Le conseiller fédéral Alain Berset (Photo: Keystone)
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Le conseiller fédéral Alain Berset (Photo: Keystone)

Retraites: une réforme sur le fil du rasoir


Les Suisses devront voter le 24 septembre sur la réforme des retraites. Le débat a été acharné au Parlement où le vote n’a été acquis qu’à une voix de majorité. Il promet de l’être tout autant dans les medias. L’enjeu de cette réforme est important puisque celle-ci conditionnera l’équilibre des régimes jusqu’en 2030.

La discussion porte en fait sur le rôle respectif du 2ème pilier et de l’AVS. Le PDC et le PS veulent compenser une réduction des prestations du 2ème pilier  par une augmentation de l’AVS pour les nouveaux retraités. La droite du Parlement s’y oppose, le reste de la réforme faisant consensus.

La solution réside dans un changement profond du comportement des entreprises.

Pourquoi une telle empoignade sur ce point précis de la réforme? Pour le comprendre il faut revenir aux logiques internes des deux piliers. Dès son origine, en 1947, le régime de retraite suisse a été le résultat d’un compromis. La gauche obtenait la création d’un système de répartition (l’AVS). En contrepartie la droite pouvait maintenir et développer un système de caisses de pensions fondé sur la capitalisation des épargnes. L’AVS est un système redistributif qui transfère des revenus des plus hauts revenus aux bas revenus. La prévoyance elle ne l’est pas, puisque les salariés reçoivent, à l’âge de la retraite, le produit de leur propre épargne.

A l’usage, ce système s’est révélé fort judicieux car il répartit les risques. L’AVS est moins sensible à long terme aux soubresauts des marchés financiers. Le deuxième pilier est moins sensible aux effets du vieillissement de la population. Mais dans la dernière période ces deux phénomènes se sont conjugués. La forte baisse des taux d’intérêt, la crise financière de 2008 et la dégradation du rapport entre le nombre de rentiers et le nombre d’actifs ont affecté tant l’AVS que le deuxième pilier. Une réforme est donc urgente.

Celle proposée par M. Berset affecte les deux piliers. Mais elle comporte un élément redistributif supplémentaire: les F 70 accordés aux nouveaux rentiers, pour compenser la baisse du taux de conversion des capitaux épargnés dans le 2ème pilier. Cet élément  fâche la droite du parlement qui est hostile par principe à toute augmentation de la redistribution. Il est pourtant souhaitable car il maintiendra le pouvoir d’achat des retraites petites et moyennes et non celui des retraites élevées.

Mais cet argument en cache un autre plus fondamental. La droite du parlement avait la volonté de fixer un âge de référence de la retraite variable (mais supérieur à 65 ans) en fonction du vieillissement de la population. De façon comptable cette mesure permettrait d’augmenter le volume des cotisations et de réduire le nombre de retraités. Mais M.Berset a raison. Elle est inacceptable dans l’état actuel du marché du travail. Après plus de 44 années de travail à temps plein, beaucoup de personnes sont incapables de poursuivre leur activité à ce rythme et les employeurs d’ailleurs ne le souhaitent pas, eux qui mettent au chômage beaucoup de salarié(e)s âgés. La solution réside dans un changement profond du comportement des entreprises. Si elles proposaient des possibilités de travail à temps partiel à partir de 60 ans et si elles pratiquaient une véritable reconnaissance de l’expérience acquise, les salariés changeraient  sans doute  d’opinion et beaucoup accepteraient de travailler à temps partiel au-delà de 65 ans. Mais ces conditions ne sont pas réunies aujourd’hui et la réforme voulue par les radicaux et l’UDC ne peut être acceptée par la population.

Du point de vue du bien commun, Il faut toujours juger une loi dans son ensemble et non sur un point particulier, sauf si celle-ci transgresse une valeur éthique fondamentale. Les Caisses de Prévoyance l’ont bien compris, elles qui sont favorables à la réforme de M.Berset en jugeant « qu’un tien vaut mieux que deux tu l’auras ».

Jean-Jacques Friboulet | 30.06.2017

Jean-Jacques Friboulet

Cette chronique considère que la science économique ne concerne pas seulement les biens matériels, mais la vie des personnes et les relations humaines. Elle invite à apprivoiser l'économie et à la considérer comme une maison dans laquelle les personnes construisent leur vie dans ses dimensions personnelle et collective.

Professeur Jean-Jacques Friboulet
spécialiste d'histoire économique, d'économie du développement et de l'enseignement social chrétien, Université de Fribourg (CH)

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