Jean-Jacques Friboulet

Quelques enseignements d’une belle fête

La Fête des Vignerons s’est tue laissant derrière elle des décomptes impressionnants: plus d’un million de visiteurs et plus de 385’000 spectateurs. Mais plus que ces chiffres, je veux retenir les prestations remarquables des milliers de figurants et les émotions qu’ils ont réussies à transmettre aux spectateurs.

Les «experts» nous disent sur les plateaux télé que tout change. Nous serions pris dans un tourbillon et nous n’aurions aucun élément solide auquel nous rattacher. Ils ignorent que certains traits de l’être humain sont permanents dans le temps et ces traits sont réjouissants.

Le premier est le besoin de travailler, même de façon très intense, à des projets auxquels on croit. Les figurants ont enchaîné à titre bénévole des dizaines de répétitions et les spectacles sans jamais se plaindre, au contraire. Il est vrai que nos concitoyens ont la»religion» du travail bien fait, mais à ce niveau les acteurs de la Fête ont été étonnants. Ils ont complètement contredit l’individualisme ambiant et notre prétendue incapacité à concevoir des travaux collectifs.

Une deuxième dimension essentielle de cette Fête pour les figurants a été le partage. Ils ont partagé des rôles et des tâches, mais ils ont surtout partagé des émotions entre eux et avec le public. Ils ont prouvé que le vivre ensemble n’est pas un vain mot pour nos cantons romands. Ils ont souvent affirmé dans leur témoignage qu’ils avaient l’impression de former une famille. Ce caractère est profondément ancré dans l’être humain. Le Concile affirmait ainsi: «Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères» (Gaudium et Spes, 24). Nous, chrétiens, nous oublions trop facilement ce besoin de communion qui est au fond de nous et que nous devrions revivifier sans cesse.

«La beauté créée par les arts plastiques et musicaux nous ouvre les portes du Ciel»

Un dernier élément est à souligner. Le philosophe G.E.Moore disait dans ses Principes éthiques que trois choses étaient bonnes pour elles-mêmes: l’amour, la vérité et la beauté. Cette dernière est négligée dans notre société, y compris dans nos villes qui aiment les beaux monuments mais soutiennent peu la beauté au quotidien, en particulier celle de la nature. Les tableaux de la Fête des Vignerons nous ont rappelé que la beauté créée par les arts plastiques et musicaux nous ouvre les portes du Ciel. Les chanteurs et les musiciens en font fréquemment l’expérience dans leurs prestations pour le public. Avec le partage, c’est un apport essentiel à notre vie en société. Mais il faut aller au-delà. La beauté nous apporte une joie profonde et unique. Cela est vrai des paysages de nos montagnes. Cela était vrai des LED qui magnifiaient les prestations des figurants. Les spectateurs sortant des arènes de Vevey étaient joyeux. Cela se voyait sur leurs visages. J’ai pu le constater à l’occasion d’une prestation dans la zone fribourgeoise du site et cette joie était contagieuse.

Travail utile, partage et joie sont trois fruits précieux de cette fête. Ils sont aussi trois éléments essentiels à la vie. L’être humain évolue mais ne change pas fondamentalement dans le temps. La société change, les mœurs changent, la nature se transforme, mais la personne reste la même dans ses aspirations fondamentales. La Fête des Vignerons nous l’a opportunément rappelé.

Jean-Jacques Friboulet

28 août 2019

La Fête des Vignerons a nécessité un immense travail collectif | © Jacques Berset
27 août 2019 | 12:18
par Jean-Jacques Friboulet
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