"Il faut reconnaître le rôle central que jouent les familles dans sociétés, y compris d’un point de vue économique" | © Pixabay
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"Il faut reconnaître le rôle central que jouent les familles dans sociétés, y compris d’un point de vue économique" | © Pixabay

Reconnaître l’apport économique de familles: du pain sur la planche


Dans quelques jours se tiendra à Dublin en Irlande, la Rencontre Mondiale des Familles (21 au 26 août 2018). Après Philadelphie en 2015, ce sera la neuvièmerencontre du genre. Elle portera sur le thème «L’évangile de la famille : joie pour le monde».

Lancées par saint Jean Paul II, ces rencontres mettent en exergue l’importance humaine, sociale et aussi économique de la famille qui occupe une place centrale dans la vision chrétienne de la société. L’enseignement social catholique rappelle que l’Etat joue un rôle subsidiaire par rapport aux familles et en aucun cas il ne doit se substituer aux familles.

Ce rappel résonne particulièrement aujourd’hui, non seulement parce que la famille est affaiblie, mais aussi parce que, parallèlement, les besoins des personnes en matière de prises en charge diverses et variées frôlent dangereusement les limites de ce qui est économiquement et financièrement supportable. Il est donc urgent que le politique reconnaisse que la famille saine (aussi dans sa dimension multigénérationnelle) est un des rares remparts capables de réduire le risque d’un délitement social et d’une grave crise économique.

il faut reconnaître le rôle central que jouent les familles dans sociétés, y compris d’un point de vue économique.

La famille n’a pas la côte, ni à droite ni à gauche. A la gauche, on lui reproche de faire obstacle à la socialisation égalitaire et, partant, à être le moteur de la reproduction des inégalités. A droite, la méfiance vient du fait que la famille emprisonne et empêche l’épanouissement individuel. Quant au libéralisme individualiste, il tend à comprendre la famille comme un détournement des énergies productive de l’activité marchande. Paradoxalement, n’en déplaise aux politiques, la famille a la cote dans la société. Elle est effectivement «joie pour le monde» comme le rappelle la rencontre de Dublin et figure systématiquement au sommet des sondages sur les valeurs, les facteurs de bien-être et les vecteurs de confiance, etc.

Avant qu’il ne soit trop tard, il faut reconnaître le rôle central que jouent les familles dans sociétés, y compris d’un point de vue économique. Elles sont les lieux de production, de distribution et de consommation d’un éventail infini de biens et services. Cette apport est considérable, bien qu’il n’apparaisse pas dans le calcul du produit national (et ceci pour de bonnes raisons). Il s’ensuit un biais qui entache les politiques en la matière: l’attention se focalise – naturellement – sur la partie bien visible de l’iceberg économique fait de l’activité marchande et ignore sa partie immergée – activité domestique – laquelle portant rend possible et donne sens à la première.

Le souci de la famille ne relève donc pas uniquement d’un argument moral propre au regard chrétien, mais découle des services éminents qu’elle rend à la société et à l’économie. Par conséquent, il est urgent de «donner de l’espace» aux famille de manière à ce qu’elles cessent d’être de simples variables d’ajustement, corvéables à merci, soumise aux exigences de l’économie marchande. Cette dernière ne doit-t-elle pas être au service de l’homme, c’est-à-dire aussi de l’économie domestique?

Dans un premier temps, il s’agit de mettre en place d’un référentiel d’observation de l’apport silencieux de l’économie domestique à la prospérité et au bien-être – aussi économique. Ceci devrait conduire, dans un deuxième temps, mais à brève échéance, à revisiter avec un regard renouvelé l’ensemble des politiques qui touchent de près ou de loin les familles.

Paul H. Dembinski | 14.08.2018

Paul H. Dembinski

Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l'enseignement social chrétien. Professeur à l'Université de Fribourg, son enseignement s'articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l'Observatoire de la Finance à Genève.

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