La Journée mondiale de la Paix aura 50 ans en 2018 (Photo:kyla/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY 2.0</a>)
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La Journée mondiale de la Paix aura 50 ans en 2018 (Photo:kyla/Flickr/CC BY 2.0)

Mieux vaut un tiens que "deux tu l’auras"


L’année 2018 frappe déjà à nos portes. Elles s’ouvriront le 1er janvier, sur la Journée mondiale de la Paix. Le traditionnel message du pape pour cette occasion est consacré au 250 millions de migrants et réfugiés. “Moi, dit le pape, je vous invite à les regarder (les réfugiés) avec un regard rempli de confiance, comme une occasion de construire un avenir de paix”. Quatre verbes – qui sont autant d’obligations morales à mettre en œuvre chacun selon ses moyens – rythment le texte: accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Les efforts individuels, aussi généreux soient-ils – ne pourront pas tout faire, ils doivent être relayés par des traités internationaux qui définissent les obligations des Etats. Ainsi, le pape encourage, les pays membres des Nations Unies à finaliser en 2018 deux pactes: l’un portant sur les réfugiés, l’autre sur l’encadrement de la migration.

“Aujourd’hui comme hier, nous avons de la peine à changer de regard”

La Journée mondiale de la Paix a été instaurée par Paul VI le 1 janvier 1968, donc voici 50 ans. Dans son message pour la circonstance, Paul VI parle de la Journée comme d’une proposition qui n’est ni spécifiquement religieuse et ni purement catholique. Cette initiative “voudrait trouver l’adhésion de tous les vrais amis de la paix, comme s’il s’agissait d’une initiative qui leur est propre”. La paix rappelle le pontife “se fonde subjectivement sur un esprit nouveau, qui doit animer la vie en commun des peuples, sur une mentalité nouvelle concernant l’homme, ses devoirs et ses destins.” C’est bien à ce même changement de mentalité que nous appelle aujourd’hui François à propos des réfugiés. Un demi-siècle s’est écoulé, et aujourd’hui comme hier, le monde – nous-mêmes – avons de la peine à changer de regard.

“La paix, rappelle Raoul Follereau, exige bien plus que la fin de la confrontation”

La difficulté vient du fait que dans la perspective et tradition chrétienne, la paix véritable est le fruit de la justice. La seule absence des hostilités militaires ne suffit donc pas pour qu’il y ait paix au sens chrétien. Ce constat, cette exigence sont bien au point de départ de l’idée de la Journée de la Paix. Elle est née vers la fin de 1944, en pleine guerre donc, dans l’esprit de Raoul Follereau – grand pourfendeur de la lèpre. Il écrit en effet au président américain Roosevelt et lui propose qu’à la fin prochaine des hostilités, les alliés fassent tourner un jour de plus le budget de la guerre, non pas pour détruire mais pour construire la paix. La paix, rappelle Follereau, exige bien plus que la fin de la confrontation. Le courrier reste sans réponse.

Quelques années plus tard, au moment où commence la Guerre froide, Raoul Follereau revient à la charge avec son manifeste “Bombe atomique ou charité?” – cette fois largement traduit et distribué. En 1954, il persévère en écrivant une fois de plus au président Eisenhower et au premier secrétaire Khrouchtchev. Il en appelle à leur conscience et demande de mettre, chacun, un bombardier au service des œuvres de paix. Missives sans réponse.

En 1964, vingt ans après la première lettre, Follereau change de tactique, il écrit une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, U Thant, et demande aux jeunes du monde entier de faire de même. Au fil des ans, le courrier des jeunes se compte en millions. La proposition d’instaurer une journée internationale de la paix se trouve (enfin) incorporée – dans le projet d’une résolution des Nations Unies. Cette dernière se trouve bloquée. Alors, sans plus attendre, Paul VI s’empare du projet, avec la suite que l’on sait.

Paul H. Dembinski

Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l'enseignement social chrétien. Professeur à l'Université de Fribourg, son enseignement s'articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l'Observatoire de la Finance à Genève.

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