(Photo:Japanexperterna.se/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-SA 2.0</a>)
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Savoir douter


Raphaël Zbinden

“Nous savons que Dieu est avec nous, et que notre chemin est le bon!” La déclaration faite à la télévision par un djihadiste de l’Etat islamique, typique du discours du groupe, pourrait presque apparaître comme inoffensive dans l’arsenal rhétorique des terroristes. Elle est pourtant emblématique d’un certain mode de pensée à la racine de la violence humaine. “Nous savons…”. C’est avec cette conviction de connaître la volonté de Dieu que ces combattants violent, pillent, massacrent, détruisent les héritages culturels.

Car le “je sais” est une véritable arme d’aliénation massive, le détonateur d’une grande partie des maux de l’humanité.

En suivant le fil de cette forme de pensée, l’on peut d’abord constater qu’elle se base sur un mensonge. Le djihadiste, évidemment ne sait pas. Il se persuade qu’il sait, dans une entreprise de justification de ses actions. Car l’homme qui sait peut tout se permettre, alors que l’homme qui doute agit avec recul, réflexion et circonspection. ll embrasse la vérité de la condition humaine. A défaut de savoir, il ne peut que croire et espérer. Le doute est ainsi une forme d’humilité. Et il n’est pas le contraire de la véritable foi, qui n’est pas le fruit de la certitude mais de la volonté.

“La vérité vous rendra libre”, a dit Jésus-Christ. Celui qui vit dans le mensonge vit en effet dans la servitude de ses schémas mentaux. Son empire axiologique est perpétuellement menacé par les formes de pensée contradictoires, qu’il est forcé de rejeter, avec violence s’il le faut. Pour se préserver, ces personnes s’engagent dans un processus d’escalade. Il n’est donc pas étonnant que les membres de l’Etat islamique “explosent” dans un tourbillon d’actes de plus en plus ignobles et insensés, dont le kamikaze est certainement l’expression ultime.

Mais cette forme de pensée “savantiste” n’existe pas que dans le lointain Moyen-Orient. Dans notre monde, peu de “Qui suis-je pour juger?”, beaucoup de “j’ai raison, un point c’est tout!”.

Cette tournure d’esprit, qui nous exempte d’affronter la peur de l’inconnu, est plus présente autour de nous et en nous que ce que l’on peut croire.

Car c’est fondamentalement de cela qu’il s’agit. Nous naissons avec la peur de l’inconnu et mourrons certainement avec. L’un des grands défis de notre existence est peut-être de découvrir que cette peur n’est pas pas notre plus grand ennemi, mais plutôt un fidèle allié. Bien des philosophes l’ont déjà souligné, mais il est bon en ces temps de le rappeler: sans la peur, sans le doute existentiel, la foi ne serait pas possible. Et la sombre profondeur de l’inconnu est à l’aune de l’étincelante vérité de Dieu.

Le “savant” se cache la tête dans les mains et dit “je vois la lumière”. Le “doutant” ose un regard dans l’obscurité, avec le risque d’y trouver l’obscurité, ou la véritable lumière…

 

 

Raphaël Zbinden

Raphaël Zbinden est journaliste à Cath.ch, le portail catholique suisse.

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