Jean-Jacques Friboulet

Tourner la page

Après cette période de confinement, nous devons tourner la page. Cela est vrai aussi pour l’économie. Il ne faut pas imaginer que les choses vont redevenir comme avant. L’histoire ne repasse pas les plats. Il y a à cela deux raisons fondamentales: la modification des comportements et les transformations des circuits de production et d’échange.

Nos comportements ont changé. La peur s’est insérée dans beaucoup d’esprits et nous devons maintenir une distance physique dans nos relations. Cela signifie de plus grandes difficultés pour le commerce de détail qui a traditionnellement fructifié sur la qualité des rapports entre les commerçants et les clients. On le constate dans les bistrots et les restaurants, même si certaines limitations ont été supprimées. Les relations avec les petits commerçants doivent être reconstruites. Cela demandera du temps, et durant cette période plusieurs enseignes seront contraintes de fermer.

Cette distanciation et cette tendance à une société sans contact se manifeste dans d’autres activités. Le télétravail s’est développé. Les commandes par internet se sont multipliées et même nos célébrations eucharistiques font la part belle à la distance et à l’absence de contact. Cette phase de distanciation est une épreuve pour nos communautés car elle réduit le dialogue. Celles-ci devront imaginer des solutions (comme le port obligatoire de masques) pour y remédier.

Cette période a provoqué aussi une transformation des relations de production et d’échange. Notre avenir est plus incertain et cela se traduit dans nos décisions de consommation et d’investissement. Les achats de biens durables sont reportés, de même que les transactions en matière immobilière. En économie, c’est la demande qui gouverne au bout du compte le niveau de l’activité. Les plans de relance publics sont une aide, mais ne sont pas décisifs. En définitive, ce sont les acheteurs qui font la loi. Malgré la tentation, les entreprises ne doivent pas casser les prix. Elles ne pourraient le faire qu’en baissant les salaires. Et cette course vers le bas entre prix et salaires conduirait à une explosion du chômage à la manière des années 1930.

«L’essentiel est de prétériter le moins possible la génération qui va arriver sur le marché du travail»

Il faudra également tourner la page en matière énergétique. Accélérer la décroissance des énergies fossiles est une priorité climatique qui ne peut être repoussée après la récession. A ce niveau, les pouvoirs publics peuvent donner des incitations favorables à la réduction des émissions de CO2. Cela serait les cas avec l’isolation des bâtiments et de forts investissements en énergie «propre».

Enfin reste le problème de la dette. Les collectivités publiques vont être dans les chiffres rouges en 2020 et 2021 en raison d’une forte augmentation des dépenses et d’une réduction des recettes fiscales. Ces déficits sont nécessaires au bien commun, en particulier pour limiter la croissance du chômage. A ce niveau, il nous faut aussi changer de logiciel et ne pas chercher à équilibrer trop vite les comptes. L’amortissement trop rapide de la dette mettrait en cause des dépenses indispensables en matière de santé, d’enseignement et d’agriculture, alors qu’il nous faut justement investir dans ces domaines. L’essentiel est de prétériter le moins possible la génération qui va arriver ces prochaines années sur le marché du travail.

Tourner la page et sortir des sentiers battus est toujours un acte difficile. En ces jours de Pentecôte, prions l’Esprit-Saint pour qu’il nous aide à nous adapter à cette nouvelle donne.

Jean-Jacques Friboulet

3 juin 2020

«L'après-Covid» serait l'occasion d'investir dans les énergies propres
3 juin 2020 | 06:49
par Jean-Jacques Friboulet
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