Une Suisse qui regarde vers le monde (Pixabay.com)
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Une Suisse qui regarde vers le monde (Pixabay.com)

Les atours de Dame Helvetia


Si l’auto-critique est nécessaire, aux personnes comme aux nations, son pendant – “l’auto-louange” – a également ses avantages. A l’approche de la Fête nationale suisse, le 1er août, il est sans doute utile de rappeler l’une des facettes positives de notre pays: son esprit d’accueil et de tolérance.

Cette réflexion m’est venue après une rencontre récente avec un prêtre, l’abbé Antoine Kankoé. Il se prépare à rentrer dans son Togo natal, après avoir officié trois ans à Estavayer-le-Lac. Il m’a assuré avoir été accueilli à bras ouverts par les paroissiens broyards et n’avoir jamais ressenti en Suisse une once de racisme.

Une affirmation qui m’a marqué, mais qui n’est pas surprenante. Je pourrais citer de nombreux autres cas où des personnes de cultures et de mœurs très différentes ont vécu une expérience d’intégration très positive dans notre pays. Ces cas et d’autres épisodes vécus, m’ont amené à penser que le peuple suisse était fondamentalement tolérant et ouvert.

Une caractéristique qui pourrait provenir de nombreux facteurs. Tout d’abord, la réalité extrêmement “diverse” à laquelle les Suisses sont habitués depuis des siècles. Eu égard à la condition cosmopolite du pays et sa forte mixité linguistique, notamment. Laquelle s’articule, pour les langues nationales, de façon globalement positive. Force est de rendre hommage, sur ce point, à nos compatriotes germanophones, qui font plus souvent l’effort que nous autres, francophones, de parler la langue de l’autre.

La diversité religieuse est également à mentionner. Après de nombreux déchirements, il a bien fallu que le catholique compose avec le protestant du village d’à côté, et vice-versa. Une situation de coexistence communautaire pas forcément évidente, si l’on se réfère à d’autres pays.

“Force est de rendre hommage à nos compatriotes germanophones, qui font plus souvent l’effort que nous autres, francophones, de parler la langue de l’autre”

Au-delà, il me semble que cet esprit d’ouverture plonge ses racines dans des conditions historiques particulières: ce que j’appellerais une “hybridation” plutôt réussie entre l’esprit de Mai 1968 et la tradition chrétienne fortement ancrée dans nos villes et nos campagnes. De cette rencontre s’est formée une mentalité ouverte, aux assises solides, qui a engendré gentillesse et générosité. II me semble ainsi rencontrer régulièrement, dans cette Suisse du 21e siècle, un nombre impressionnant de personnes “christiques”, sincères et lumineuses. Est-ce de la chance, de la naïveté, ou une généralité humaine? Pour moi, plutôt le signe d’une société qui se rapproche, malgré les peurs, les illusions et les inerties, du Royaume de Dieu attendu depuis 2000 ans.

Raphaël Zbinden

29 juillet 2019

Raphaël Zbinden

Raphaël Zbinden est journaliste à Cath.ch, le portail catholique suisse.

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