser le prétexte de la pierre et du Temple pour rappeler l’essentiel pour un chrétien croyant: TOUT CE QUE NOUS POSSEDONS PASSERA… NOUS N’EMPORTERONS RIEN DE L’AUTRE COTE. ATTACHONS-NOUS DONC A CE QUI DEMEURE.

C’est difficile de bien agir en ce domaine. Il faut une grâce de discernement pour distinguer ce qui demeure de ce qui passe, car les deux n’ont pas la même valeur. J’ai souvent observé que «ce qui passe» a un prix, alors que «ce qui demeure» a de la valeur. Et on le sait bien, notre trésor personnel doit être constitué de ce qui a de la valeur.

 

LA OU EST TON TRESOR, LA AUSSI EST TON CŒUR.

 

Ainsi, sommes-nous invités au terme de cette année liturgique à mettre notre cœur dans ce qui demeure. Autrement il n’est tout simplement pas au bon endroit! Ainsi, tout comme les plus hautes montagnes finissent par être érodées par les vents et se transformer en collines, puis en plaines, ainsi ce monde passe et ses plus beaux édifices sont éphémères. Bref, la pierre passe. Même un jour le mur des lamentations sera totalement érodé. Peut-être même St-Pierre de Rome.

«Détruisez ce temple, en trois jours, je le relèverai…»

Il ne faut donc pas d’abord admirer la beauté des pierres du Temple, mais il faut d’abord adorer Celui qui est le véritable sanctuaire! Entendez la nouveauté inouïe, propre à la foi chrétienne! LE VÉRITABLE SANCTUAIRE N’EST AUTRE QUE LE CORPS DE JÉSUS! Pour nous chrétien, très concrètement, la présence divine ne repose plus sur un édifice, le Temple, mais sur une Personne, Jésus, le fils de Dieu.

En somme pour un catholique, Jésus prend à son compte, en sa personne, le rôle qu’a jouer le temple pour le croyant juif. JESUS EST LE TEMPLE DE L’ALLIANCE. Au sens propre! Ce n’est pas une image!!!

Et de même nous aussi, de par notre baptême, nous sommes pierres de ce temple. Nous prenons part à cet édifice dont Jésus est la pierre angulaire. Nous ne sommes pas EXTERIEURS, du dehors, mais du dedans, de L’INTERIEUR.

 

Seigneur, tu nous donnes du temps, comme un cadeau, pour te connaître et t’aimer.
Tu es un Dieu patient. Tu as tout le temps. Tu es la Vie Eternelle.

Seigneur, nous voulons nous attacher à ce qui demeure.
Mettre notre cœur dans ce qui demeure.

Eloigne de nous tout ce qui nous éloigne de Toi.

Seigneur, tu es le Temple de l’Alliance, et je le crois dans la foi: quand nous communions au corps du Christ, nous sommes vraiment unis, nous formons vraiment et réellement avec Jésus un seul Corps. Un seul édifice. Une seule construction. Un seul Temple!

Merci Seigneur pour le temps qui passe.
Merci Seigneur pour le temps qui ne passe pas, pour la Vie Eternelle que tu promets à tous ceux qui t’aiment.
Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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