Préparez le chemin du Seigneur


Ce n’est plus dans le désert qu’il faut tracer un chemin, mais dans le concret de la vie de chacun. Il faut tracer un chemin pour permettre à Dieu très concrètement de nous rejoindre. Pour ce faire, il ne faut pas une pelle et une pioche, mais il faut se convertir!

Homélie du 2e dimanche de l’Avent A (Mt 3, 1 -12).

Il est une figure qui domine de toute sa hauteur le temps de l’Avent. Cette figure, c’est le beau visage de Jean le Baptiste. Le dernier des prophètes et surtout le plus grands des prophètes!

Jean-Baptiste est un homme à la frontière entre un monde ancien qui finit et un monde nouveau qui commence. Une monde ancien que Jésus va prolonger et accomplir, un monde nouveau que Jésus va instaurer.

Bref, Jean est comme un homme passerelle. Un pont qui communique le divin. Un homme chargé de proclamer le message de Dieu. UNE VOIX AU SERVICE DE LA PAROLE.
Une voix qui rugit dans le désert: «Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route».

Que signifie cette phrase d’apparence anodine: «Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route?» Pour bien la comprendre, il faut d’abord se rappeler que Jérusalem était une ville entourée par le désert! Tout autour de la ville, du sable balayé par le vent. Cela a une conséquence pratique évidente, il n’y avait pas de route visible pour aller à Jérusalem!

Ainsi, lorsqu’un personnage important devait arriver dans la ville, il fallait aller dans le désert pour tracer une route, au moins provisoire! On taillait alors des broussailles, on comblait un affaissement du sol, on aplanissait un obstacle, on remettait en état un pont ou un gué. Bref, on essayait de dégager un chemin du désert.

Très concrètement, cela se faisait  par exemple à l’occasion de la fête de Pâques, pour accueillir les pèlerins qui arrivaient de la diaspora. Jean-Baptiste s’inspire de tout cela. Ainsi, de même que pour un personnage important on sort au désert préparer le chemin, de même il faut tracer un chemin dans le désert pour que puisse arriver Celui dont la venue est tant attendue: Le sauveur annoncé par les Ecritures.

Passons maintenant de la métaphore à la réalité, pour accueillir le Sauveur, il faut aussi un chemin d’accès jusqu’à nous! ce sentier ne doit pas être tracé sur le sol dans le désert autour de Jérusalem, mais dans le cœur de chaque homme!

C’est le nœud! Tout se joue là. Entendez bien! Ce n’est plus dans le désert qu’il faut tracer un chemin, mais dans le concret de la vie de chacun. Il faut tracer un chemin pour permettre à Dieu très concrètement de nous rejoindre. Pour ce faire, il ne faut pas une pelle et une pioche, mais il faut se convertir!

Et c’est là le mot clef de l’évangile de ce jour, la conversion! Nous l’avons entendu trois fois dans l’évangile «Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche.»; «Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion»; «Moi, je vous baptise dans l’eau, pour vous amener à la conversion».

AINSI, POUR «PRÉPARER LE CHEMIN DU SEIGNEUR» IL FAUT COMMENCER PAR SE CONVERTIR!

Ce sont des collines à aplanir et des obstacles à éliminer, en clair surtout, l’orgueil qui conduit à être impitoyable et sans amour envers les autres, l’injustice qui trompe le prochain et qui est mère de la vengeance, la rancœur qui préserve l’amertume en empêchant le pardon. Les trahisons dans l’amour; nos infidélités par action et omissions. La paresse, l’incapacité de s’imposer le moindre effort, tout péché d’omission.

Oui, il est de nombreuses collines à aplanir pour dégager un chemin dans le désert. Oui, il est nécessaire de se convertir pour que Dieu puisse nous rejoindre.

Mais nous pouvons avoir courage et nous réjouir. La parole de Dieu ne nous écrase jamais sous une montagne de devoirs sans nous donner en même temps l’assurance que Dieu fait avec nous ce qu’Il nous commande de faire. Entendez la bonne Nouvelle! Quand Dieu commande, c’est parce qu’il donne lui-même les moyens de réaliser ce qu’il demande! C’est ce que disait le prophète Baruch: Dieu «a décidé que soient abaissées toute haute montagne et les collines éternelles, et comblées les vallées pour aplanir la terre, pour qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu» [Ba 5, 7, ndlr].

Ainsi, c’est bien Dieu qui aplanit, c’est bien Dieu qui comble, Dieu qui trace la route!
Il vient nous aider à nous convertir!

A nous revient la tâche de favoriser son action, de collaborer à son œuvre. Au mieux, nous sommes des collaborateurs conjoints et subordonnés. Mais le chef du chantier, le principe de toutes actions bonnes, c’est toujours Dieu! Cela rend bien compte et de la grandeur de Dieu et de l’importance de notre action.

Attention: «Celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous.»

Merci Seigneur pour Jean-Baptiste, la voix au service de ta Parole.
Il nous appelle aujourd’hui à préparer le chemin du Seigneur, à aplanir sa route.

Seigneur, c’est dans mon cœur et dans le concret de ma vie que je dois t’accueillir.
Seigneur, je peux le faire en toute confiance,
car tu viens toi-même à mon aide
pour que je puisse faire ce que tu commandes.

Tu es exigeant parce que tu nous assistes dans ce que tu commandes.

En signe de la confiance que nous avons en l’exigence de Dieu,
nous allumons la deuxième bougie de l’Avent, la bougie de la conversion!

Amen.

Père Jérôme Jean

Jérôme Hauswirth

Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée). Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

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