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"Tout est lié"


Paul Dembinski | La campagne de carême de cette année met en avant la transition intérieure. Car, expliquent les œuvres d’entraide, à la racine des crises actuelles, il y a un système de valeurs et de représentations qu’il s’agit de transformer. En effet, tout est lié !

Tout est lié? Cette constatation constitue le fil rouge de l’encyclique Laudato Si´ du pape François. Elle se trouve également au cœur de l’invitation à prendre part au changement des œuvres d’entraide Pain pour le prochain, Action de Carême et Etre partenaires. En renvoyant à cette encyclique comme à l’appel pour “L’économie de la vie ” du Conseil œcuménique des Eglises, les œuvres d’entraide assurent que la conscience des interactions fait levier pour construire la transition vers une nouvelle civilisation.

Quand je fais les courses, je suis chaque fois confronté à des questions. L’alimentation: produits locaux ou produits bios parfois venus de loin? Habits: fabriqués au Bangladesh… quelles sont les conditions de travail? Tablettes et autres smartphones: faut-il vraiment en changer tous les 18 mois? C’est épuisant et rend les choix difficiles, d’autant que le budget est limité. En rester à ce niveau pourrait nous paralyser. Comment, en effet, échapper à toutes ces incitations à la consommation qui imprègnent si fortement notre vie quotidienne ?

“La conscience des interactions fait levier pour construire la transition”

Le pape François, quand il affirme que “tout est lié”, ouvre une nouvelle perspective. Il souligne que l’existence humaine repose sur trois relations, à la terre, à Dieu et aux humains. Nous recevons le souffle de Dieu, nous des terreux, faits de la poussière du sol (Gn. 2,8). Mais l’humain a voulu prendre la place de Dieu et l’interpellation de Dieu envers Caïn fut immédiate après le meurtre d’Abel: “qu’as-tu fait de ton frère?”. Ainsi comme le relève le pape François: “Selon la bible, les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture c’est le péché

Pour renouer ces relations brisées, il ne suffit pas de remplacer l’anthropocentrisme dévié, faisant de l’humain un être dominateur du monde et individualiste par un bio-centrisme qui réduirait l’humain à un animal parmi d’autres. Critiquant l’une et l’autre attitude, le Pape revient sur cette triple liaison en affirmant « qu’on ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu” (LS, 119)

“Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale”

A la fin de son encyclique, le pape invite à contempler la Trinité. Car le monde, créé selon le modèle divin, est un tissu de relations. Faisant référence à Thomas d’Aquin il relève que tout être vivant tend vers autre chose “de telle manière qu’au sein de l’univers, nous pouvons trouver d’innombrables relations constantes qui s’entrelacent secrètement”. Et c’est vrai pour la personne humaine: “plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures (on retrouve ici les trois relations vitales dont il parlait au début). Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité.” (LS, 240)

Cette triple liaison (à Dieu, aux autres, à la terre), c’est à nous de la cultiver en notre for intérieur. Que l’on soit économiste ou ouvrier, informaticien ou paysan, femme ou homme, ce moteur intérieur ne demande qu’à nous relier les uns aux autres, à nous relier à Dieu et à tout ce qui dépasse notre entendement, à nous relier à la nature, à la vie, tout simplement.

Le carême devient alors un temps ouvert pour explorer ces trois dimensions de l’existence et les faire jouer les unes avec les autres. Elles enrichiront alors nos vies et nous permettrons de créer ensemble le monde de demain.

Paul Dembinski & Jean-Claude Huot

7 mars 2018

Paul H. Dembinski

Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l'enseignement social chrétien. Professeur à l'Université de Fribourg, son enseignement s'articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l'Observatoire de la Finance à Genève.

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