L'enseignement social de l'Eglise est parfois méconnu | © Jean-Claude Gerez
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L'enseignement social de l'Eglise est parfois méconnu | © Jean-Claude Gerez

Un trésor à découvrir d’urgence et à partager


Souvent, il m’est arrivé d’entendre dire que l’enseignement social de l’Eglise catholique était le trésor le mieux gardé de l’Eglise, tellement il est peu connu. Les propos tenus récemment par le président du PDC suisse Gerhard Pfister semblent le confirmer.

Une charge en règle contre la parole d’Eglise sur les questions de société. Comme si l’enseignement social de l’Eglise n’existait pas. Il y a donc bien une part de vérité dans la méconnaissance – même parmi les chrétiens – de la portée sociale de l’Evangile. C’est bien pour cette raison que la Plateforme Dignité & Développement – lieu de réflexion et d’échange voulu par l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg – a décidé récemment de mettre progressivement en ligne des modules de sensibilisation/formation à ce que l’Eglise – et pas seulement l’institution ecclésiale – a à dire sur la dimension sociale de nos existences. Il est urgent – et les propos de Gerhard Pfister le prouvent – de partir à la découverte de ce trésor, et de le partager.

Une mise en perspective terminologique s’impose puisque trois expressions proches sont utilisées parfois comme synonymes: pensée, enseignement et doctrine.

La “pensée sociale” catholique et plus largement chrétienne désigne l’ensemble des analyses, des œuvres et des discussions consacrées aux questions sociales au sens large et émanant des auteurs – et institutions – qui recourent aux clés de lecture inspirées par la Révélation dans leurs efforts d’interprétation des réalités sociales.

L’enseignement  social de l’Eglise fait référence à la fois à l’intention de transmettre et à une pédagogie. Il recouvre un double processus dynamique: celui de l’élaboration du message et celui de sa proclamation. Ces deux étapes sont distinctes au plan théorique, mais forment l’aller-retour entre les “choses (toujours) nouvelles” à appréhender et le donné de la Révélation dont la lumière reste la clé d’interprétation.

“La doctrine sociale de l’Eglise ne propose ni une utopie, ni une idéologie”

L’enseignement social se déploie dans le temps en fonction des événements. Il en propose une analyse et suggère aux chrétiens des pistes d’action. Son élaboration mobilise aussi bien les apports de la pensée sociale chrétienne que ceux des sciences humaines et sociales. Les divers documents afférents aux questions sociales, émanant des églises chrétiennes, au niveau central ou local, forment le corpus – en expansion – de cet enseignement. En effet, l’ecclésiologie propre à chaque Eglise se reflète dans la manière dont elle prend position par rapport aux questions sociales. Pour ce qui est de l’Eglise catholique, son enseignement prend le plus souvent – mais pas uniquement – la forme de lettres encycliques du souverain pontife – dont elles n’engagent pas l’infaillibilité – ou des lettres des conférences épiscopales.

La doctrine sociale de l’Eglise catholique se précise  – se désenveloppe – au fur et à mesure que l’enseignement se déploie au travers des encycliques sociales. Le terme de “doctrine” met en exergue la cohérence intrinsèque d’un corpus de principes généraux issus de sa longue tradition et que l’Eglise catholique propose aux femmes et hommes de bonne volonté pour orienter leur action économique et sociale dans les contextes historiques chaque fois spécifiques. Ainsi, la doctrine sociale ne propose ni une utopie, ni une idéologie, et encore moins une troisième voie entre capitalisme et socialisme, mais elle trace une “orientation idéale” dont le christianisme est l’inspiration. Il est important de souligner que bien qu’émanant du Magistère romain, la doctrine sociale de l’Eglise ne relève pas du dogme donc n’exige pas d’acte de foi. Par conséquent, elle n’engage pas l’infaillibilité pontificale.

La formation proposée par la Plateforme Dignité & Développement trace un parcours pour faire vivre ce trésor en choisissant pour point de départ les contextes professionnels dans lesquels nous fonctionnons et qui nous mettent devant des choix, donc des dilemmes. En partant de ces contextes, ou mieux de ces dilemmes, certains éléments de l’enseignement peuvent servir d’éclairage pour nous aider, non pas à trouver la “bonne réponse”, mais à structurer le questionnement de manière à trouver la manière d’agir et de penser la plus appropriée. Par exemple, pour revenir aux propos récents du président du PDC, dans le module consacré au “Politique et Cité”, nous allons tenter de savoir ce que ce trésor apporte (et peut apporter) aux élus – nous somme en année électorale –  notamment ceux qui vont régater sous l’étiquette “chrétienne”.

Pour l’équipe responsable, il s’agit d’un défi et d’un grand effort, très largement bénévole. Toutes réactions, critiques ou suggestions sont les bienvenues.

Paul H. Dembinski

9 janvier 2019

Paul H. Dembinski

Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l'enseignement social chrétien. Professeur à l'Université de Fribourg, son enseignement s'articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l'Observatoire de la Finance à Genève.

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