Paul Dembinski

Les cadeaux de Noël éclairent la vérité sur l’homme

Que faisons-nous en période de Noël? Des cadeaux. Dans la mesure de nos moyens et de nos contraintes, l’idée centrale de cette période est de rendre heureux, de faire plaisir, de montrer de l’attention autour de soi.

Pourtant, ce volet-là de l’activité humaine est systématiquement ignoré par la science économique, tant il paraît exceptionnel et marginal. Cette dernière s’est constituée, depuis au moins deux siècles, sur l’idée d’un être humain auto-centré, pour ne pas dire égoïste. Ce dernier aurait dans ses gènes la quête insatiable de l’utilité individuelle. Il toise le monde entier avec cette seule idée en tête: comment augmenter «ma» satisfaction en acquérant de nouveaux biens ou services. C’est sur cette anthropologie-là, jamais démontrée de manière convaincante, que repose l’édifice de l’économie contemporaine.

Pourtant, les précurseurs de nos économistes, à commencer par Aristote, avaient bien souligné que l’être humain est social par nature, il vit donc en familles, groupes ou clans. Ainsi, le bien-être des uns dépend, dans une très large mesure, de celui des autres. Naturellement donc, si l’homme ou la femme sont des maximisateurs de satisfaction, l’aspiration individualiste (si elle existe) est tempérée par le souci des proches. Dans son ouvrage de 1910, The Common Sense of Political Ecconomy, l’économiste (et par ailleurs aussi théologien) anglais Philipp Wicksteed commence son analyse par l’observation de l’économie familiale. Les cheffes et chefs de famille ont conscience des besoins et désirs de membres – petits et grands – et ils utilisent les ressources disponibles en combinant temps et argent de telle manière à ce que le groupe, dans chacun de ses membres, soit aussi heureux que possible.

«Nous pratiquons tous le décentrement, aussi en matière économique»

Selon Wicksteed, les choix économiques ne portent donc pas directement sur les biens et les services – comme le voudrait la pensée dominante aujourd’hui – mais sur ces biens et ces services en rapport avec le besoin ou la satisfaction qu’ils procurent et qui est différente d’un membre du groupe à l’autre et qui change avec le temps. Cette lecture-là demande bien plus que de l’égoïsme souvent instrumental, mais de la bienveillance. Ce qui est important donc dans les choix économiques – et la pratique millénaire des cadeaux de Noël le met en exergue une fois de plus aujourd’hui –  c’est le «prendre soin» de l’autre en pensant à son rapport aux choses. Pourtant, sur ces éléments de son analyse, Wicksteed a été oublié.

La démonstration est implacable: nous pratiquons tous le décentrement aussi en matière économique, souvent sans nous en rendre compte, et nous bénéficions sans cesse du décentrement des autres. Cela est particulièrement sensible en période de Noël, avec ses papiers cadeaux et ses beaux rubans, mais ce n’est pas particulier à Noël. Le problème tient donc à l’incapacité de la pensée économique contemporaine à prendre la pleine mesure de ce qui sautait aux yeux au quatrième siècle déjà, quand saint Augustin s’interrogeait sur ce qui gouverne la circulation et la distribution des biens dans la société de son temps. En conséquence, Noël serait une période a-normale, et relèverait de l’anomalie statistique. Le problème resterait seulement épistémologique et sans grande portée, si ce n’est le poids qu’ont les schémas de pensées dérivés de la théorie économique sur la structuration du monde. Il est donc urgent de proposer une autre économie, de reprendre le travail là où saint Augustin et Philipp Wicksteed l’ont laissé; de refuser de voir dans Noël une anomalie, puisque c’est là que la vérité de l’homme apparaît en toute lumière.

Ce sont mes voeux pour la Nouvelle Année 2021

Paul H. Dembinski

16 décembre 2020

Le cadeau de Noël est systématiquement ignoré par la science économique | Free-photos sur Pixabay
16 décembre 2020 | 07:03
par Paul Dembinski
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