Lumière du monde et sel de la terre


«L’Evangile c’est du sel, et vous en avez fait du sucre». Oui, à trop vouloir toujours tout concilier, on devient fade, on perd la force corrosive du sel de l’évangile dans nos vies. Et alors on passe à côté de notre vocation. Le pape François parle à ce propos d’irénisme. Cette pathologie spirituelle trop répandue qui fait que pour éviter le conflit on sacrifie la Vérité. Homélie du 5e dimanche A (Mt 5, 13 -16)

Vous êtes le sel de la terre!

Quelle belle image! De fait, le sel dans la terre, en petite quantité, fertilise le sol. A l’époque de Jésus on mélangeait un petit peu de sel avec le fumier pour le rendre plus fertile. Pour nous, aujourd’hui, le sel est surtout ce qui donne du goût. Et c’est vrai, que serait une cuisine sans sel, sinon une cuisine sans saveur! Insipide. Immangeable. Oui, le sel est bon. Bon pour la santé. Il est même vital!

Dans l’antiquité quand on parlait de salaire, on parlait de l’argent donné pour que le soldat puisse acheter du sel! Salaire et sel partagent la même étymologie. Parce que le sel était nécessaire pour conserver les aliments dans un monde sans frigo, il était de grande valeur et très recherché. Les armées, par exemple, utilisaient beaucoup de sel pour conserver les aliments et ainsi ne pas vivre exclusivement du pillage sur l’habitant.

Analogiquement, pour un croyant, la foi est le sel de la vie. Car la foi qui donne du goût et du sens à la vie. Ainsi, et c’est là notre vocation, nous sommes appelés à être le sel de la terre. C’est-à-dire à donner du goût à la vie par notre témoignage de vie!

Mais dans les faits, le risque est toujours grand de dénaturer le sel, d’oublier pourquoi Dieu nous a créé. Claudel disait non sans humour: «L’Evangile c’est du sel, et vous en avez fait du sucre». Oui, à trop vouloir toujours tout concilier, on devient fade, on perd la force corrosive du sel de l’évangile dans nos vies. Et alors on passe à côté de notre vocation. Le pape François parle à ce propos d’irénisme. Cette pathologie spirituelle trop répandue fait que pour éviter le conflit on sacrifie la Vérité. Soyons clairs, si le chrétien n’est plus du sel, il ne sert à rien. Si le chrétien, comme un caméléon, prend la couleur de son milieu, alors il n’est plus signe du Royaume de Dieu et ne sert plus à rien. Au contraire, nous sommes appelés à donner du goût à notre milieu par le témoignage de notre foi. C’est là une responsabilité non pour nous mais envers les autres…

Vous êtes la lumière du monde!

Cette seconde expression renforce la première dont elle partage le sens. La lumière, c’est la couleur, la beauté, la vie. La lumière fait resplendir la terre. Quand il y a du soleil, il fait toujours beau, parce que la lumière transforme en beauté tout ce qu’elle éclaire.

Cela me fait penser à la très belle chanson de Gabin que vous connaissez tous: «je sais». Avec cette parole centrale magnifique: «Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau. Je peux pas mieux dire, il fait très beau!».

S’il était une image pour dire Dieu, je pense que le soleil en serait la plus belle. Nous l’avons entendu en première lecture: «Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui qui est sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore». Et plus loin: «si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la paroles malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi».

Entendez comme c’est beau! Nous sommes appelés à être des lumières pour les autres. Nous sommes tous appelés à être brillants! Non pas blingbling, mais transparent pour que la lumière de Dieu puisse par nous éclairer nos frères. Voici là la clef! La lumière est toujours lumière de Dieu. Ce n’est jamais notre lumière. Mais c’est bien Dieu qui, par nous, se donne et se communique. La grandeur de notre vie, c’est de laisser passer Dieu.

Et concrètement, comment faire pour que Dieu puisse se donner par moi? Comment faire pour que Dieu puisse éclairer et donner du goût à la vie de mes frères et sœurs? Eh bien il faut lui donner de l’espace. Lui donner du temps. On ne dira jamais assez l’importance de la prière fidèle, des sacrements, de la lecture de la parole de Dieu, des œuvres de miséricorde. Oui Dieu ne peut se donner que dans la mesure où nous le laissons passer. Il fait tout dépendre de notre liberté. Quelle délicatesse et quel respect!

Ainsi, si nous sommes de bons serviteurs, les autres, voyant le bien que nous faisons, rendront gloire à Dieu, notre Père qui est aux cieux! Alors par notre vie, nous serons signe et témoin de son amour. Guy Gilbert recommandait de vivre de telle manière qu’à ta manière de vivre, il soit impossible de penser que Dieu n’existe pas.

Je termine avec les mots de Jean-Paul II qui sera bientôt canonisé. Il avait parlé aux jeunes à la JMJ de Toronto, en 2002. Le thème était “sel de la terre et lumière du monde”. Voici ce qu’il nous disait à la messe de clôture:
«Le sel assaisonne et donne du goût à la nourriture. En suivant Jésus, vous devez changer et améliorer la “saveur” de l’histoire humaine. Par votre foi, votre espérance et votre amour, par votre intelligence, votre courage et votre persévérance, vous devez humaniser le monde dans lequel nous vivons. Isaïe indiquait déjà dans la première lecture d’aujourd’hui le moyen d’y parvenir: “Faire tomber les chaînes injustes… partager ton pain avec celui qui a faim… [faire disparaître] le geste de menace et la parole malfaisante… Alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres” (Is 58, 6-10).
Même une petite flamme qui vacille soulève le lourd manteau de la nuit. Combien plus de lumière pourrez-vous faire tous ensemble, si vous êtes proches les uns des autres dans la communion de l’Église! Si vous aimez Jésus, aimez l’Église! Ne vous découragez pas devant les fautes et les manquements de certains de ses fils! Le préjudice causé par certains prêtres et religieux à des personnes jeunes et fragiles nous remplit tous d’un profond sentiment de tristesse et de honte. Mais pensez à la grande majorité des prêtres et des religieux qui vivent généreusement leur engagement, et dont l’unique désir est de servir et de faire le bien! Aujourd’hui, il y a ici beaucoup de prêtres, de séminaristes et de personnes consacrées: soyez proches d’eux et soutenez-les! Et si, au plus profond de votre coeur, vous entendez résonner le même appel au sacerdoce ou à la vie consacrée, n’ayez pas peur de suivre le Christ sur la voie royale de la Croix! Dans les moments difficiles de l’histoire de l’Église, le devoir de la sainteté devient encore plus urgent. Et la sainteté n’est pas une question d’âge. La sainteté, c’est vivre dans l’Esprit Saint, comme l’ont fait Kateri Tekakwitha et de nombreux autres jeunes.

Merci Seigneur pour le grand pape Jean-Paul II. Témoin de ton amour pour toute une génération.

Merci Seigneur pour le sel et la lumière. Le sel qui donne le bon goût, et la lumière qui rend beau tout ce qu’elle éclaire.

Merci Seigneur pour les témoins que tu as mis sur notre route. Ces hommes et ces femmes qui nous ont donné envie de croire et de faire le bien.

Seigneur, à notre tour nous voulons être sel de la terre et lumière du monde. Pour que le monde croit que tu es notre Père, et que tu nous aimes.

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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