Celui qui logera au Palais de l'Elysée devra entamer les travaux d’Hercule du redressement de l’économie et de la reconstruction de la cohésion sociale. (Photo: Wikimedia Commons/Remi Mathis/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 3.0</a>)
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Celui qui logera au Palais de l'Elysée devra entamer les travaux d’Hercule du redressement de l’économie et de la reconstruction de la cohésion sociale. (Photo: Wikimedia Commons/Remi Mathis/CC BY-SA 3.0)

Réforme ou révolution? Les enjeux de l’élection présidentielle française


Il est difficile de parler de l’élection présidentielle française. Car les Romands sont comme les supporters de l’équipe nationale de football: ils ont tous un avis sur la question. Alors attachons-nous à ses principaux enjeux. Il y a tout d’abord le maintien du pays dans l’Union européenne.

Depuis 1957, la France n’a cessé de contribuer à la construction de l’Union. Or l’une des principales candidates – Marine le Pen – propose d’en sortir et dans la foulée d’abandonner l’Euro. Ce serait une révolution. Les deux autres favoris, François Fillon et Emmanuel Macron, proposent d’y rester.

Le maintien au pouvoir des partis traditionnels

Le second enjeu est le maintien au pouvoir des partis traditionnels qui ont alterné à la tête du pays depuis les années 1970. Il s’agit des républicains et des socialistes. Or, les instituts de sondage indiquent qu’ils risquent d’être écartés de la direction du pays au mois de mai. Cela constituerait une seconde révolution qui n’est pas illogique, tant le bilan des deux derniers présidents est mauvais et tant est grande l’exaspération des citoyens.

La seconde révolution est probable, la première beaucoup moins, car les Françaises et les Français sont attachés à l’Union européenne qui s’inscrit dans leur histoire.

La chute du modèle agricole et industriel

Quel que soit le président élu, il devra entamer les travaux d’Hercule du redressement de l’économie et de la reconstruction de la cohésion sociale. Les experts s’accordent sur le diagnostic du décrochage économique. Il a pour raisons la chute du modèle agricole et industriel, ainsi que le poids excessif des dépenses publiques. L’industrie ne représente plus en France que 12,5% du Produit intérieur brut (PIB) contre 19,7 % en Suisse et 22,8% en Allemagne.

L’industrie subit trois handicaps qui l’ont fait descendre aux enfers en 15 ans et lui ont fait perdre 25% de ses emplois: la parité de l’Euro qui a essentiellement bénéficié aux pays très compétitifs du nord de l’Europe, l’instauration autoritaire des 35 heures et le déficit de formation de ses ouvriers qualifiés et de ses techniciens.

L’agriculture juxtapose une production céréalière très compétitive et un élevage qui est en pleine crise, du fait de la libéralisation du prix du lait conjuguée à la concurrence des pays de l’Europe de l’Est et de l’Allemagne. Pour redresser cette situation, le nouveau président, quel qu’il soit, devra abaisser les coûts de l’industrie et inciter les citoyens à travailler plus et mieux. Il devra encourager les paysans à réorienter leur production vers des produits de qualité qui ménagent davantage l’environnement.

Le poids des dépenses publiques et sociales

Un dernier handicap est le poids des dépenses publiques et des dépenses sociales qui dépassent 50% du PIB. C’est sans doute le défi le plus difficile à relever dans une société vieillissante, dont les coûts de la santé ne peuvent que s’élever et où le poids de la dette approche les 100% du PIB. Il ne pourra l’être sans un gros effort de tous, d’autant plus qu’il faudra prendre en compte les coûts liés au changement climatique. Des réformes, qui favoriseraient des institutions plus démocratiques et une plus grande confiance des citoyens dans leurs dirigeants, seraient une aide puissante.

Les candidat(e)s à l’élection n’ont pas tous pris la mesure des changements à opérer, à la fois dans le comportement des politiciens et dans les priorités à définir pour une économie ouverte. Mais c’est aux électeurs et aux électrices de choisir. On peut donc espérer que ces élections ouvriront des perspectives à ce grand pays dans lequel vivent, faut-il le rappeler, plus de 120’000 de nos compatriotes.

Jean-Jacques Friboulet | 14 mars 2017

Jean-Jacques Friboulet

Cette chronique considère que la science économique ne concerne pas seulement les biens matériels, mais la vie des personnes et les relations humaines. Elle invite à apprivoiser l'économie et à la considérer comme une maison dans laquelle les personnes construisent leur vie dans ses dimensions personnelle et collective.

Professeur Jean-Jacques Friboulet
spécialiste d'histoire économique, d'économie du développement et de l'enseignement social chrétien, Université de Fribourg (CH)

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