Irak Les djihadistes de Daech ont saccagé le cimetière chrétien de Qaramles et même ouvert des tombes | © Jacques Berset
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Irak Les djihadistes de Daech ont saccagé le cimetière chrétien de Qaramles et même ouvert des tombes | © Jacques Berset

Retour de Mossoul: les chrétiens en voie de disparition


Jacques Berset | 200 millions de chrétiens, dans le monde, vivent dans la peur et subissent l’oppression. Telle est la réalité à laquelle nous rend attentifs la Journée de prière pour les chrétiens discriminés et persécutés. Elle est organisée cette année les 27 et 28 octobre par Aide à l’Eglise en Détresse (AED/ACN), une fondation de droit pontifical.

200 millions de chrétiens persécutés… Slogan publicitaire ou simple propagande ? Et bien non, la réalité de cette persécution, je l’ai vue sur le terrain, de mes propres yeux ! Je rentre d’Irak. J’ai visité, avec une délégation d’AED Suisse, des familles chrétiennes retournées à Mossoul et dans les villages chrétiens de la Plaine de Ninive.

La destruction de l’Irak était programmée

Elles avaient fui la persécution: depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, qui a déstructuré le pays et causé la fuite du pays de la majorité des chrétiens – une présence datant des Apôtres ! –, un millier d’entre eux ont été assassinés par les islamistes, rien qu’à Mossoul. Parmi eux, un archevêque chaldéen, des prêtres, des religieux, de simples fidèles enlevés et tués s’ils ne pouvaient payer la forte rançon exigée pour leur libération.

Ces attentats et ces assassinats étaient à l’ordre du jour durant les années pendant lesquelles  les terroristes se réclamant d’al-Qaïda régnaient sur Mossoul. Puis, succédant à ces années de terreur, sont arrivés les djihadistes de Daech, l’Etat islamique, qui se sont emparés de la ville le 10 juin 2014. Ce fut le début d’une nouvelle horreur et la fin abrupte de toute présence chrétienne à Mossoul. Dans la nuit du 6 au 7 août suivant, les villages de la Plaine de Ninive allaient être investis par les mêmes hordes fanatisées.

Encore une fois: fuite précipitée, en quelques heures, de 120’000 personnes effrayées du sort qui les attendait s’ils tombaient aux mains des “barbus”: la conversion forcée, la mort, ou l’exil sans rien emporter, dépouillés de tout.

Les personnes trop âgées pour fuir ont été exécutées sur place par les djihadistes!

Sur le terrain, qu’avons-nous vu ? Dans la Plaine de Ninive, à Teleskuf, Bartella, Qaramles, Qaraqosh, et dans les quartiers dévastés de Mossoul: une suite d’églises incendiées aux clochers décapités, les croix jetées à terre, les statues de la Vierge réduites en morceaux, les cimetières saccagés, leurs croix de pierre martelées, les livres et les objets liturgiques entassés au milieu de la nef et brûlés par les terroristes.

Père Thabet Habib Mansur, curé chaldéen de Qaramles: sur les propriétés des chrétiens, les djihadistes de Daech ont laissé partout l’inscription ‘Propriété de l’Etat islamique’ | © Jacques Berset

Les chrétiens en fuite trouvèrent refuge durant trois ans au Kurdistan, dans la rue, dans des églises, des containers et des immeubles en construction. Moins de la moitié d’entre eux sont aujourd’hui retournés dans leurs villages dévastés: plus de 13’000 maisons ont été endommagées, incendiées ou partiellement détruites. Près de 700 ont été totalement détruites. Mais surtout, il n’est rien resté de leurs souvenirs de famille, de leurs papiers et documents: tout a été détruit dans les incendies et les pillages.

Lancement de l’opération “Retour aux racines”

AED a lancé en 2017, avec les Eglises chrétiennes de la Plaine de Ninive (catholique chaldéenne, catholique syriaque et orthodoxe syriaque), l’opération “Retour aux racines” menée par le Comité pour la Reconstruction de Ninive (CRN).

AED a investi ces dernières années des millions d’Euros pour financer la reconstruction des maisons pour que les familles puissent revenir chez elles. La moitié d’entre elles ont malheureusement déjà quitté pour toujours la patrie de leurs ancêtres, la terre d’Abraham et du prophète Jonas: elles sont réfugiées en Jordanie, en Turquie, au Liban, où sont déjà réinstallées en Australie, en Amérique du Nord ou en Europe. Si notre soutien s’arrête, d’autres vont encore chercher leur salut dans l’émigration, vidant cette région de ses habitants chrétiens qui, depuis des lustres, jouent un rôle culturel et social crucial, entre les blocs antagonistes musulmans chiites et sunnites.

Soyons solidaires de ceux qui ont choisi de rester sur leurs terres et soutenons la reconstruction de leur foyer. Ils ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas abandonnés par leurs frères et sœurs dans la foi.

Jacques Berset

10 octobre 2018

Jacques Berset

Journaliste depuis 1983 à l’Agence de presse internationale catholique Apic, aujourd'hui à cath.ch à Lausanne, Jacques Berset est marié et père de trois enfants adultes. Membre du comité de Caritas Fribourg depuis 2010, il a été durant 25 ans conseiller communal en charge de la Santé et des Affaires sociales dans la commune de Misery-Courtion. Engagé au sein de sa paroisse de Courtion, il fut durant plusieurs années membre de l'Assemblée ecclésiastique provisoire qui a préparé le Statut ecclésiastique de l'Eglise catholique dans le canton de Fribourg. En 1977, il s'est engagé aux côtés du Père Joseph Wresinski comme volontaire permanent à ATD Quart Monde, un mouvement qui lutte dans une trentaine de pays pour mettre fin à l’exclusion sociale des plus démunis.

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